Des pays du Golfe à la Turquie, en passant par le Pakistan, les voisins de l’Iran redoutent que les États-Unis n’ouvrent la boîte de Pandore s’ils frappent l’Iran.
Les risques seraient multiples, d’un embrasement de la région aux vagues migratoires, selon des analystes interrogés par l’AFP.
Peur d’une riposte iranienne
La crainte principale des pays alliés de Washington dans le Golfe est celle d’une riposte iranienne. Même s’ils sont supposés bénéficier de la protection des États-Unis, ils abritent des sites militaires américains qui les placent en première ligne.
En juin 2025, l’Iran avait ciblé la base d’Al-Udeid au Qatar, la plus importante de la région, en riposte à des bombardements américains sur des installations nucléaires iraniennes, durant la guerre déclenchée par une attaque d’Israël.
Le Qatar s’est d’ailleurs joint à l’Arabie saoudite et à Oman pour demander à l’administration Trump de surseoir à des frappes, a indiqué une source saoudienne à l’AFP.
L’Iran, même s’il a été affaibli par la guerre de 12 jours en juin, reste une puissance capable de les frapper.
Les pays du Golfe «se savent vulnérables parce que les Iraniens ont assez de missiles basiques à portée intermédiaire qui leur permettent de toucher les points vitaux, les usines de désalinisation d’eau de mer, les hubs d’hydrocarbures, les centrales électriques», dans le pire des scénarios, rappelle Pierre Razoux, directeur des études de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES).
«Et sans ces infrastructures, ces pays chauds et désertiques risquent de devenir invivables», souligne-t-il.
La crise pétrolière
Ces mêmes pétro-États «sont préoccupés par des frappes contre les infrastructures énergétiques et par un éventuel blocage des flux» dans le goulet d’étranglement du détroit d’Ormuz, relève Cinzia Bianco, chercheuse sur le Golfe pour le centre de recherche européen European Council on Foreign Relations (ECFR).
Or, ces pays du Golfe sont engagés dans des agendas politiques coûteux: changement de modèle économique, grands travaux, transitions énergétiques.
«Tout serait plus compliqué avec une crise pétrolière. Avoir à gérer les conséquences sécuritaires d’un changement de régime en Iran ajouterait une couche de complexité», explique Mme Bianco.
De plus, ajoute M. Razoux, un tel scénario risquerait de pousser la Chine, grande acheteuse de pétrole du Golfe, à chercher à réduire ses liens avec la région. Ce serait une mauvaise nouvelle pour les monarchies du Golfe qui, de leur côté, tentent de diminuer leur dépendance commerciale aux États-Unis.
Les conflits asymétriques
Ébranler l’Iran risquerait de réveiller d’autres conflits que Téhéran pourrait être tenté de réactiver dans le cadre de ses représailles, par le biais des Houthis au Yémen ou du Hezbollah au Liban.
Son affaiblissement risquerait en outre de donner les coudées franches à des groupes hostiles à ses voisins comme la Turquie ou le Pakistan.
«Lors des précédents mouvements de contestation, la Turquie craignait qu’en cas de chute du régime, les groupes kurdes en profitent pour créer des problèmes en Turquie», rappelle Gonul Tol du Middle East Institute. «Les groupes liés (aux combattants du mouvement kurde) PKK deviendraient plus actifs», estime-t-elle.
Les enjeux sont similaires pour Islamabad, qui a rappelé jeudi qu’un «Iran stable et pacifique, sans troubles intérieurs, est dans l’intérêt du Pakistan».
Des frappes américaines «auraient des conséquences déstabilisatrices pour toute la région, et le Pakistan risque d’être particulièrement affecté», juge l’analyste et ancienne diplomate Maleeha Lodhi. «Tout espace non gouverné près des frontières renforcerait les activistes de la province instable du Baloutchistan et constituerait une grave menace pour sa sécurité».
Vagues migratoires
Certains voisins craignent aussi d’importants déplacements de population ou un afflux de réfugiés, comme la Turquie l’a connu lors de la guerre civile en Syrie.
«Le choc serait sans doute beaucoup plus fort, compte tenu de la taille du pays, sa population, l’hétérogénéité» de l’Iran, géant de quelque 90 millions d’habitants issus de multiples communautés, observe Sinan Ülgen, chercheur associé au centre Carnegie Europe.
La Banque mondiale donne le chiffre de 92 millions, tandis que les données du recensement iranien établissent la population à 86 millions.
La Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie s’inquiètent particulièrement «parce qu’ils seraient des pays de destination», fait valoir l’analyste russe Nikita Smagin, basé à Bakou. Et pour Bakou et Erevan, de taille modeste, cela «pourrait facilement menacer leur stabilité».
Avec AFP



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