Les séparatistes au Yémen ont dit jeudi accepter le déploiement de forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite dans les territoires qu’ils ont récemment conquis, un geste toutefois jugé insuffisant par Ryad.
Le mouvement séparatiste du Conseil de transition du Sud (STC) s’est emparé ces dernières semaines de vastes portions de territoire, se disant «déterminé» à rétablir un État dans le sud du pays, où une République démocratique et populaire a été indépendante entre 1967 et 1990.
Et malgré les avertissements et frappes aériennes de l’Arabie saoudite, ils ont refusé de se retirer.
Jeudi, le STC a réaffirmé son intention de poursuivre ses opérations dans ces régions, tout en tendant la main aux forces gouvernementales dans un apparent geste de bonne volonté.
«Nous avons lancé aujourd’hui une opération visant à associer les forces sudistes du Bouclier national afin qu’elles assument les responsabilités et les missions qui incombent à nos forces armées», a annoncé le mouvement dans un communiqué.
Cette nouvelle organisation répond à «notre volonté de répondre aux efforts louables de nos frères de la coalition, afin de garantir la sécurité, la sûreté et l’unité du pays», a-t-il ajouté.
Des redéploiements ont eu lieu notamment dans les provinces de Hadramout et de Mahra, que le STC contrôle désormais en grande partie.
«Attendre de voir»
Interrogée par l’AFP sur ces derniers développements, une source proche du gouvernement saoudien a réitéré la demande d’un retrait des deux régions.
«Nous devons attendre de voir ce qui se passe sur le terrain», a-t-elle déclaré sous couvert d’anonymat: Riyad sera satisfait seulement «s’ils quittent Hadramout et Mahra».
L’offensive éclair des séparatistes, soutenus par les Émirats arabes unis, a suscité la colère de leurs alliés au sein du gouvernement, appuyés par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite.
La coalition suit de près les événements sur le terrain, a indiqué à l’AFP une autre source proche de l’armée saoudienne.
Dans une escalade entre les deux puissances régionales traditionnellement alliées, l’Arabie saoudite avait accusé mardi les Émirats d’être derrière la récente avancée des séparatistes. Et jugé que les actions d’Abou Dhabi étaient «extrêmement dangereuses» et constituaient «une menace pour la sécurité» de l’Arabie saoudite et de la région.
Le royaume saoudien a bombardé le même jour une cargaison d’armes présumée en provenance des Émirats dans un port yéménite contrôlé par le STC.
Le gouvernement émirati a de son côté démenti «attiser le conflit» tout en annonçant le retrait de ses forces restantes au Yémen par «sécurité».
«Sauver la face»
Pour Farea al-Muslimi, analyste au sein du groupe de réflexion Chatham House à Londres, cette mesure du STC, déjà proposée par le passé et rejetée par Riyad, «vise à sauver la face».
«Seul un retrait complet pourrait marquer un prélude à un apaisement des tensions», a-t-il estimé. «Si cela ne se produit pas (...), cela ne résoudra jamais les exigences de l’Arabie saoudite en matière de sécurité».
Ce nouveau front pourrait fragiliser davantage le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, déjà affaibli par un long conflit avec les rebelles houthis pour lequel une trêve a été conclue en 2022.
La guerre civile qui a éclaté en 2014 entre d’un côté le gouvernement et ses alliés, dont le STC, et de l’autre, les Houthis soutenus par l’Iran, a déjà fait des centaines de milliers de morts, morcelé le pays et provoqué l’une des pires crises humanitaires au monde.
C’est dans ce cadre que les Émirats avaient envoyé des troupes au Yémen en mars 2015, pour combattre aux côtés de l’Arabie saoudite les Houthis, qui ont chassé le gouvernement de la capitale Sanaa (nord) et pris le contrôle d’une grande partie du pays.
Mais des tensions étaient déjà apparues et Abou Dhabi avait retiré la plupart de ses forces en 2019, n’en laissant qu’un nombre limité dans le sud.
Avec AFP



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