
La flambée du cours de l'or se poursuit, attisant l'intérêt des investisseurs et des banques centrales à travers le monde. Depuis janvier 2025, le prix de l’once d’or a bondi de 12%, alimentant une véritable ruée vers le métal précieux.
L’envolée des prix de l’or est stimulée par la politique protectionniste du président américain Donald Trump, qui a promis “la mère de toutes les batailles commerciales”, assortie de nouveaux droits de douane censés inaugurer un “âge d’or” pour l’économie américaine. Cette annonce, attendue vendredi, a semé l’incertitude sur les marchés financiers et renforcé l’attrait de l’or, valeur refuge par excellence.
“Les investisseurs recherchent des havres de sécurité pour leur argent”, explique Susannah Streeter, responsable des marchés financiers chez Hargreaves Lansdown. Elle souligne que “face aux craintes que la politique tarifaire de Trump fasse grimper les prix, l'attrait de l'or réside notamment dans sa capacité à couvrir l'inflation”.
Les analystes de BMI (Fitch Solutions) abondent dans ce sens: “L'or reste soutenu par l'escalade des incertitudes commerciales, l'intensification des tensions géopolitiques, la faiblesse du dollar, l'augmentation des achats des banques centrales et la montée des risques de récession.”
Mercredi midi, l’once d'or atteignait 3.118 dollars, frôlant son record historique enregistré la veille.
L’or de la BDL: un atout sous-exploité
Alors que le Liban traverse une crise économique et financière sans précédent, la flambée de l’or relance le débat sur l’utilisation des réserves du pays. Les discussions en coulisses s’intensifient autour des stratégies possibles pour valoriser les réserves d’or de la Banque du Liban (BDL), estimées à environ 30 milliards de dollars.
Selon le Code de la monnaie et du crédit, ces réserves appartiennent à la BDL et non à l’État. Pourtant, elles ne peuvent être mises à disposition qu’avec une loi votée par le Parlement.
Investir sans vendre: une alternative viable
L’économiste Mahmoud Jébai plaide en faveur de l’investissement de ces réserves afin de générer des revenus sans compromettre leur propriété ni leur rôle de garantie monétaire. Il souligne que l'or détenu par la BDL est ancien et pourrait être valorisé à un prix supérieur de 10 à 15% par rapport au cours actuel.
Il propose un plan global impliquant l’État, la banque centrale et les banques locales: l’État mettrait en valeur ses actifs, la BDL investirait une partie de ses actifs et une fraction de son or et les banques contribueraient avec une partie de leur liquidité disponible.
Des mécanismes pour valoriser l’or
En effet, plusieurs mécanismes financiers permettent de générer des revenus sans pour autant céder ces précieuses réserves. L’enjeu est clair: optimiser la valeur des réserves d’or du Liban sans compromettre leur rôle stratégique dans la stabilité financière du pays. À priori, la BDL pourrait prêter une partie de son or à des institutions financières ou à d’autres banques centrales en échange d’un intérêt. Cet or servirait alors de garantie dans des transactions internationales, avant d’être restitué à l’échéance du contrat, accompagné d’un rendement.
Une autre option se présente. Elle consiste à échanger temporairement l’or contre des devises (dollars, euros…) auprès d’institutions financières internationales. Ce mécanisme, appelé “swap d’or”, permettrait à la BDL d’obtenir des liquidités tout en conservant la propriété de son stock d’or. Par ailleurs, la banque centrale pourrait également recourir aux options et contrats à terme (futures) sur l’or. Ces instruments financiers offrent une certaine protection contre la volatilité des prix tout en générant des revenus supplémentaires.
Autre possibilité: utiliser l’or en tant que collatéral pour obtenir des financements auprès d’organismes internationaux comme le Fonds monétaire international (FMI) ou des banques centrales étrangères. Cette approche permettrait de sécuriser des prêts à des conditions avantageuses, sans toucher aux réserves. Enfin, une partie des réserves pourrait être placée dans des fonds indiciels spécialisés (ETFs) qui suivent l’évolution du marché aurifère, garantissant ainsi un rendement tout en préservant l’actif.
Un défi de prudence
Si ces options permettent de valoriser l’or sans le vendre, elles impliquent aussi des risques, notamment la fluctuation des prix et la sécurisation des contreparties financières. La BDL devra impérativement s’assurer de travailler avec des partenaires de confiance et de négocier des conditions favorables.
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