Groenland, «Conseil de paix»: la fin d’un monde ? 

Donald Trump n’en démord pas: il veut, d’une manière ou d’une autre, mettre le territoire autonome danois dans l’orbite américaine. Une absorption stratégique pour sécuriser ce qu’il appelle «l’hémisphère ouest». Pression économique, diplomatique, sécuritaire: tout sera mis en œuvre pour parvenir à son objectif.

Ce qui se joue avec le Groenland n’est pas une provocation fantasque ni une sortie médiatique sans lendemain. C’est une affirmation de puissance froide, assumée, décomplexée.

Face à cela, bien embêtés, les Européens font bloc. Ils ne minimisent plus. Ils comprennent que la ligne rouge est franchie.

Emmanuel Macron est même allé jusqu’à évoquer l’usage de «l’outil anti-coercition», jamais utilisé auparavant. Ce n’est pas anodin. Il s’agit d’un instrument de dissuasion contre tout pays qui impose des restrictions commerciales à l’un des 27 États membres de l’Union européenne. Il offre une palette de mesures, comme le gel de l’accès aux marchés publics européens et le blocage des investissements. Cela signifie une chose: la confiance stratégique est fissurée.

Et c’est là que le vrai sujet apparaît. Ce n’est pas seulement le Groenland. Ce n’est pas seulement Trump. C’est l’OTAN.

Car, pour la première fois depuis sa création, l’Alliance atlantique est confrontée à une crise entre ses propres membres. Pas une divergence périphérique. Une fracture centrale.

Que vaut une alliance militaire et son article 5, si son pilier principal se désengage et que ses membres s’opposent entre eux?

L’OTAN n’a pas été pensée pour se protéger de ses alliés. Elle a été conçue pour un monde bipolaire qui n’existe plus. Et cette crise dépasse largement l’OTAN.

Elle pose une question beaucoup plus vaste: sommes-nous en train d’entrer dans un nouvel ordre mondial?

L’ONU elle-même est sur la sellette. Comme la Société des Nations avant elle, elle apparaît aujourd’hui dépassée, paralysée, incapable de peser dans le monde.

Les États-Unis parlent ouvertement de réformer le Conseil de sécurité, de réattribuer les droits de veto, de redéfinir les équilibres issus de 1945. Cette semaine, Donald Trump a même annoncé la création d’un «Conseil de paix», concurrent de l’ONU. Sa mission: commencer par Gaza et ensuite «élargir» son champ d’action à d’autres zones de conflits… de nombreux pays ont déjà annoncé leur accord pour y participer. Autrement dit: le but est de remettre à plat l’ordre né de la Seconde Guerre mondiale.

Alors posons les questions franchement. Va-t-on vers une OTAN affaiblie, ou une OTAN recentrée, sans illusion? Voire une organisation qui irait rejoindre feu le Pacte de Varsovie?

Va-t-on vers des Nations unies 2.0, plus réalistes, reformatées par les États-Unis, voulues plus cohérentes avec le monde tel qu’il est?

Donald Trump met à l’épreuve les institutions internationales. Et il révèle une vérité inconfortable: Le monde de 1945 est terminé. Mais personne n’a encore écrit celui qui vient après.

Jacques Attali disait : «L’histoire du monde n’est pas celle des équilibres, mais celle de leurs ruptures».

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