Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé dimanche un accord avec les Kurdes, imposé par la force des armes, après avoir lancé une offensive contre des zones qu'ils contrôlent dans le nord et le nord-est de la Syrie.
Publié par la présidence syrienne, l'accord en 14 points prévoit un cessez-le-feu entre l'armée syrienne et les forces kurdes.
Que dit-il de l'avenir des régions administrées de facto par les Kurdes dans le nord et le nord-est de la Syrie depuis plus d'une dizaine d'années?
Les forces kurdes
L'accord prévoit l'intégration des forces kurdes, qui comptent près de 100.000 membres selon les Kurdes, au sein de l'armée et des forces de sécurité syriennes.
Les deux parties avaient signé un accord, en mars dernier, pour intégrer les institutions civiles et militaires kurdes au sein de l'État, sans parvenir à s'entendre sur ses modalités d'application.
Les puissantes Forces démocratiques syriennes (FDS) seront intégrées au ministère de la Défense, tandis que les forces de sécurité kurdes (Asayech) doivent rejoindre le ministère de l'Intérieur.
Mais alors que les Kurdes réclamaient, durant les négociations, le maintien de leurs forces au sein d'unités distinctes qui resteraient basées dans leurs régions, l'accord annoncé dimanche prévoit une intégration à titre individuel.
Le sort des Unités de protection de la femme, forces exclusivement féminines, n'est pas précisé, alors que l'armée et les forces de sécurité syriennes ne comptent pas de femmes.
En réponse à une question, le président Chareh a indiqué dimanche que «dans certaines régions sensibles, les éléments de sécurité seront des fils de ces régions afin de prévenir les tensions».
L'administration
L'accord stipule que les Kurdes remettent immédiatement à l'État central l'administration de deux provinces, Deir Ezzor et Raqa, majoritairement peuplées d'Arabes et jusqu'ici sous leur contrôle.
L'État syrien prend en outre le contrôle immédiat des postes-frontières et des champs pétroliers et gaziers dans toute la région sous contrôle kurde.
Le texte mentionne par ailleurs «l'intégration de toutes les institutions civiles» dans la province de Hassaké, cœur des zones kurdes, ainsi que la nomination d'un gouverneur de cette province, qui devrait être selon toute vraisemblance une personnalité kurde.
Les FDS pourront suggérer une liste de responsables «pour occuper des postes militaires, sécuritaires et civils de haut niveau au sein de la structure de l'État central».
L'accord prévoit en outre que l'État syrien devienne «responsable» des prisonniers du groupe État islamique (EI) et que l'administration kurde chargée de ce dossier soit intégrée aux institutions étatiques.
Soutenues par les États-Unis, les FDS ont été le fer de lance de la lutte contre l'EI et la défaite du groupe en Syrie, en 2019, leur avait permis d'élargir les territoires sous leur contrôle.
Plus de six ans après la défaite de l'EI, les camps et prisons gérés par l'administration autonome kurde dans le nord-est de la Syrie abritent encore des dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux étrangers.
Fin de l'autonomie pour les Kurdes?
Au cours de la guerre civile (2011-2024), la minorité kurde avait progressivement pris le contrôle de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, incluant champs pétroliers et gaziers, dont les recettes servaient au fonctionnement de la zone autonome.
L'accord porte un coup très dur à cette autonomie chèrement acquise et aux institutions mises en place par l'administration kurde, notamment les écoles où la langue kurde est enseignée.
Dans leurs négociations initiales avec Damas, les Kurdes réclamaient un système décentralisé.
Avant d'imposer l'accord, le président syrien avait publié vendredi un décret reconnaissant les droits nationaux de cette minorité, dont la langue sera désormais officielle et accordant la nationalité syrienne aux Kurdes qui en avaient été privés par le passé, satisfaisant ainsi certaines de leurs revendications.
L'administration autonome kurde avait estimé qu'il s'agissait «d'un premier pas» mais que ces droits devraient être inscrits dans la Constitution.
AFP



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