Pendant que le Liban se noie, le Premier ministre Nawaf Salam reçoit des comédiens et des influenceurs à la primature. Il les accueille officiellement, pose avec eux, échange des sourires et des messages positifs, comme si le pays n’était pas en train de sombrer sous les eaux et l’effondrement. Comme si l’heure était à la représentation, non à l’urgence.

Ce n’est pas une rumeur. Ce ne sont pas des rencontres discrètes. Ce sont des réceptions assumées, mises en scène, dans les salons du pouvoir, pendant que dehors, des quartiers entiers sont inondés, des routes coupées, des familles piégées, des commerces détruits. Le contraste est brutal. Il est surtout indéfendable.

Les intempéries ne sont ni soudaines ni imprévisibles. Elles reviennent chaque hiver, avec la même violence et les mêmes conséquences, parce que les infrastructures sont à l’abandon, les égouts bouchés, les rivières non entretenues, les constructions anarchiques tolérées. À chaque pluie, le Liban découvre qu’il n’a pas d’État opérationnel. À chaque tempête, les citoyens se débrouillent seuls.

Et pendant ce temps, le chef du gouvernement consacre du temps et de l’attention à recevoir des figures du divertissement et des réseaux sociaux, comme si l’enjeu principal était l’image, la communication, la normalisation du chaos.

Il ne s’agit pas de mépriser la culture, l’humour ou la création. Il s’agit de dénoncer le moment choisi. Gouverner un pays en état de catastrophe permanente impose des priorités claires. Quand l’eau envahit les maisons, quand la Défense civile agit avec des moyens dérisoires, quand les municipalités improvisent sans budget, le rôle du Premier ministre n’est pas de faire salon.

Recevoir des comédiens et des influenceurs en pleine crise n’est pas un geste anodin. C’est un message politique. Un message qui dit que l’urgence peut attendre, que la souffrance collective n’impose ni suspension d’agenda ni gravité particulière. Un message qui banalise l’effondrement et transforme la catastrophe en simple décor de fond.

Où est le Premier ministre sur le terrain ? Où sont les réunions d’urgence avec les ministres concernés ? Où sont les annonces claires, les décisions immédiates, les responsabilités nommées ? À défaut d’action visible, ce sont les images de convivialité qui s’imposent — et elles choquent.

À force de gouverner par la communication, le pouvoir finit par ressembler à un spectacle. À force de recevoir des influenceurs pendant que le pays coule, il donne l’impression d’un État hors-sol, détaché, presque indifférent.

Après moi, le déluge n’est plus une formule cynique. C’est devenu une méthode. Une posture. Une manière de dire aux Libanais que, pendant qu’ils survivent, le pouvoir, lui, continue comme si de rien n’était.

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