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©Photo Charly TRIBALLEAU / AFP

Israël est secoué par des accusations impliquant des proches du Premier ministre Benjamin Netanyahou dans une affaire de financement en provenance du Qatar, pays hôte de dirigeants du Hamas et médiateur entre Israël et le mouvement islamiste palestinien.

Surnommée "Qatargate" par les médias israéliens, l’affaire repose sur des soupçons selon lesquels des proches de M. Netanyahou auraient été recrutés pour promouvoir les intérêts du Qatar en Israël, où cet émirat du Golfe est considéré comme hostile.

De quoi s'agit-il? 

Alors qu'Israël est en guerre contre le Hamas, deux conseillers de M. Netanyahou sont soupçonnés d'avoir reçu des fonds du gouvernement qatari.

L'émirat est le principal médiateur dans les pourparlers indirects entre Israël et le Hamas. Depuis l'attaque du Hamas ayant déclenché la guerre, le 7 octobre 2023, c'est par son entremise qu'ont été conclues deux trêves.

Un tribunal a prolongé mardi la garde à vue des deux suspects et M. Netanyahou a été entendu lundi par la police sur cette affaire. L’enquête est en cours.

Le tribunal a affirmé que les soupçons portaient sur des fonds destinés à "améliorer l'image du Qatar" auprès de l'opinion publique israélienne, notamment en ce qui concerne son rôle de médiateur pour la libération des otages à Gaza en échange de celle de prisonniers palestiniens.

Le Qatar "n'est pas un ennemi" d'Israël, a déclaré mercredi Benjamin Netanyahou en prenant la défense de ses deux proches conseillers en garde à vue, Yonatan Urich et Eli Feldstein.

"Le Qatar est un pays complexe, ce n'est pas un pays simple, mais ce n'est pas un pays ennemi, et beaucoup le louent" en Israël à l'instar de plusieurs dirigeants de l'opposition ou même du "chef du Shin Bet, Ronen Bar, lui-même", a-t-il dit.

Précédemment, M. Netanyahou avait évoqué une "chasse aux sorcières" et une enquête "politique".

Selon des médias israéliens, MM. Urich et Feldstein sont aussi soupçonnés d'avoir transmis des informations confidentielles à des sources qataries, en pleine guerre à Gaza.

"Ce n'est pas la première fois que nous faisons l'objet d'une campagne de dénigrement de la part de ceux qui ne veulent pas voir la fin de ce conflit ou la remise des otages à leurs familles", a dit un responsable qatari interrogé par l'AFP, ajoutant que son pays "poursuivrait ses efforts de médiation".

Qui sont les suspects ? 

M. Urich est considéré comme l'un des hommes les plus proches de M. Netanyahou. Ancien porte-parole de son parti, le Likoud, il dirige une agence de conseil, Perception, dont des médias israéliens affirment qu'elle aurait été engagée par le Qatar pour polir son image avant la Coupe du Monde de football en 2022.

M. Feldstein est déjà sous le coup d'une enquête, révélée fin 2024, suspecté d'avoir fait fuiter des documents militaires confidentiels à des journalistes quand il était un porte-parole de M. Netanyahou chargé des affaires militaires.

Le tribunal a déclaré mardi que l'un des deux suspects, alors en poste au bureau de M. Netanyahou, avait reçu de l'argent de Jay Footlik, un lobbyiste américain pour le compte du Qatar ayant pignon sur rue à Washington.

Quels enjeux ? 

Pour Jonathan Rynhold, directeur du département des Études politiques à l'Université Bar-Ilan, cette affaire "regroupe dans un même sac tout ce qui sent le souffre autour de Netanyahou".

"Cela lie Netanyahou directement à la politique de complaisance envers le Hamas", explique-t-il, en référence à la politique israélienne qui a autorisé Doha à envoyer pendant des années des millions de dollars en espèces à Gaza.

Une partie de l'opinion israélienne estime, à la lumière de l'attaque du 7-Octobre, que cela a renforcé le Hamas et lui a permis d'attaquer Israël.

Début mars, Doha a rejeté comme de "fausses accusations" les conclusions d'une enquête de l'Agence de la sécurité intérieure israélienne (Shin Bet), affirmant que des fonds qataris avaient renforcé le Hamas avant le 7-Octobre.

Pour M. Rynhold, le "Qatargate" pose la question du "respect de l'État de droit" en Israël.

M. Netanyahou a décidé le 21 mars de limoger Ronen Bar,arguant ne plus avoir aucune confiance en lui sur les plans professionnel et personnel.

L'opposition accuse M. Netanyahou d'avoir agi ainsi pour stopper l'enquête du Shin Bet sur le "Qatargate". Saisie de recours, la Cour suprême a suspendu le limogeage de M. Bar jusqu'au 8 avril.

Quelles conséquences ? 

"Dans un pays normal, si le Premier ministre avait des espions dans son bureau, il démissionnerait, mais nous ne sommes pas dans une période normale", dit à l'AFP Gideon Rahat, professeur de Sciences politique à l'Université hébraïque de Jérusalem.

Plutôt que de démissionner, M. Netanyahou contre-attaque et présente la situation "comme si les services secrets [l'avaient] pris pour cible parce qu'il veut limoger leur chef", relève-t-il.

À terme, estime M. Rahat, il n'est pas certain que M. Netanyahou puisse se maintenir en poste si des preuves solides sont présentées contre lui ou ses collaborateurs.

Par Ruth EGLASH, AFP

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