Les législatives au Liban face à un blocage persistant
©Ici Beyrouth

Les forces politiques libanaises ne disposent plus que d’un peu plus d’un mois pour trancher le sort des prochaines élections législatives. Dans les coulisses, il n’est désormais plus seulement question d’un report technique jusqu’à l’été: le débat s’étend à la possibilité d’une prorogation plus large du mandat du Parlement, qui repousserait le scrutin au printemps 2028.

À l’exception du président de la République, qui insiste pour que les élections aient lieu, rappelant sa formule désormais célèbre selon laquelle son mandat ne commencerait qu’après le scrutin, chaque acteur du pouvoir a aujourd’hui intérêt à repousser les législatives d’au moins un an. Cela vaut tant pour la nécessité de se réorganiser – comme le Courant patriotique libre et le Hezbollah, qui cherchent à reconstituer leurs capacités financières et politiques face à la nouvelle donne – que pour garantir le bon déroulement de la prochaine élection présidentielle avec une majorité assurée, comme c’est le cas des Forces libanaises.

S’y ajoute, plus simplement, le désintérêt des députés indépendants, fortement attachés à leur ancrage local et occupant leurs sièges sans effort. Quant aux députés sunnites, eux aussi peu enclins à se mobiliser pour un scrutin, ils préfèrent attendre de retrouver prestige et visibilité après le scandale de l’affaire «Abou Omar».

Dans ce contexte, le gouvernement cherche à renvoyer la balle au Parlement, afin que celui-ci décide lui-même de se proroger, sans que le gouvernement n’ait à en assumer la responsabilité ni à justifier un empêchement à organiser les élections. Selon les informations disponibles, la difficulté porte sur les expatriés et le rapport du gouvernement indiquant qu’il serait incapable de tenir les élections dans la circonscription 16, sans préciser de nombreux points en suspens qui nécessitent une législation du Parlement. Parallèlement, le président de la Chambre, Nabih Berry, affirme son droit de ne pas convoquer de séance et, si celle-ci devait avoir lieu, de ne pas placer en tête de l’ordre du jour le projet de loi transmis par le gouvernement.

Au vu de tous ces facteurs, le Liban se trouve face à une impasse que n’a pas résolue l’appel du président de la République à une session extraordinaire du Parlement. En outre, Joseph Aoun ne souhaite pas provoquer Nabih Berry, afin que cette initiative ne soit pas interprétée comme une nouvelle phase de la campagne en cours contre la communauté chiite.

Les élections deviennent ainsi un facteur de complications et de difficultés supplémentaires qui ne peuvent être réglées que par l’accord politique toujours suspendu, chaque partie attendant de voir comment évolueront les circonstances dans la région. Soit la crise dégénère en Iran, offrant un répit au Liban, soit la procrastination se poursuit, ou alors un accord discret est conclu, maintenant le dossier libanais dans une situation de blocage persistant.

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