Les attaques des Houthis exposent les limites du pacte de La Mecque
Cette photo de presse, prise et diffusée par le service de presse de la présidence turque le 7 août 2026, montre le président turc Recep Tayyip Erdogan (à gauche) serrant la main du prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, sous le regard du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, après la signature d'un accord de défense conjoint à La Mecque. ©Handout / Service de presse de la présidence turque / AFP

Les Houthis ont lancé mardi une vague de missiles balistiques et de drones sur le sud de l'Arabie saoudite, visant Abha, Khamis Mushait, Jazan et Najran. Riyad a fait état d'au moins 73 blessés parmi les civils. L'épisode marque la deuxième fois en un mois que le royaume saoudien est directement frappé depuis la signature, le 7 août, de l'Accord de défense conjointe de La Mecque avec le Pakistan et la Turquie, un pacte trilatéral qui prévoit qu'une attaque armée contre l'un des trois signataires soit considérée comme une attaque contre les trois.

Deux jours seulement après sa signature, un drone houthi avait déjà touché une raffinerie d'Aramco à Jizan, un épisode documenté par l'Arab Center Washington DC. Un mois plus tard, l'escalade du 8 septembre relance une question restée sans réponse claire: le pacte peut-il réellement s'appliquer face aux Houthis?

Une clause de réciprocité aux contours flous

Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a affirmé que toute agression non provoquée contre le royaume rendrait le pacte définitivement opérationnel. Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a, de son côté, comparé la clause de réciprocité du pacte à l'article 5 de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). Mais cette comparaison bute sur un problème que le Quincy Institute for Responsible Statecraft avait anticipé dès avant les frappes de septembre: le texte du pacte ne précise pas si un missile tombant à Najran, une frappe de drone sur une installation pétrolière ou une attaque contre un navire saoudien hors du territoire du royaume suffiraient à déclencher l'engagement trilatéral. 

L'Arab Center Washington DC va dans le même sens, notant que l'accord n'établit ni commandement conjoint, ni forces permanentes, ni mécanisme de déclenchement précisé, et que son texte complet n'a jamais été rendu public.

Le précédent pakistanais

Le principal obstacle à une application concrète du pacte tient moins au texte qu'aux comportements passés de ses signataires. Une analyse de l'Institut international d'études stratégiques (IISS) rappelle que le Pakistan n'était pas venu en aide à l'Arabie saoudite durant la première phase de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, avant même l'élargissement du pacte à la Turquie, et que son déploiement militaire n'était intervenu qu'en avril, plus d'un mois après le début du conflit, une fois un cessez-le-feu conclu entre Washington et Téhéran.

L'Institut d'études sur la sécurité nationale (INSS), un centre de recherche israélien, remonte plus loin encore dans l'historique: en 2015, Islamabad avait refusé de rejoindre la coalition menée par Riyad dans la guerre au Yémen, et en 2019, il n'avait pas répondu militairement aux attaques attribuées à l'Iran contre les installations pétrolières saoudiennes, malgré un partenariat sécuritaire ancien. Le think tank israélien en conclut que la vraie question n'est pas ce qui est écrit dans l'accord, mais ce qu'Ankara et Islamabad seront prêts à risquer pour Riyad le jour où celui-ci demandera leur solidarité.

La Turquie, entre solidarité verbale et prudence

Du côté turc, le constat est similaire. Le ministère des Affaires étrangères a condamné dans les termes les plus fermes les frappes de mardi, réaffirmant son soutien à l'Arabie saoudite sans qu'aucun engagement militaire n'ait suivi. 

Si le pacte venait à être entraîné dans une confrontation avec l'Iran, la Turquie devrait choisir entre solidarité régionale, ses obligations au sein de l'OTAN et la préservation de ses relations énergétiques avec Téhéran. Le Carnegie Endowment for International Peace note d'ailleurs que les trois signataires ont pris soin, dès la cérémonie de signature, de présenter le pacte comme n'étant dirigé contre aucun acteur régional en particulier. Cette ambiguïté stratégique protège leur flexibilité diplomatique mais laisse justement planer le doute sur ce que le texte engage réellement.

Une institutionnalisation qui avance, une réponse militaire qui tarde

Le pacte progresse néanmoins sur le plan institutionnel. Les ministres des Affaires étrangères, ministres de la Défense et chefs militaires des trois pays se sont réunis à Istanbul le 31 août pour la première session de leur Comité politique et de défense stratégique, et un secrétariat permanent a été établi à Riyad. 

Mais cette avancée institutionnelle contraste avec l'absence persistante de réponse militaire face aux Houthis. C'est précisément ce décalage que relève l'Arab Center Washington DC : les frappes de faible intensité, comme celle du 9 août sur Jizan, sont statistiquement le type d'attaque le moins susceptible de déclencher la clause de défense collective, alors qu'elles constituent le mode opératoire le plus fréquent des Houthis. 

Un mois après la signature du pacte, les Houthis semblent ainsi avoir trouvé, presque par tâtonnement, la zone grise exacte où l'engagement rhétorique du pacte de La Mecque ne se traduit pas encore en action.

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