Donald Trump, qui avait jusqu’ici écarté l’opposante Maria Corina Machado de sa stratégie au Venezuela après la capture du président Maduro, a changé de discours mardi, disant vouloir impliquer la Nobel de la paix dans sa gestion du pays, où la présidente par intérim accélère pour sa part les réformes.
«Nous sommes en train de discuter avec elle, et nous pourrons peut-être la faire participer d’une manière ou d’une autre. J’aimerais beaucoup pouvoir faire cela», a lancé le président américain, la qualifiant de «femme incroyablement gentille» lors d’une conférence de presse décousue, un an jour pour jour après son retour au pouvoir.
Le fait que Mme Machado lui ait offert la médaille de son prix Nobel la semaine dernière a-t-il influé sur sa vision du Venezuela ? Avant, Donald Trump assurait que Mme Machado n’était pas qualifiée pour gérer son pays et chantait les louanges de Delcy Rodriguez, présidente par intérim, tout en disant vouloir administrer lui-même le pétrole.
Investie le 5 janvier, deux jours après la spectaculaire capture de Nicolas Maduro par les forces américaines, Mme Rodriguez a aussitôt signé des accords pétroliers avec M. Trump et promis de libérer les prisonniers politiques.
Si ces libérations avancent au compte-goutte, elle se montre en revanche très active sur le plan économique.
Geste fort, elle a écarté d’un organisme d’investissements Alex Saab, considéré comme un homme lige de M. Maduro, quelques jours après l’avoir remplacé au ministère de l’Industrie.
M. Saab, originaire de Colombie, avait rejoint le gouvernement en octobre 2024, peu après sa libération des États-Unis dans le cadre d’un échange de prisonniers. Proche de M. Maduro, il avait été arrêté en 2020 au Cap-Vert et extradé en octobre 2021 vers les États-Unis, qui l’accusaient de détournement d’aide alimentaire au profit du dirigeant, qui avait fait de sa libération une de ses priorités.
Le Centre international d’investissement productif (CIIP), chargé d’attirer les investissements étrangers, sera désormais dirigé par le nouveau «tsar» de l’économie, Calixto Ortega, un technocrate proche de Mme Rodriguez, nommé vice-président chargé de l’Économie le 6 janvier.
Soutien au bolivar
Mardi, la présidente par intérim a annoncé investir 300 millions de dollars, obtenus par la vente de pétrole par les États-Unis, pour défendre sa monnaie, le bolivar, en perte de valeur constante.
Des «fonds provenant de la vente de pétrole sont entrés. Sur les premiers 500 millions, 300 millions ont été encaissés (...) Ces premiers flux seront utilisés sur le marché des changes au Venezuela (...) pour stabiliser le marché, et pour protéger le revenu et le pouvoir d’achat de nos travailleurs», a-t-elle dit à la télévision.
Les devises sont vitales pour l’économie vénézuélienne depuis 2018, lorsque le dollar est devenu la monnaie de facto dans un contexte de grave crise économique. Mais le Venezuela peine à obtenir des devises en raison de l’embargo pétrolier imposé en 2019 par Washington sur son principal produit d’exportation.
En parallèle, les États-Unis ont annoncé mardi avoir saisi un pétrolier en mer des Caraïbes, la septième opération de ce type depuis que Donald Trump a instauré en décembre un blocus de navires sous sanctions en lien avec le Venezuela.
Dans la lignée des réformes économiques, l’Assemblée nationale a annoncé mardi une vaste réforme des lois, dont celle sur les hydrocarbures, promise par Mme Rodriguez.
«Il faut que l’investissement étranger soit protégé et rentable», a déclaré Jorge Rodriguez, le président du Parlement et frère de Delcy. «Que ce qui concerne les impôts et les redevances soit» utilisé «de façon claire».
«Où sont-ils ?»
À Caracas, des proches de prisonniers politiques ont exigé mardi du parquet une preuve de vie pour 200 personnes dont ils restent sans nouvelles.
«Où sont-ils ?», «Assez des disparitions forcées», pouvait-on lire sur des pancartes tenues par des manifestants.
Depuis les promesses de libérations, seules quelque 150 personnes sur plus de 800 prisonniers politiques ont été libérées, selon un bilan des ONG.
«L’engagement de libérer tous les prisonniers politiques au Venezuela n’a toujours pas été tenu», a déploré Diego Casanova, membre de l’ONG Comité pour la libération des prisonniers politiques.
Ce dernier souligne que «le nombre de personnes en situation de disparition forcée est alarmant».
«Nous avons demandé une preuve de vie et on ne nous l’a pas donnée, nous ne savons pas s’ils sont vivants», dit Xiomara Requena, mère du militaire Egdar Suarez Requena. Elle affirme s’être rendue, avec des proches de quinze autres militaires, dans tous les centres pénitentiaires de Caracas et ses alentours à la recherche de son fils, sans obtenir de réponse.
AFP



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