Les autorités syriennes ont autorisé jeudi matin les civils à quitter deux quartiers kurdes d’Alep, encerclés par l’armée, avant de reprendre le bombardement de ces zones, au troisième jour des violences les plus graves dans la grande ville du nord de la Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad.
Dans le reste de la ville, les commerces, les universités et les écoles sont restés fermés pour le deuxième jour consécutif, selon les correspondants de l’AFP sur place.
Les affrontements, qui ont éclaté mardi entre les forces gouvernementales et les combattants kurdes, ont fait au moins 17 morts, selon la Défense civile syrienne. Ils surviennent alors que les deux parties peinent à appliquer un accord conclu en mars prévoyant l’intégration des institutions de l’administration autonome kurde au sein du nouvel État syrien.
Jeudi matin, des civils fuyaient les quartiers de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh en empruntant deux «couloirs humanitaires» mis en place par l’armée, ont constaté les correspondants de l’AFP. Les autorités avaient accordé trois heures aux habitants pour évacuer avant la reprise des bombardements, et l’armée a diffusé une carte d’une position kurde à Cheikh Maqsoud qu’elle compte viser.
«Nous avons vécu des moments très difficiles, mes enfants étaient terrorisés», a affirmé à l’AFP Rana Issa, 43 ans, qui a quitté Achrafieh. «Nous sommes partis sous les balles des francs-tireurs, beaucoup de gens veulent sortir mais ont peur des snipers».
Déjà mercredi, des milliers de civils avaient fui ces deux quartiers du nord d’Alep, chargés de bagages.
Risque d’embrasement régional
Les violences pourraient prendre une dimension régionale. La Turquie, alliée des autorités islamistes syriennes, s’est dite prête jeudi à «soutenir» l’armée syrienne dans son «opération antiterroriste» contre les combattants kurdes.
«Si la Syrie sollicite notre assistance, la Turquie lui apportera le soutien nécessaire», a indiqué le ministère turc de la Défense, affirmant que les combats étaient menés jusqu’ici «intégralement par l’armée syrienne». «La sécurité de la Syrie est notre sécurité», a-t-il insisté.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré qu’Ankara menait des «consultations intensives» avec Damas et Washington depuis deux jours afin de prévenir une «nouvelle effusion de sang» en Syrie. La Turquie, qui partage plus de 900 kilomètres de frontière avec la Syrie, y a mené entre 2016 et 2019 plusieurs opérations d’envergure contre les combattants kurdes.
Israël, de son côté, a condamné les «attaques» du pouvoir syrien contre la minorité kurde d’Alep. «Les attaques menées par les forces du régime syrien contre la minorité kurde dans la ville d’Alep sont graves et dangereuses», a écrit le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar sur le réseau social X, fustigeant «le silence de la communauté internationale».
Manifestations kurdes
À Qamishli, principale ville de la zone autonome kurde dans le nord-est de la Syrie, des centaines de personnes ont manifesté jeudi à l’appel des autorités locales pour protester contre les violences. «Non à la guerre», «Non à l’épuration ethnique», proclamaient les banderoles. «Nous appelons la communauté internationale à intervenir», a déclaré Salaheddine Cheikhmous, 61 ans.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé mercredi les parties à la «retenue» et à la reprise «rapide des négociations» pour la mise en œuvre de l’accord de mars, dont l’application reste bloquée par des exigences contradictoires
Bakr KASSEM / AFP



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