Trop tard, Gebran…
©Ici Beyrouth

Gebran Bassil a officiellement et définitivement rompu ses liens avec le Hezbollah. Une relation initialement scellée par le mémorandum d’entente, et qui aura contribué à retarder toute perspective de solution pour le Liban, en raison des blocages imposés par l’axe auquel ce partenariat l’a rattaché. Les récentes déclarations du cheikh Naïm Kassem semblent avoir profondément marqué Gebran Bassil, au point de le pousser à publier un message personnel sur les réseaux sociaux, signé de son nom, afin de souligner qu’il s’exprimait en son nom propre et non par l’intermédiaire de son équipe de communication.

Dans ce message, Bassil affirme que le mémorandum d’entente visait à «libaniser» le Hezbollah. Mais il dit avoir découvert que la guerre de soutien, ses conséquences, et le discours sur l’implication du Liban dans d’éventuels conflits liés à l’Iran, n’avaient d’autre objectif que de prolonger l’instabilité du pays.

Il aura fallu du temps à Gebran Bassil pour saisir que, par sa doctrine politique et idéologique, le Hezbollah ne peut être «libanisé». De toute évidence, l’objectif réel du mémorandum n’était pas d’intégrer le parti dans une logique nationale, mais de permettre au Courant patriotique libre d’engranger des gains politiques pendant près de vingt ans: du tiers de blocage aux ministères dits «de services», en passant par des blocs parlementaires surdimensionnés, jusqu’à l’accession à la présidence de la République.

Aujourd’hui, Gebran Bassil se dit choqué de constater que le Hezbollah ne s’est jamais libanisé. Ne l’avait-il pourtant pas perçu le 7 mai, lorsque le Hezbollah est entré à Beyrouth à visage découvert, piétinant la Constitution et l’accord de Taëf? N’avait-il pas compris plus tôt ce que signifiaient les pratiques du Hezbollah lors du gouvernement de Nagib Mikati, surnommé le gouvernement des «chemises noires»? Quant à la prétendue «libanisation» du parti, elle s’est matérialisée quelques jours plus tard sous l’impulsion même de Bassil, lorsqu’il a contribué à faire tomber le gouvernement alors que Saad Hariri se trouvait à la Maison-Blanche, le propulsant ainsi au rang d’ancien Premier ministre.

Le Hezbollah n’incarne désormais ni une force dissuasive ni une puissance régionale. Il a perdu l’ensemble des leviers qui faisaient sa force. Même sur le plan de la politique intérieure, ses priorités se réduisent désormais à la défense de figures telles que Ghina Ghandour ou Ali Berro, objectivement classées parmi les provocateurs notoires — et ce, en se limitant à une lecture factuelle. Dès lors, où est passé ce Hezbollah qui fermait le centre-ville de Beyrouth dès qu’il était question de son arsenal, alors que ses ministres se retrouvent aujourd’hui contraints de rester autour de la table du Conseil des ministres lors de l’adoption de décisions portant sur le retrait des armes?

En définitive, Gebran Bassil a tardé à chercher une issue à cet accord. Et s’il affirme que les sanctions qui le visent sont dues à son alliance avec le Hezbollah, cette rupture n’y changera rien. Elle ne conduira ni à la levée des sanctions, ni à un gain électoral, ni à un renouveau du Courant patriotique libre dans la rue chrétienne.

Une page s’est définitivement tournée, celle ouverte par la signature de l’accord entre le CPL et le Hezbollah. Elle s’est refermée avec l’effondrement politique du Hezbollah et la mise en évidence de la vacuité de ses menaces. Le retrait tardif de Gebran Bassil de cette équation ne fait que consacrer sa propre sortie, politique et nationale, sans retour possible.

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