L’humoriste Jessé signe «Les Bateaux sur la terrasse», un roman sur le harcèlement et le pardon
Le comédien et humoriste Jessé Rémond Lacroix signe «Les Bateaux sur la terrasse», une autofiction où il revient sur son enfance harcelée, mêlant humour, souvenirs familiaux et réflexion sur le deuil. ©Ici Beyrouth

Le comédien et humoriste Jessé Rémond Lacroix publie Les Bateaux sur la terrasse (Robert Laffont), une autofiction où il explore son enfance marquée par le harcèlement scolaire parce qu’il était considéré comme trop efféminé. Entre souvenirs, confrontation familiale et réflexion sur le silence entourant le deuil, l’artiste poursuit parallèlement sa carrière sur scène avec Message personnel et à la radio, tout en cultivant sa présence sur les réseaux sociaux, mêlant humour provocateur et engagement sur des sujets sociaux comme le harcèlement.

«Comment pardonner à ceux qui nous ont aimés de travers?», s'interroge le comédien et humoriste Jessé Rémond Lacroix dans son premier roman, où il revisite une enfance cabossée par le harcèlement subi à l'école parce qu'il était «trop efféminé».

À 33 ans, Jessé, comme il est communément appelé, ajoute une flèche à son arc en publiant Les Bateaux sur la terrasse (Robert Laffont), une autofiction qu'il portait «depuis de nombreuses années».

Il y met en scène un jeune comédien qui revient sur la terrasse de la maison familiale avec vue sur la Méditerranée où il passait ses vacances enfant.

Ce moment suspendu lui donne l'occasion de briser le silence avec sa mère, à qui il reproche de n'avoir pas vu le harcèlement dont il a été victime, et avec sa grand-mère, figée dans les non-dits entourant la mort d'un de ses fils atteint du sida.

Le roman est publié alors que Jessé continue avec succès son spectacle seul-en-scène Message personnel, où il raconte son parcours en alternant gravité et humour.

Le comédien cultive aussi sa notoriété grandissante avec une chronique hebdomadaire mordante dans l'émission de France Inter «Zoom Zoom Zen» et en étant actif sur les réseaux sociaux, notamment Instagram où il compte plus de 275.000 abonnés.

Ce «virtuose de l'humour gay vachard», selon Télérama, assume son ton provocateur et cru, quitte à déclencher des polémiques.

Des femmes comme modèles

Le harcèlement à l'école «est un thème qui m'est hyper cher», explique-t-il dans un entretien à l'AFP.

Grandissant dans une petite ville proche de Dijon, «j'ai été harcelé par d'autres enfants dès le CP parce que j'étais trop efféminé. La cour de récré du collège peut être d'une violence inouïe», témoigne-t-il.

«Dans les années 1990 et 2000, le harcèlement scolaire n'était pas un terme qui existait. On disait juste: c'est les enfants, il faut que jeunesse se passe», ajoute-t-il, en indiquant avoir cessé d'être ostracisé au lycée.

Dans son livre, il se félicite de la libération de la parole. «J'appartiens à une génération qui s'autorise à pleurer. Bon, parfois on se regarde un peu trop le nombril. Mais nous avons appris, je crois, à nommer nos peurs, nos chagrins (...) Nous possédons des outils dont nos grands-parents, et souvent nos parents, n'ont jamais bénéficié», écrit-il.

Parmi ces outils, figurent les réseaux sociaux, sur lesquels il garde un regard ambivalent. «Grâce à eux, il y a eu MeToo. Et quand un jeune victime du harcèlement se suicide, on en parle et ça réveille les consciences», estime-t-il. Mais ils sont aussi «un moyen de continuer à harceler» hors de l'école.

Dans le roman comme dans le spectacle ou à la radio, «je pars du personnel pour essayer de toucher l'universel», explique Jessé, qui a fait des études poussées (hypokhâgne et Sciences Po) avant de s'initier au théâtre.

Ses modèles sont surtout des femmes «qui osent», à l'image des romancières Annie Ernaux et Marguerite Duras, ou des humoristes Florence Foresti et Blanche Gardin.

Mais il apprécie aussi la star américaine Taylor Swift, «une artiste très inspirante dans sa façon de créer et de se raconter».

Par Jérôme RIVET / AFP

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