Des responsables américains le disaient à mots couverts, Donald Trump a mis les pieds dans le plat mardi: les États-Unis cesseront leur soutien à l'Irak si l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, soutenu par les partis chiites proches de Téhéran, devait revenir au pouvoir.
«J'ai entendu dire que le grand pays qu'est l'Irak pourrait faire un très mauvais choix en réinstallant Nouri al-Maliki au poste de Premier ministre», a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.
«La dernière fois que Maliki était au pouvoir, le pays a sombré dans la pauvreté et le chaos total. Cela ne doit pas se reproduire», a-t-il souligné, en ajoutant qu'«en raison de ses politiques et idéologies insensées, s'il est élu, les États-Unis d'Amérique ne viendront plus en aide à l'Irak».
M. Maliki, âgé de 75 ans et figure centrale de la vie politique en Irak, a reçu samedi l'appui de la principale alliance chiite du pays, le Cadre de coordination, qui détient la majorité au Parlement et a des liens divers avec Téhéran, pour redevenir Premier ministre.
Perçu comme proche de l'Iran, il avait quitté le pouvoir en 2014 déjà sous la pression de Washington.
Cette nomination inquiète au plus haut niveau à Washington, où le secrétaire d'État Marco Rubio a mis en garde dès dimanche contre la formation d'un gouvernement pro-iranien en Irak.
Lors d'un entretien téléphonique avec l'actuel Premier ministre, Mohamed Chia al-Soudani, Marco Rubio avait dit espérer que le futur gouvernement irakien ferait du pays «une force de stabilité, de prospérité et de sécurité dans le Moyen-Orient».
Un éventuel gouvernement irakien pro-Iran serait une rare éclaircie pour Téhéran, sous forte pression sur le plan national comme international.
Une source irakienne proche du Cadre de coordination a dit à l'AFP que Washington avait fait savoir qu'il portait «un regard négatif sur les précédents gouvernements dirigés» par M. Maliki.
L'avertissement américain survient alors que les États-Unis transfèrent des centaines de détenus du groupe État islamique (EI) de la Syrie vers l'Irak.
En parallèle, l'Irak a annoncé récemment la fin du retrait des forces de la coalition dirigée par les États-Unis des bases situées sur le territoire fédéral du pays, à l'exclusion de la région autonome du Kurdistan, dans le nord.
La grande majorité des forces de la coalition s'étaient retirées des bases irakiennes dans le cadre d'un accord conclu en 2024 entre Bagdad et Washington, qui prévoyait la fin de la mission en Irak à fin 2025 et d'ici septembre 2026 dans la région du Kurdistan.
L'élection du chef de l'État ajournée
L'Irak a longtemps été un terrain de confrontation par procuration entre les États-Unis et l'Iran, les gouvernements successifs négociant un équilibre délicat entre ces deux adversaires.
Le nouveau Premier ministre devra notamment répondre à une exigence de longue date de Washington: le désarmement des factions soutenues par Téhéran, dont beaucoup sont désignées comme groupes terroristes par les États-Unis.
Les États-Unis disposent d'un important moyen de pression contre l'Irak. Ils contrôlent une large partie des recettes de l'exportation de pétrole du pays conformément à un accord de 2003, conclu après l'invasion américaine et le renversement de Saddam Hussein.
L'actuel Premier ministre, en poste depuis 2022, a gagné la confiance américaine en s'employant à faire diminuer les violences des groupes armés chiites soutenus par Téhéran.
Par ailleurs, le Parlement irakien a ajourné mardi l'élection du chef de l'État à la demande des deux principaux partis kurdes, qui ont souhaité un délai pour s'entendre sur le nom d'un candidat, a annoncé l'agence de presse officielle Ina.
Conformément au système de partage du pouvoir en vigueur en Irak, le poste de Premier ministre revient à un chiite, la présidence du Parlement à un sunnite, et la présidence de la République, un poste largement honorifique, est attribuée à un Kurde.
AFP



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