« Un soldat marche sur son estomac », disait Napoléon Bonaparte. Les mollahs iraniens semblent l’avoir oublié — ou feignent de l’oublier. On ne nourrit pas un peuple avec des missiles, pas plus qu’avec une idéologie. Le soldat, ici, c’est le peuple iranien.
Depuis le 28 décembre, le régime de Téhéran est confronté à une mobilisation populaire d’une ampleur inédite. Les signes de fissure se multiplient. Sanctions internationales, hyperinflation, chômage massif et dégradation continue des conditions de vie exercent une pression croissante, tant sur la population que sur le pouvoir. À cette crise économique et sociale s’ajoute un facteur souvent sous-estimé mais potentiellement explosif : l’une des pires sécheresses de l’histoire contemporaine du pays. Téhéran est aujourd’hui au bord de la « faillite hydrique », un élément de déstabilisation majeur.
Cette situation rappelle, à bien des égards, celle de l’Union soviétique dans les années 1980. Un empire qui dominait près d’un quart de la planète a disparu le 25 décembre 1991. Son effondrement, brutal en apparence, fut en réalité l’aboutissement d’un long processus d’usure économique, politique et sociale — processus dont plusieurs symptômes sont aujourd’hui visibles en Iran.
Système totalitaire, économie centralisée et peu productive, frappée par les embargos, pénuries chroniques et rationnements, sans oublier les soulèvements dans les pays satellites : l’URSS s’est épuisée de l’intérieur. À cela s’est ajoutée une course aux armements ruineuse. Sous l’ère Reagan, près de 17 % du PIB soviétique étaient consacrés à la défense, dans une compétition stratégique perdue face aux États-Unis. La chute brutale des prix du pétrole entre 1980 et 1986 — divisés par trois — a porté un coup fatal à une économie dont les hydrocarbures représentaient près de la moitié des revenus d’exportation. Dix années de guerre d’usure en Afghanistan, la catastrophe de Tchernobyl et d’autres facteurs encore ont achevé de révéler les failles d’un système à bout de souffle.
L’homo sovieticus a fini par céder face à la réalité. Cet « idéal communiste » rappelle une vérité universelle : toute idéologie — religieuse ou non — qui prétend se substituer aux besoins fondamentaux des peuples est vouée, tôt ou tard, à l’échec. Le khomeynisme ne fait pas exception.
À l’image de l’URSS, la République islamique a commencé à se fragiliser en perdant progressivement le contrôle de ses relais régionaux. La chute de Bachar el-Assad, les revers militaires du Hezbollah et des Houthis ont profondément ébranlé l’architecture de ce que l’Iran appelait l’« axe de la résistance ».
« Ne cherche pas le combat si tu n’as pas l’avantage », enseignait Sun Tzu. Une leçon que le Hezbollah n’a manifestement pas retenue. En ouvrant, le 8 octobre 2023, un front de soutien désastreux au Hamas, le mouvement a promis à ses partisans de « jeter Israël à la mer », reprenant les slogans iraniens appelant à « rayer » l’État hébreu de la carte — des objectifs totalement déconnectés des rapports de force réels.
Aux contestations internes en Iran s’ajoutent désormais des avertissements de plus en plus explicites des États-Unis et d’Israël. Les tensions régionales atteignent un seuil critique. Donald Trump persiste dans sa ligne dure : si la répression se poursuit et si Téhéran échoue à relancer un processus crédible de négociation sur le nucléaire, il promet de « frapper fort ».
L’axe iranien s’est fissuré. Désormais, c’est le centre de gravité même du régime qui vacille. Reste une question décisive : le coup de grâce viendra-t-il d’une explosion régionale, provoquée par une opération militaire majeure, ou d’une implosion interne, à l’image de celle qui emporta l’empire soviétique ?
Seul l’avenir — peut-être proche — apportera la réponse.




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