Il y a quelques semaines encore, les universités occidentales étaient en ébullition permanente. Amphithéâtres occupés, banderoles suspendues, slogans scandés chaque jour. La guerre de Gaza avait transformé les campus des villes européennes et américaines en places fortes de l’indignation morale. On protestait, on dénonçait, on exigeait. Beaucoup criaient à la justice, à la liberté, aux droits humains. Très bien.
Mais aujourd’hui, face à la répression en Iran, le silence est assourdissant. On découvre, sans grande surprise, l’indignation à géométrie variable. Où sont donc passés ces étudiants, si prompts à se mobiliser pour Gaza et si absents aujourd’hui ?
La différence avec Gaza, c’est qu’en Iran, c’est un régime islamiste au pouvoir qui tire, emprisonne, massacre. Il tue des manifestants dont le seul crime est de demander la liberté. Il frappe des femmes qui réclament le droit élémentaire de ne plus être voilées. Des étudiantes sont arrêtées, parfois tuées. Des universités sont purgées. Des jeunes disparaissent dans les prisons. Et pourtant : rien.
Où sont les occupations d’universités ? Où sont les assemblées générales enflammées, les sit-in, les nuits debout, les hashtags, les tribunes indignées ? Nulle part.
Ce silence n’est pas un oubli. C’est un choix.
Il révèle une vérité de plus en plus difficile à masquer : l’indignation n’est pas universelle, elle est idéologique.
Quand la cause s’inscrit dans un récit confortable, l’Occident coupable, Israël, les États-Unis, uniques responsables, l’opprimé toujours du « bon » côté, la mobilisation est immédiate, massive, quasi automatique. Peu importe les faits, peu importe même qu’on manifeste en soutien à une organisation islamiste classée terroriste. L’essentiel est de rester dans la bonne grille de lecture.
Mais quand l’oppresseur est un régime islamiste, théocratique, misogyne et, surtout, non occidental, alors l’enthousiasme s’évapore. La colère se dissout. Les banderoles restent dans les placards. Pourquoi ?
Parce que dénoncer l’islamisme réel, celui qui gouverne, qui tue, qui enferme, oblige à briser un tabou. Cela contraint une partie de l’extrême gauche occidentale à regarder en face une contradiction insupportable : celle d’avoir servi, depuis des années, de paravent idéologique à des régimes et des mouvements qui méprisent tout ce qu’elle prétend, faussement, défendre.
Liberté des femmes ? Liberté d’expression ?
Droits des minorités ? Autonomie du corps ?
Tout cela devient soudain secondaire quand le bourreau ne correspond plus au schéma attendu.
Alors on détourne le regard. On relativise. On change de sujet. On se tait. Un silence si commode, si lâche.
L’indignation sélective est la négation même de la morale. Elle n’est pas un combat pour la justice, mais un réflexe sectaire.
Et pendant que les campus occidentaux et que les dirigeants, à l’exception notable de Donald Trump, se taisent ou condamnent mollement, en Iran, des milliers de femmes et d’hommes meurent pour une liberté que d’autres prétendent incarner sans jamais la défendre quand cela dérange.
Albert Camus disait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »
Ce silence-là, l’Histoire s’en souviendra.




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