Cortina 2026 : le Liban valide ses dossards, Ouaïss stoppée net, Tawk et Hayek au départ
Manon Ouaïss qualifiée mais stoppée, Tawk et Hayek retenus pour porter le drapeau libanais à Milan–Cortina 2026. © ©manon.ouaiss; samertawk.oly; andr.e.ha

Qualifiée sur la neige mais stoppée par le sort, Manon Ouaïss ne verra pas Cortina. Le ski libanais avance pourtant, avec deux noms officiellement transmis dans les délais au Comité olympique : Samer Tawk et Andrea Hayek.

La liste est tombée, officielle, scellée et transmise dans les règles. La Fédération libanaise de ski a communiqué mardi les noms des athlètes retenus pour représenter le Liban aux Jeux olympiques d’hiver de Milan–Cortina 2026, prévus du 6 au 22 février dans les Dolomites italiennes. Ils sont deux : Samer Tawk et Andrea Hayek. Deux skieurs sélectionnés au terme d’un processus strict, conforme aux critères internationaux, mais dans un contexte forcément particulier, marqué par la blessure de Manon Ouaïss.

Ils n’ont pas “été choisis” au feeling, ni désignés sur un coup de com’. Pour Cortina, la Fédération libanaise de ski a joué la ligne la plus froide du sport de haut niveau : celle des points, des listes, des critères, et d’un calendrier administratif qui ne pardonne rien. Mardi, elle a arrêté ses noms et les a transmis au Comité olympique libanais, qui les a relayés dans les délais au Comité international olympique, comme l’a confirmé à Ici Beyrouth Laura Nassar, secrétaire générale de la Fédération.

Jointe par Ici Beyrouth, Laura Nassar précise aussi la contrainte qui verrouille le choix côté alpin : « Nous avons un quota d’un skieur pour le ski alpin et, étant donné qu’Andrea est arrivé en tête du classement olympique, c’est lui qui représentera le Liban. Le mode de sélection a toujours été fait en fonction des points olympiques, étant donné qu’il s’agit des JO. »

La règle du jeu, sans vernis
La Fédération le martèle : priorité à l’athlète qui dispose des points requis sur la dernière liste publiée par la Fédération internationale (FIS). Et si le seuil n’est pas atteint, on descend l’escalier, marche par marche, en s’appuyant sur les résultats nationaux (championnat du Liban 2024-2025) quand plusieurs profils se tiennent, avant de revenir au meilleur total de points disponible si personne n’a coché toutes les cases. Une mécanique “mathématique” qui a servi de boussole au moment de boucler le dossier envoyé au COL.

Samer Tawk, le fond et l’expérience
Dans l’équipe, Samer Tawk amène la garantie rare : celle d’un athlète déjà passé par le grand théâtre olympique. Le Libanais, spécialiste du ski de fond, avait disputé le 15 km skating aux Jeux de PyeongChang. À 27 ans, il incarne le profil “sécurisant” : celui qui connaît les procédures, le stress d’un départ, les contrôles, les détails qui grignotent l’énergie avant même la première accélération.

Andrea Hayek, 17 ans et la pente raide
À l’autre bout du spectre, il y a Andrea Hayek : 17 ans, déjà catapulté dans le costume qui gratte, celui du “prochain”. Sur les tablettes de la FIS, son meilleur marqueur apparaît en slalom (96,33 points), devant le géant (123,00). Et au Liban, il s’est signalé sur la scène nationale : au championnat alpin, il a terminé ex aequo à la première place chez les seniors (360 points), preuve qu’il sait gagner “à la maison” avant d’aller négocier la vérité ailleurs. Cortina, ce sera une autre température : piste inconnue, rythme supérieur, et la moindre faute qui coûte une manche.

Manon Ouaïss, la tuile au pire moment
Le coup dur, c’est évidemment Manon Ouaïss. Alpine, 25 ans, licenciée Faraya Sporting, elle s’était placée dans les clous pour être au départ en slalom et en géant. Une chute à l’entraînement, en France, a toutefois stoppé net la préparation, à trois semaines des Jeux.
Jointe par téléphone, la skieuse refuse le registre du drame. « La blessure fait partie des risques inhérents au sport, et particulièrement au ski, donc je l’ai assez vite acceptée », explique-t-elle à Ici Beyrouth. Elle relativise même la nature du choc : « Les fractures, même si elles sont impressionnantes, sont souvent plus simples à traiter et laissent moins de séquelles que des blessures ligamentaires. » Ce qui reste le plus dur à encaisser, c’est l’horloge : « Le timing : se blesser à trois semaines des Jeux, un objectif pour lequel j’ai tant rêvé et tellement bataillé. »
Battante, oui, mais pas dans le déni. « Je m’autorise à être triste, parce que mon rêve s’est effondré, mais j’ai aussi découvert en moi une force que je ne soupçonnais pas. » Et déjà, la bascule : « J’utilise cette épreuve comme un moteur pour tout ce qu’il me reste à accomplir. » Elle le rappelle, expérience à l’appui : « Je me suis déjà blessée par le passé, et à chaque fois je suis revenue plus forte, autant sportivement que dans la vie. »

Sur le concret, le retour se construit au jour le jour. « Je suis à six jours post-opératoires et je marche déjà », glisse-t-elle, avant d’annoncer la suite : « une rééducation quotidienne afin de retrouver les bases essentielles : l’amplitude, le contrôle moteur, la proprioception et la masse musculaire. » Pas de calendrier affiché, juste une méthode : reconstruire proprement, puis repartir.
Et les Jeux, désormais ? « Maintenant que je suis du côté des spectateurs, je les regarderai toujours comme une passionnée de ski. Je ne sais pas encore à quel point cela va me titiller, on verra le moment venu. » Une certitude, en revanche : son soutien total à ceux qui porteront le drapeau. « Je suivrai chaque seconde des épreuves de Samer Tawk et Andrea Hayek, et je serai à fond derrière eux. Je suis convaincue qu’ils porteront haut les couleurs du Liban, et j’espère que mon absence leur donnera un supplément d’âme ! »
À eux, Manon Ouaïss adresse un message clair. « Je suis très fière d’eux », dit-elle, saluant Andrea « qualifié aussi jeune » et Samer pour « son histoire hors du commun ». Puis l’essentiel : « Qu’ils profitent de chaque instant, qu’ils skient avec liberté et courage, et qu’ils sachent que tout un pays est derrière eux, moi la première. »
Aux plus jeunes, enfin, elle parle comme une grande sœur de piste. « Il y aura des défaites et des déceptions, mais nulle part ailleurs que dans un portillon de départ vous ne vivrez de telles émotions ni n’apprendrez autant sur vous-mêmes. » « L’échec fait partie du jeu et nous enseigne énormément. Le ski est un accélérateur d’expériences et une formidable école de la vie. » Le message, dit-elle, est universel : « Savoir rebondir face à l’adversité. Il vous servira bien au-delà du ski. » Et elle conclut avec une citation de Winston Churchill qu’elle revendique comme boussole : « Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur… mais la victoire à la fin. »
Pour résumer ce moment suspendu, Manon Ouaïss trouve la formule qui dit la douleur sans éteindre la suite : « Un rêve brisé sur le moment, mais une force intérieure décuplée pour la suite. » Cortina se fera sans elle, mais pas sans son élan. Et dans les sports d’hiver, il y a des virages imposés qui ne ressemblent pas à des renoncements : juste à une trajectoire à recalibrer, avant le prochain départ.

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