L’arrestation spectaculaire du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis a posé les jalons de la stratégie de sécurité nationale américaine pour 2026. Elle a également suscité de nombreuses interrogations.
La légalité de l’opération
À la lumière du précédent établi lors de l’arrestation, du procès, de la condamnation et de l’emprisonnement de « l’homme fort » panaméen Manuel Noriega en 1990, la réponse est probablement affirmative du point de vue du droit interne américain. Dans le cas de Noriega, un tribunal américain avait accepté de se saisir du dossier, rejetant l’argument d’immunité souveraine au motif que celle-ci ne couvre pas les crimes privés. Le cas de Maduro présente des similitudes frappantes. Il est peu probable que l’Administration ait transféré Maduro dans le district sud de New York sans avoir la quasi-certitude qu’aucun problème de compétence juridictionnelle ne surviendrait. L’administration Trump souligne qu’il s’agissait d’une opération de « maintien de l’ordre », relevant de larges prérogatives dont dispose le pouvoir exécutif pour agir hors du territoire national.
En revanche, le droit international est moins clair. On pourrait invoquer une action « juste » contre au vu de la déstabilisation de l’ensemble de l’hémisphère par les flux de réfugiés, la corruption, les violations graves des droits humains et la falsification de l’élection de 2025. L’équipe de Trump, toutefois, ne fonde pas son argument juridique sur ces éléments, préférant s’appuyer sur un cas plus solide d’application de la loi contre un baron de la drogue. Les débats à l’ONU et ailleurs ne manqueront pas, mais resteront théoriques, le droit international ne disposant d’aucun mécanisme contraignant d’application.
Nécessité et pertinence de l’opération
Le succès a mille pères, l’échec est orphelin. Si la condamnation de Maduro est obtenue et le comportement du Venezuela s’améliore, l’équipe de Trump se dira confortée. Néanmoins, cette opération provoque déjà une fissure au sein de la base MAGA de Trump. Beaucoup applaudissent les opérations efficaces de lutte contre la drogue dans les Caraïbes et admirent l’habileté et le courage des soldats ayant planifié et exécuté ce raid triomphal. Pourtant, l’intervention heurte une conviction profonde : fixer un seuil très élevé à toute action militaire américaine à l’étranger. John Quincy Adams, père de la doctrine Monroe, affirmait que « l’Amérique ne part pas à l’étranger en quête de monstres à abattre ». Il est ironique que cet éminent homme d’État américain – adversaire d’Andrew Jackson – ait si bien résumé une conviction clé qui anime la vision du monde de MAGA.
En revanche, Trump a déclaré que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela jusqu’à la transition, mettant en avant les opportunités offertes aux intérêts énergétiques américains. Pourtant, un courant puissant au sein de son mouvement refuse de « gérer » un autre pays étranger, craignant un bourbier coûteux et soupçonnant que ces aventures servent davantage les élites économiques que la nation. Ce point de vue n’est peut-être ni juste ni exact, mais il constitue une tendance marquée dans notre vie politique qui a contribué aux victoires électorales de Trump.
Par ailleurs, Trump connaît sa politique mieux que moi, mais on observe déjà les contorsions de ses principaux conseillers alors qu’ils tentent de rectifier le tir. Les secrétaires Rubio et Hegseth ont raison de souligner que le Venezuela n’est ni l’Irak, ni l’Afghanistan, ni la Libye ; malgré des années de chavisme, le pays conserve une forte identité en tant qu’État-nation et une mémoire institutionnelle de la gouvernance démocratique. Hegseth a également raison de préciser que cette opération est « l’exact opposé » de la campagne irakienne : pas d’occupation, pas de nation-building. Rubio, lui, nuance les propos de Trump selon lesquels les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela, en expliquant que Washington utilisera le levier du blocus pétrolier pour infléchir le régime et favoriser une transition.
Les prochaines étapes
Les premières 48 heures ne permettent pas de juger. Les lieutenants de Maduro, chavistes convaincus, restent aux commandes, fidèles à l’alignement avec Moscou, La Havane et Téhéran, et à la corruption qui a ruiné le pays. Les contraindre au changement sera un défi. On espère que les plus de soixante pays ayant dénoncé la fraude électorale et les crimes contre l’humanité de Maduro passeront des paroles aux actes et soutiendront une transition pacifique.
Quelles implications plus larges ?
L’équipe Trump vient de démontrer qu’elle applique sa stratégie de sécurité nationale de novembre 2025 : priorité absolue à l’hémisphère occidental et réaffirmation de la domination américaine. Pour les alliés de Moscou et Pékin, c’est une nouvelle illustration de leur impuissance dès que Washington projette sa puissance contre leurs protégés.
La situation en Iran s’impose à l’esprit. Trump a menacé d’agir si le régime de Téhéran réprime encore son propre peuple. Cette position tranche avec celle de l’administration Obama lors du Printemps arabe et de la révolution verte iranienne, quand les États‑Unis avaient abandonné leurs alliés arabes fragiles tout en ignorant les exactions iraniennes. L’exemple de Maduro constitue un outil supplémentaire dans une campagne de pression globale et soutenue visant à affaiblir durablement la théocratie iranienne. Après près d’un demi-siècle de dérives et de misère imposée à la région, l’heure est venue de tourner la page des ayatollahs.



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