Régime Maduro et Hezbollah : des liens étroits révélés par le Financial Times

Selon une enquête du Financial Times (FT), des liens étroits et durables existeraient entre le régime de Nicolás Maduro et le Hezbollah avec des implications financières, diplomatiques et criminelles de longue date.

Selon le Financial Times (FT), des documents et témoignages révèlent que le président vénézuélien Nicolás Maduro et plusieurs de ses alliés auraient entretenu des relations étroites avec le Hezbollah, impliquant trafic de drogue, blanchiment d’argent et facilitation de passeports vénézuéliens pour des membres de l’organisation. Ces liens, longtemps soupçonnés par Washington, refont surface après la capture de Maduro lors d’une opération américaine à Caracas.

Une rencontre secrète en Syrie

Dès 2007, alors ministre des Affaires étrangères, Nicolás Maduro s’était rendu à Damas pour rencontrer le président syrien Bachar al-Assad, avant de se rendre à Téhéran. Selon le FT, cette visite officielle, visant à renforcer les liens avec des pays hostiles aux États-Unis, aurait également inclu une rencontre secrète avec un haut responsable de Hezbollah, marquant la première rencontre connue entre Maduro et un membre de l’organisation libanaise.

Des alliés clés impliqués dans un système de passeports

Tareck el Aissami, ancien vice-président et proche de Maduro, sanctionné par les États-Unis, le Canada et l’UE, aurait joué un rôle central dans la délivrance de passeports à des ressortissants liés au Hezbollah. Selon le FT, El Aissami a été inculpé aux États-Unis pour corruption et contournement de sanctions, illustrant l’ampleur des liens présumés entre le régime vénézuélien et l’organisation libanaise.

Le projet Cassandra et les flux financiers

Le FT rappelle que la DEA avait lancé en 2008 le projet «Cassandra», visant à documenter les activités internationales de Hezbollah, notamment le trafic de drogue et le blanchiment d’argent. L’enquête a révélé que des cargaisons de cocaïne et de devises circulaient via la compagnie aérienne vénézuélienne Conviasa vers le Liban, avec un soutien logistique et diplomatique implicite. Des images authentifiées montrent également des combattants de Hezbollah s’entraînant sur l’île Margarita, un centre financier stratégique et zone à forte diaspora libanaise.

Des liens persistants via la crypto-monnaie

En décembre, le FT a révélé que des comptes basés au Venezuela avaient transféré des cryptomonnaies vers des portefeuilles liés à Tawfiq al-Law, Syrien sanctionné par les États-Unis pour avoir transféré des fonds pour Hezbollah, les Houthis et des entreprises liées au régime Assad. La plateforme Binance a déclaré se conformer aux sanctions internationales en vigueur.

Le rôle des clans de la diaspora libanaise

Le Hezbollah a souvent tiré parti de la importante diaspora libanaise en Amérique latine, en s’appuyant sur des réseaux familiaux pour obtenir des fonds et pour dissimuler des activités illicites, parfois par pression ou coercition. Des responsables interrogés par le FT affirment que certains des plus proches conseillers de Maduro appartiennent à ces clans d’origine libanaise.

Des figures clés ont été sanctionnées par les États‑Unis :Ghazi Nassereddine, un diplomate vénézuélien ayant servi dans les ambassades à Damas et Beyrouth, a été sanctionné dès 2008 pour avoir utilisé son poste pour apporter un soutien financier au Hezbollah. Un rapport de l’Atlantic Council, cité par le FT, identifie la famille Nessereddine comme l’un des clans intégrés à la bureaucratie du régime qui auraient fourni protections et ressources au groupe militant.

Adel El Zabayar, un allié proche de Maduro, a été inculpé en 2020 aux États‑Unis pour narco‑terrorisme et accusé de liens avec le Hezbollah, notamment d’être apparu dans des vidéos de propagande du mouvement.

.Une présence stratégique mais discrète

Malgré les accusations américaines, Hezbollah et le Venezuela nient toute collaboration. Les experts estiment toutefois que le groupe libanais maintient une présence stratégique dans le pays, facilitant le financement et la logistique, sans nécessiter de camps d’entraînement permanents. Matthew Levitt, ancien responsable américain du contre-terrorisme, interrogé par le FT, souligne que la persistance du régime de Maduro laisse subsister ces liens présumés avec Hezbollah et l’Iran.

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