Irak: le désarmement des milices à l'épreuve du terrain
Des membres des Forces de mobilisation populaire montent la garde dans une base militaire située près de la frontière irako-syrienne, à Al-Qaim, dans l'ouest de l'Irak, le 23 janvier 2026. ©Ahmed Al-Rubaye / AFP

Le 29 juin dernier, le porte-parole du gouvernement irakien Haidar al-Aboudi annonçait que tous les groupes armés du pays avaient reçu une date précise pour remettre leurs armes à l'État, le 30 septembre, jour qui coïncide avec la fin de la mission de la coalition internationale antijihadiste en Irak. Cette échéance concerne en premier lieu les factions du Hachd al-Chaabi, ou les Forces de mobilisation populaire (FMP), une coalition de groupes armés majoritairement chiites légalisée en 2016 après avoir combattu l'État islamique. 

Beaucoup d'entre elles restent, des années après la défaite territoriale du groupe jihadiste, étroitement liées à Téhéran et à son Corps des gardiens de la révolution islamique. L'annonce intervenait à la veille d'une visite à Washington du nouveau Premier ministre Ali al-Zaidi, arrivé au pouvoir en mai sous la pression conjuguée des États-Unis et de la coalition parlementaire chiite.

Sadr ouvre la brèche

Le premier signal fort est venu de Moqtada al-Sadr. Le 27 mai, l'influent dignitaire chiite annonce la dissolution complète de sa milice Saraya al-Salam et son intégration aux forces armées régulières, avant d'appeler l'ensemble des factions du Hachd à suivre son exemple. Le Premier ministre Zaidi salue aussitôt cette initiative comme une contribution au principe du monopole étatique sur les armes. 

La cérémonie marquant la séparation entre Saraya al-Salam et le mouvement sadriste a eu lieu le 4 juin à Samarra. Des analystes cités par le centre de recherche Arab Center Washington DC nuancent toutefois la portée du geste, se demandant si Sadr cherche réellement à désarmer ou plutôt à affaiblir, par contraste, les factions pro-Téhéran qu'il critique de longue date.

Asaib Ahl al-Haq emboîte le pas

Le mouvement s'élargit le 2 juin, lorsque les groupes Asaib Ahl al-Haq et Kataib al-Imam Ali annoncent à leur tour vouloir se détacher des Forces de mobilisation populaire et placer leur arsenal sous l'autorité du commandant en chef des armées. 

Le Washington Institute, groupe de réflexion basé dans la capitale américaine, précise toutefois que seules ces deux factions ont, à la mi-année, formalisé un tel engagement par écrit, alors que trois autres groupes classés organisations terroristes par Washington rejettent catégoriquement l'idée.

Les irréductibles de l'axe iranien

Les groupes Kataëb Hezbollah, Harakat al-Noujaba et Kataib Sayyid al-Shuhada forment le noyau dur de la résistance au désarmement. Le 24 juillet, une tentative des forces gouvernementales de perquisitionner le siège de Harakat al-Nujaba à Bagdad pour y rechercher drones et missiles échoue, les commandants de la milice interdisant l'accès aux troupes, rapporte alors le média spécialisé Al-Monitor. Après des frappes américano-saoudiennes menées fin juillet contre des dépôts logistiques de milices pro-iraniennes, Kataëb Hezbollah annonce vouloir non pas désarmer mais étoffer son arsenal, selon des propos de son secrétaire général Abou Hussein al-Hamidawi, relayés par le quotidien panarabe Asharq Al-Awsat. 

Le groupe assortit par ailleurs tout dialogue sur ses armes de nouvelles conditions, dont le retrait des forces turques du nord du pays et la dissolution des Peshmerga kurdes, signe que la présence américaine ne constitue qu'un argument parmi d'autres pour justifier le maintien de ses capacités militaires.

Bagdad hausse le ton, puis temporise

Début août, la Coalition de l'administration de l'État, qui rassemble les principales forces chiites, sunnites et kurdes du pouvoir, prévient que tout comportement armé hors du cadre étatique sera traité après le 30 septembre selon la loi antiterroriste, qui prévoit la peine de mort pour les faits les plus graves. 

Mi-août, le commandant de la force Qods iranienne, Esmail Qaani, se rend à Bagdad pour rencontrer des chefs de milices et des responsables chiites, signe que Téhéran entend garder la main sur le processus. 

Puis, le 24 août, un responsable irakien indique à l'AFP que l'échéance du 30 septembre a en réalité été repoussée, sans fournir de nouvelle date. Le conseiller à la sécurité nationale Qasim al-Araji nuance depuis que cette date concerne avant tout le départ de la coalition internationale, et non la remise effective des armes.

Ce qui pourrait se jouer après le 30 septembre

Faute d'un désarmement complet, plusieurs scénarios se dessinent. Le premier, déjà évoqué début août par la Coalition de l'administration, est celui de poursuites judiciaires ciblées au titre de la loi antiterroriste contre les groupes restés hors du cadre étatique.

Le second est celui d'un compromis où les brigades pro-iraniennes conserveraient une partie de leurs effectifs et de leur matériel, sous une chaîne de commandement nominalement rattachée à l'État, une option que Lahib Higel, analyste senior pour l'Irak au groupe de réflexion International Crisis Group, décrit dans les colonnes du quotidien Arab News comme globalement bien accueillie par l'opinion publique irakienne, tout en restant fragile tant qu'aucun texte de loi n'a été présenté au Parlement. 

Un troisième scénario, documenté par le centre de recherche israélien Alma, spécialisé dans les questions de sécurité à la frontière nord d'Israël, évoque la possibilité que l'Iran cherche à préserver, derrière une réduction de la visibilité de ses grandes milices, un réseau de cellules clandestines directement rattachées au Corps des gardiens de la révolution islamique. Quelle que soit l'issue, la crédibilité même du 30 septembre comme date butoir semble déjà entamée par son report informel fin août.

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