Et si une simple lumière pouvait détruire sélectivement des cellules cancéreuses ? Des chercheurs ont mis au point une thérapie expérimentale combinant nanoparticules et infrarouge, capable d’éliminer jusqu’à 92 % de cellules tumorales en laboratoire, tout en épargnant les tissus sains.
Traiter le cancer sans brûler ce qui l’entoure. Cette promesse, longtemps théorique, guide aujourd’hui une nouvelle génération de recherches en oncologie. La plus récente repose sur un principe étonnamment simple: associer de minuscules nanoparticules à une lumière infrarouge pour provoquer, uniquement au cœur des cellules cancéreuses, une montée en température fatale. Les résultats, obtenus en laboratoire, sont suffisamment spectaculaires pour relancer l’espoir de traitements plus ciblés, plus doux, et potentiellement moins invasifs.
L’idée d’utiliser la lumière pour traiter le cancer n’est pas nouvelle. La photothérapie est déjà employée dans certaines affections dermatologiques et, sous des formes plus complexes, en oncologie. Mais ces techniques restent limitées par un écueil majeur: la difficulté à viser uniquement les cellules malades sans endommager les tissus voisins.
La nouveauté réside ici dans l’usage de nanoparticules d’oxyde d’étain, de taille nanométrique, capables d’absorber spécifiquement la lumière proche infrarouge. Invisibles à l’œil nu, ces particules sont introduites au contact des cellules tumorales. Lorsqu’elles sont exposées à une source infrarouge – une simple LED, et non un laser lourd et coûteux – elles convertissent la lumière en chaleur. Une chaleur extrêmement localisée, suffisante pour provoquer la mort des cellules cancéreuses, mais trop circonscrite pour affecter les cellules saines alentours.
En conditions de laboratoire, sur des cultures cellulaires, les résultats sont frappants. Dans le cas de cellules de cancer de la peau, jusqu’à 92 % d’entre elles ont été détruites après une exposition d’environ trente minutes à la lumière infrarouge. D’autres lignées cancéreuses, notamment colorectales, répondent également au traitement, mais de manière plus modérée, autour de 50 %.
Ce différentiel est crucial: il rappelle que le cancer n’est pas une maladie unique, mais un ensemble de pathologies aux comportements biologiques très différents. La thérapie lumineuse n’est donc pas une solution universelle, mais un outil potentiel à intégrer dans un arsenal thérapeutique plus large.
La lumière infrarouge présente plusieurs avantages. Elle pénètre plus profondément les tissus que la lumière visible, sans être ionisante, contrairement aux rayonnements utilisés en radiothérapie. Elle est également mieux tolérée et plus simple à produire, ce qui ouvre la voie à des dispositifs médicaux plus accessibles.
Surtout, l’activation thermique ne se produit qu’en présence des nanoparticules. Sans elles, la lumière infrarouge reste inoffensive pour les cellules. Cette dépendance constitue un verrou de sécurité majeur: tant que les particules ne sont pas précisément localisées dans la tumeur, aucun effet destructeur n’est déclenché.
Chimiothérapie et radiothérapie ont permis des avancées majeures, mais au prix d’effets secondaires souvent lourds. Elles reposent sur une logique de destruction massive, où les cellules saines paient fréquemment le prix de l’éradication tumorale. La thérapie photothermique, elle, s’inscrit dans une philosophie inverse : frapper moins fort, mais frapper juste.
Si elle venait à être validée cliniquement, cette approche pourrait être utilisée seule dans certains cancers superficiels, ou en complément d’autres traitements, par exemple après une chirurgie pour éliminer des cellules résiduelles invisibles à l’imagerie.
Il faut toutefois tempérer l’enthousiasme. À ce stade, les expériences sont strictement in vitro. Aucun patient n’a encore bénéficié de cette thérapie. Avant toute application clinique, plusieurs questions cruciales doivent être résolues: comment distribuer précisément les nanoparticules dans l’organisme? Comment éviter qu’elles ne s’accumulent dans des organes sensibles? Quelle est leur élimination à long terme?
Autre limite: la profondeur de pénétration de la lumière. Si l’infrarouge traverse relativement bien les tissus, il reste moins efficace pour des tumeurs profondes, ce qui pourrait restreindre l’usage de la technique à certains cancers bien localisés.
Cette recherche s’inscrit dans un mouvement plus large: celui des thérapies ciblées et de la nanomédecine, qui cherchent à exploiter les failles spécifiques des cellules cancéreuses plutôt que de les attaquer indistinctement. D’autres stratégies lumineuses sont déjà à l’étude, notamment des photo-immunothérapies qui combinent anticorps et activation lumineuse.
Il est bien entendu que la thérapie infrarouge par nanoparticules ne guérira pas le cancer à elle seule. Mais elle s’inscrit dans un mouvement de fond : remplacer la violence thérapeutique par une précision biologique accrue, annonçant une transformation progressive de notre manière de soigner.
Sources
– ACS Nano, étude sur la thérapie photothermique à base de nanoparticules d’oxyde d’étain, 2024.
– Futura-Sciences, « Une thérapie à la lumière pourrait éliminer 92 % des cellules cancéreuses », 2025.
– National Cancer Institute (NIH), dossier sur les thérapies photothermiques et photo-immunothérapies.




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