Iran: la justice affiche sa fermeté face aux «émeutiers» après des menaces de Trump
Des commerçants et des marchands manifestent dans les rues de Téhéran contre la situation économique et la monnaie en difficulté de l’Iran, le 29 décembre 2025. ©Agence de Presse Fars / AFP

La justice iranienne a affirmé lundi qu'elle ne ferait preuve d'«aucune indulgence» envers «les émeutiers», au neuvième jour d'un mouvement de contestation, après une menace d'intervention de Donald Trump en cas de répression meurtrière.

Le président américain a menacé dimanche de «frapper» l'Iran si ses autorités «commencent à tuer des gens comme ils l'ont fait dans le passé».

Lundi, la majorité des commerces étaient ouverts à Téhéran, dont les habitants vaquaient à leurs activités après un week-end prolongé.

Policiers et police antiémeute étaient toutefois déployés aux principaux carrefours, a constaté l'AFP. Des policiers étaient aussi présents devant certains établissements scolaires, tandis que plusieurs universités ne dispensent plus leurs cours qu'en ligne.

Selon l'agence de presse Fars, «la tendance observée dimanche soir est à une baisse notable du nombre de rassemblements et de leur étendue géographique».

La contestation, initialement liée au coût de la vie, a débuté le 28 décembre à Téhéran, avant de gagner au moins 25 des 31 provinces iraniennes, avec des revendications politiques.

Au moins 12 personnes ont été tuées depuis le 30 décembre lors d'affrontements localisés, dont des membres des forces de sécurité, selon un bilan de l'AFP basé sur des annonces officielles et des médias.

«J'ordonne au procureur général et aux procureurs de tout le pays d'agir conformément à la loi et avec détermination contre les émeutiers et ceux qui les soutiennent» sans «aucune indulgence ni aucune complaisance», a déclaré le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï.

À l'instar de la position affichée par le pouvoir depuis le début du mouvement, il a toutefois reconnu le droit légitime à manifester pour des revendications économiques.

«La République islamique écoute les manifestants (...) et fait une distinction avec les émeutiers», a-t-il ajouté.

Téhéran a par ailleurs accusé lundi Israël de chercher à «saper l'unité nationale» après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'est dit «solidaire du combat» des Iraniens.

Geste des autorités 

Le mouvement touche ou a touché, à des degrés divers, au moins 45 villes, la plupart de taille moyenne, surtout dans l'ouest du pays, selon un décompte de l'AFP basé sur les annonces officielles et des médias.

Les autorités et les médias iraniens ne communiquent pas nécessairement et en détail sur tous les incidents. Des vidéos sur la mobilisation inondent les réseaux sociaux, mais toutes ne peuvent pas être authentifiées.

Des manifestations ont rassemblé ce week-end quelques centaines d'opposants au pouvoir iranien à Londres et Paris.

«Mort au dictateur en Iran» proclamaient dimanche certaines pancartes à Paris.

«À chaque nouvelle contestation, les Iraniens et Iraniennes arrachent des choses. Mouvement après mouvement, on se rapproche de la fin du régime», estimait Sahar Aghakhani, une traductrice franco-iranienne de 29 ans.

«Le gouvernement a entendu la voix des manifestants», jugeait lundi le quotidien réformateur iranien Arman Melli.

Dimanche, les autorités ont annoncé une aide mensuelle de 10 millions de rials (environ six euros) par personne, pendant quatre mois, pour «réduire la pression économique sur la population».

Les 86 millions d'Iraniens subissent depuis des années une hyperinflation à deux chiffres dans un pays plombé par des sanctions internationales liées à son programme nucléaire.

Le salaire moyen est d'environ 170 euros par mois et le salaire minimum d'environ 85 euros.

La monnaie nationale, le rial, qui a perdu depuis un an plus d'un tiers de sa valeur face au dollar, se dépréciait de nouveau lundi face au billet vert selon le taux informel au marché noir.

À ce stade, le mouvement n'est pas de l'ampleur de celui déclenché fin 2022 par la mort en détention de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin.

En 2019, des manifestations avaient aussi fait des dizaines de morts en Iran après l'annonce d'une envolée du prix de l'essence.

 

Avec AFP

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