À l’occasion de l’arrivée du pape Léon XIV au Liban pour une visite apostolique de trois jours, le mot «pontife» s’invite au cœur de l’actualité. Souvent perçu comme un titre strictement religieux, il plonge pourtant ses racines dans la Rome antique. Un voyage étymologique et historique qui révèle un terme vieux de plus de deux millénaires, qui s’incarne aujourd’hui dans la figure du souverain pontife.
Dimanche 30 novembre, le souverain pontife, le pape Léon XIV, arrive au Liban pour une visite apostolique de trois jours. L’occasion de revenir sur un mot qui traverse l’histoire religieuse et politique de l’Occident: «pontife», titre aujourd’hui réservé au chef de l’Église catholique, mais hérité d’une fonction bien plus ancienne.
Aux origines romaines: le pontifex, maître du pont sacré et gardien du culte
Le mot «pontife» apparaît en français au XIIIᵉ siècle, emprunté au latin pontifex.
Traditionnellement décomposé en pons (pont) et facere (faire), il donne l’image, souvent répétée, du «faiseur de ponts». Il désignait dans la Rome antique un prêtre, membre du collège des pontifes, institution sacerdotale attestée dès le VIIᵉ siècle av. J.-C.
Selon la tradition rapportée par Tite-Live et reprise dans de nombreux travaux, les pontifes étaient initialement responsables du pont Sublicius, premier pont de Rome, entièrement en bois.
Ce pont était considéré comme sacré. Il devait pouvoir être rapidement démonté en cas d’invasion. Il était aussi rituellement surveillé, car tout dommage était perçu comme un mauvais présage. Par ailleurs, il servait de lieu de rites et de sacrifices, strictement codifiés.
Le pontifex n’était donc pas seulement un prêtre, il était le gardien d’un ouvrage symbolique, garant de l’ordre religieux, politique et cosmique de la cité.

Des pouvoirs religieux, juridiques et politiques
Le collège des pontifes, dirigé par le pontifex maximus (grand pontife), exerçait une autorité considérable. Il avait plusieurs fonctions : fixer le calendrier religieux et civil, conserver les Annales – premiers registres historiques de Rome – et décider de la légitimité des rites. Ce collège détenait également les formules juridiques sacrées (actiones legis).
C’est ainsi que Jules César est élu pontifex maximus en 63 av. J.-C., incarnant la fusion entre pouvoir religieux et pouvoir politique. C’est en tant que grand pontife qu’il a imposé la réforme du calendrier, en 46 av. J.-C., donnant naissance au calendrier julien.
Du monde romain au christianisme: le Souverain Pontife
Avec la christianisation de l’Empire romain, le titre de pontifex passe du domaine politique au vocabulaire chrétien.
À partir du IVᵉ siècle, le titre de pontifex maximus – porté jusqu’alors par les empereurs – commence à être associé à la figure du pape. Le mot entre officiellement en français au XIIIᵉ siècle, où il désigne d’abord tout évêque ou prélat. Pour éviter la confusion, on réserve progressivement l’expression «souverain pontife» au pape.
Le lien symbolique demeure: comme le pontifex antique, le pontife chrétien est celui qui veille au rite, garantit l’unité et assure la médiation entre les fidèles et le sacré.
À l’heure où le pape Léon XIV foule le sol libanais, il réactive ce rôle historique: faire tenir ensemble des rives parfois éloignées – foi, mémoire, dialogue – en assumant la charge d’un pont.





Commentaires