Reza Pahlavi, l’homme qui se rêve chah
L'ancien prince héritier iranien et désormais figure clé de l'opposition, Reza Pahlavi, pose lors d'une séance photo après une conférence de presse à Paris le 23 juin 2025. ©JOEL SAGET/AFP

Alors que les manifestations contre la vie chère – mais également contre le système politique – font rage en Iran, une figure revient dans les médias: Reza Pahlavi. Fils de l’ancien dirigeant du pays, le chah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi, il souhaite incarner une alternative crédible à la République islamique, tant par son héritage que par ses propositions politiques.

Depuis le début des manifestations en décembre dernier, il est très présent sur les réseaux sociaux, appelant les Iraniens à sortir massivement dans la rue les 8 et 9 janvier, mais également les manifestants à maintenir la pression.

Suite à cet appel, les manifestations ont été particulièrement importantes en Iran, certains scandant son nom. Sur X, il a qualifié l’année 2026 de «moment décisif pour le changement», puis a lancé vendredi un appel urgent au président américain Donald Trump, l’exhortant à intervenir face à la répression en cours en Iran.

Dans une tribune publiée dans le Washington Post mardi, il se présente comme le «garant d’une transition nationale vers la démocratie», et souligne qu’il voit dans le fait que des manifestants scandent son nom non pas «une invitation à prendre le pouvoir, mais une profonde responsabilité».

Son nom est particulièrement connu au sein de la diaspora iranienne, en témoigne la présence d’une centaine de personnes brandissant des drapeaux de l’ancienne monarchie iranienne et des portraits de lui ces dernières semaines lors de rassemblements, à Paris et Londres, en soutien aux manifestations. En Iran également, plusieurs slogans en faveur de la monarchie auraient été scandés, comme «Longue vie au chah», «Pahlavi va revenir», ou encore «Prince, l’Iran est prêt, on t’attend».

Une figure célèbre de l’opposition iranienne

Fils aîné du chah, Reza Pahlavi a été formé dès son enfance pour prendre la suite de son père. En 1978, il se rend à l’âge de 19 ans aux États-Unis pour suivre une formation de pilote de l’air. C’est durant ce séjour que son père est renversé. Dès lors, condamné à l’exil, il va multiplier les appels au peuple iranien à se soulever contre la République islamique. Il souhaite incarner une alternative crédible à celle-ci tant sur le plan international que local.

Dès 2009, lors des manifestations suivant la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, il appelle les Iraniens à «continuer la lutte» et les forces de l’ordre à la «désobéissance civile». En février 2023, lors de la vague de manifestations faisant suite à la mort de Mahsa Amini, il entame une alliance avec d’autres figures d’opposition. Parmi ces personnalités, la lauréate du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi, la militante Masih Alinejad, le militant pro-kurde Abdullah Mohtadi et le militant Hamed Esmaeilion dont la fille et la femme ont été tuées dans l'avion ukrainien abattu en Iran en 2020. Ils publient alors la «Charte Mahsa», feuille de route pour une transition vers une démocratie laïque en Iran.

Très présent sur les réseaux sociaux, il lance avec ses partisans plusieurs campagnes en ligne visant à le promouvoir auprès de la population iranienne et étrangère. Parallèlement, il parcourt les chancelleries pour tenter de trouver des soutiens à sa candidature. Il affirme également ne pas revendiquer le trône iranien, mais souhaite mener la «transition nationale» en cas de chute de la République islamique.

Lors de la guerre de 12 jours entre l’Iran et Israël en juin dernier, il avait estimé que la République islamique était «sur le point de tomber», accusant le guide iranien de se «terrer comme un rat effrayé» dans un bunker.

Une candidature très contestée

Si Reza Pahlavi est sans doute l’une des figures les plus connues de l’opposition iranienne, il est loin de faire l’unanimité tant en Iran qu’à l’étranger. En effet, de nombreux Iraniens n’ont pas oublié le régime autoritaire de son père et les méfaits commis par la police politique du chah, la Savak. Or, Reza Pahlavi n’a jamais reconnu ni dénoncé les exactions commises par le régime du chah.

De plus, de nombreux Iraniens lui reprochent sa déconnexion par rapport au pays, et l’accusent d’être une marionnette de l’étranger, notamment en raison de son exil depuis plus de 40 ans aux États-Unis et de sa proximité avec Trump et son entourage.

On lui reproche également sa proximité avec Israël et son refus de condamner les frappes israéliennes contre l’Iran en juin dernier, qui avaient pourtant fait des victimes civiles. Sa propre femme, Yasmine Pahlavi, avait, à la même période, publié sur Instagram la photo d’un graffiti affirmant: «Frappez-les Israël, les Iraniens sont derrière vous». Cette proximité avec Israël est loin de faire l’unanimité chez les Iraniens, tant sur le plan idéologique qu’en raison des morts civiles résultant de ces frappes.

Pahlavi avait déjà fait polémique en 2023 en se rendant en Israël pour «rétablir les relations historiques entre l’Iran et Israël», posant au côté du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Or, selon le journal israélien Haaretz, Israël aurait aidé Reza Pahlavi durant la guerre à se présenter comme la principale figure alternative à la république islamique.

Il est également très critiqué au sein de l’opposition iranienne, connue pour ses querelles intestines. Lorsqu'il crée en 2023 l’alliance avec plusieurs figures de l’opposition, le militant Hamed Esmaeilion annonce après un mois son retrait de l’alliance, dénonçant des «méthodes non démocratiques» de la part de Reza Pahlavi. Son départ est rapidement suivi par les autres personnalités du groupe. Un échec qui a brisé les espoirs d’une opposition plus unie face à la République islamique. Fait notable, les partisans de Reza Pahlavi à l’étranger ont participé de manière séparée aux rassemblements à Londres et Paris.

La plupart des experts internationaux de l’Iran soulignent également que Pahlavi a tendance à exagérer le soutien dont il bénéficie à l’intérieur du pays, grâce notamment à une communication très efficace sur les réseaux sociaux, mais qui n’est pas forcément représentative des ressentis à l’intérieur du pays. Outre ceux qui ne gardent pas un bon souvenir de l’ancienne dynastie, on lui reproche également son refus de toute décentralisation en faveur des minorités ethniques iraniennes. Le slogan «ni chah, ni mollah» reste ainsi populaire au sein des manifestations, notamment dans les universités. De plus, il reste un homme de l’Étranger incapable de représenter une alternative crédible ou une figure fédératrice.

Néanmoins, dans un pays où la priorité de nombreux manifestants est de faire chuter le régime en place, le nom de Reza Pahlavi a le mérite d’être connu et d’incarner une opposition à la République islamique. Ainsi, il apparaît avant tout comme la possibilité d’un changement de régime, plus qu’une figure et un modèle politique que les manifestants souhaitent suivre.

Commentaires
  • Aucun commentaire