Six mois après le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, un site continue de narguer les bombes: la Montagne de la Pioche (Pickaxe Mountain en anglais), un complexe souterrain creusé sous un sommet rocheux à quelques kilomètres de Natanz. Vendredi, depuis le Bureau ovale, Donald Trump a de nouveau promis de le frapper «très bientôt». Ce n'est pas la première fois qu'il le dit et c'est précisément cette constance qui devrait alerter Téhéran plutôt que le rassurer.
Une menace bien réelle
«Nous pourrions frapper Pickaxe très bientôt, s'il s'y passe quoi que ce soit», a averti le président américain aux journalistes, assurant que les services de renseignement surveillaient étroitement le site. «Nous savons qui bouge à Pickaxe, nous savons qui bouge partout en Iran. Et si les choses tournent mal, nous frappons fort.» La formule n'est pas nouvelle, et c'est bien là sa force: dès le 13 juillet, Trump évoquait Pickaxe comme «une cible possible pour un joli gros coup». Le 21 juillet, il déclarait: «Nous allons frapper cette zone très bientôt, et très lourdement.» Le 28 juillet, il prévenait qu'il faudrait «sortir Pickaxe» si aucun accord n'était trouvé avec Téhéran. Vendredi, il a cette fois évoqué des renseignements fournis par la Space Force. Ce martèlement ressemble moins à de l'épate qu'à une dissuasion assumée: répéter, préciser, resserrer l'étau, jusqu'à ce que Téhéran comprenne qu'aucune de ses installations n'est réellement hors de portée.
Trump s'en défend avec une désinvolture calculée, qualifiant le conflit de «small potatoes» et comparant les 18 soldats américains tués en cinq mois aux quelque 100 000 morts américains au Vietnam. Une manière, à moins de deux mois des élections de mi-mandat et malgré la flambée du carburant (le diesel a atteint un record de 5,85 dollars le gallon), de rappeler que Washington reste maître du tempo face à un régime qui, lui, s'enfonce dans l'impasse. Le sénateur démocrate Bernie Sanders a beau s'en indigner, cette froideur traduit surtout la confiance d'une administration qui, cinq mois après le début de sa campagne, affirme: «Nous avons stoppé l'Iran d'avoir l'arme nucléaire.»
Le dernier refuge du programme nucléaire iranien
Situé à environ 220 kilomètres au sud de Téhéran, à deux kilomètres seulement du complexe d'enrichissement de Natanz déjà bombardé à deux reprises par Washington et Israël, ce site Kuh-e Kolang en persan, littéralement «la montagne de la pioche» est le dernier maillon du programme nucléaire iranien à n'avoir jamais été directement visé. Sa construction aurait débuté en 2020, officiellement pour remplacer un atelier de centrifugeuses endommagé à Natanz. Une explication qui n'a jamais convaincu grand monde: l'ancien chef de l'organisation iranienne de l'énergie atomique, Ali Akbar Salehi, avait lui-même évoqué dès l'origine «une installation plus moderne, spacieuse et complète» bien plus qu'un simple atelier de remplacement.
Le sommet culmine à environ 1 600 mètres d'altitude, et le cœur du complexe serait enfoui à une centaine de mètres de profondeur. Selon les analyses satellite de l'Institute for Science and International Security (ISIS), le site compte deux paires d'entrées de tunnels entourées d'un vaste périmètre de sécurité, et les accès orientaux ont été partiellement comblés pour bloquer toute intrusion terrestre, précaution qui en dit long sur ce que Téhéran cherche à protéger. L'institut observe une activité de construction «constante» depuis un an: un régime qui n'aurait rien à cacher n'aurait guère besoin d'un tel arsenal de dissimulation.
Une forteresse, pas un hasard
Cet enfouissement rend la Montagne de la Pioche difficile à atteindre pour l'arsenal conventionnel. La bombe américaine GBU-57, seule arme réellement susceptible d'y parvenir, ne peut percer que 18 mètres de béton ou 61 mètres de terre, insuffisant pour raser le cœur de l'installation. Mais les infrastructures de surface restent vulnérables: entrées de tunnels, conduits de ventilation, réseaux électriques, routes d'accès. Un bombardement ciblé suffirait à paralyser durablement le site, de quoi relativiser les mises en garde théâtrales d'un conseiller du Parlement iranien, qui a qualifié l'endroit d'«installation la plus fortifiée au monde» en promettant que toute frappe «transformerait la région en enfer». Un langage qui trahit surtout la nervosité de Téhéran face à une menace qu'il sait désormais crédible.
Les dénégations iraniennes ne convainquent plus
Le régime continue de nier toute activité nucléaire sur le site: son porte-parole aux Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a dénoncé un «prétexte fabriqué pour l'agression». Mais des informations relayées par le Wall Street Journal évoquent le transfert vers la Montagne de la Pioche de milliers de centrifugeuses évacuées de Natanz et de Fordo, ainsi qu'une partie du stock iranien d'uranium enrichi à 60%, estimé par l'AIEA à 440 kilogrammes, bien au-delà d'un usage civil. Le directeur général de l'agence, Rafael Grossi, a lui-même rappelé que Téhéran avait par le passé annoncé son intention d'y mener une activité nucléaire, dans le cadre de ce qu'il a lui-même décrit comme une stratégie systématique consistant à enterrer ses installations les plus sensibles.
Face à ce mur de dissimulation, la fermeté américaine apparaît moins comme une provocation que comme la seule option restante. Que Washington choisisse de frapper, de patienter ou de préparer une opération au sol pour s'emparer du site plutôt que de le détruire, une chose est sûre: c'est la posture de Téhéran, et non les avertissements de Trump, qui maintient la région suspendue à la prochaine explosion.



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