Paolo Sorrentino signe La Grazia, portrait d’un président face à des choix moraux
Le réalisateur et scénariste italien Paolo Sorrentino pose lors d’une séance photo à l’hôtel Bel Ami à Paris, le 6 janvier 2026. ©Kiran RIDLEY / AFP

Paolo Sorrentino signe avec La Grazia son nouveau film centré sur un président de la République italienne fictif, Mariano de Santis, interprété par Toni Servillo. Confronté à des dilemmes moraux et politiques dans ses dernières semaines au palais du Quirinal, le chef de l’État doit décider de la légalisation de l’euthanasie et de la grâce de deux prisonniers, tout en cherchant à concilier ses convictions personnelles et son attachement au bien commun.

Après avoir porté à l'écran plusieurs figures controversées de la vie politique italienne, Paolo Sorrentino dépeint dans son dernier film un président de la République italienne fictif hanté par le doute, mais «caractérisé par une certaine sagesse».

«C'est un film d'amour», résume le cinéaste napolitain à propos de La Grazia, qui sort mercredi en salle.

Acteur fétiche de Paolo Sorrentino avec qui il a tourné huit films, Toni Servillo incarne Mariano de Santis, un président italien confronté à des choix cornéliens dans ses dernières semaines au palais romain du Quirinal.

Sa performance, saluée par la critique, lui a valu la coupe Volpi de la meilleure interprétation au festival de Venise.

Catholique, réfléchi, épris de droit, de Santis se voit exhorté par sa fille juriste (Anna Ferzetti) de promulguer une loi légalisant l'euthanasie.

Un choix cornélien, apparaître comme «un meurtrier» ou «un tortionnaire», qui se double d'une tâche tout aussi délicate: décider, ou non, de gracier deux prisonniers condamnés pour les meurtres de leurs conjoints.

Mais plus qu'un film sur les dilemmes moraux d'un président, cette œuvre parle d'un «homme amoureux de sa femme (décédée et dont il n'arrive pas à faire le deuil), amoureux de sa fille, amoureux du droit, et sur la difficulté de digérer ce sentiment», a expliqué Paolo Sorrentino, lors d'une rencontre avec l'AFP.

Bien commun

C'est le troisième film du réalisateur centré sur une personnalité politique, après Silvio Berlusconi dans Silvio et les autres et Giulio Andreotti dans Il Divo.

Mais cette fois-ci, il brosse le portrait d'un homme droit et mu par «la quête du bien commun». Ce genre d'homme politique «existe encore, mais beaucoup moins» qu'auparavant, veut croire le réalisateur, oscarisé pour La grande bellezza.

La politique «est devenue moins une vocation qu'une forme d'opportunité, une occasion de s'affirmer, de satisfaire sa vanité, d'entrevoir des avantages», égrène Paolo Sorrentino.

D'ailleurs, «la politique ne m'a jamais vraiment intéressé», balaye le cinéaste, préférant s'attarder sur «les rapports de force entre les personnes, donc les rapports de pouvoir».

Et si les vies du flamboyant Silvio Berlusconi ou de l'ombrageux Giulio Andreotti (homme politique incontournable du XXᵉ siècle en Italie) se prêtaient à une adaptation cinématographique, «aujourd'hui, je ne vois pas de personnages suffisamment nuancés pour mériter un film», lâche Paolo Sorrentino.

Pour écrire le personnage de Mariano de Santis, le réalisateur dit s'être inspiré de «divers présidents de la République italienne qui ont tous été caractérisés par une certaine sagesse, un comportement de bon père de famille envers les Italiens», dont l'actuel titulaire du poste, Sergio Mattarella – juriste, veuf et épaulé par sa fille avocate.

Grâce

Mariano de Santis demande constamment «un temps supplémentaire de réflexion», interroge ses certitudes juridiques et personnelles, et va même jusqu'à consulter le pape africain car «je trouvais amusant qu'il ait des dreadlocks», sourit le cinéaste, pour prendre la meilleure décision.

Ce que recherche Mariano de Santis, c'est l'accession à une forme de grâce, estime-t-il. La grâce «n'est pas quelque chose que l'on possède immédiatement, on y arrive avec le temps, avec la réflexion, les changements, les déceptions», précise Paolo Sorrentino.

«C'est une manière d'être au monde, douce, gentille, responsable, nourrie par le doute», poursuit-il. «C'est quelque chose qui peut se conquérir avec le temps, quand certains sentiments un peu nerveux que l'on a quand on est jeune s'atténuent: l'ambition, la frénésie, la volonté de s'affirmer».

L'âge et les expériences de la vie font qu'on peut devenir «soit des personnes âgées très rancunières, soit des personnes âgées pleines de grâce», observe Paolo Sorrentino.

Par Antoine GUY / AFP

 

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