À deux mois des élections législatives du 27 octobre, l'entrée en politique de l'ex-général Ofer Winter est en train de redessiner les équilibres au sein du bloc de droite israélien.
Plusieurs sondages publiés ces derniers jours convergent : la nouvelle formation de Winter grignoterait suffisamment de voix au Parti sioniste religieux de Bezalel Smotrich pour le faire passer sous le seuil électoral, avec des conséquences potentiellement lourdes pour la coalition de Benjamin Netanyahou.
Un lancement offensif
Winter a officiellement dévoilé mardi son parti, baptisé Amcha Yisrael («Peuple d'Israël»), à Jérusalem, lors d'un événement décrit par le Times of Israel comme méticuleusement préparé et politiquement offensif. L'ancien commandant de la brigade Givati y a assumé une ligne dure, revendiquant sans détour son appartenance au camp de droite et refusant de reculer face aux attaques venues de son propre camp, notamment celles de Natan Eshel, ancien chef de cabinet de Netanyahou, qui l'a qualifié de «faux messie».
Sa liste électorale est hétérogène : elle inclut en deuxième position Yoseph Haddad, un journaliste chrétien arabe pro-israélien, ainsi que plusieurs proches de victimes du 7 octobre. Ce choix tranche avec des partis comme Otzma Yehoudit ou le Parti sioniste religieux, davantage circonscrits à un électorat religieux ou identitaire.
Les positions de Winter
Sur le fond, Winter revendique une ligne parmi les plus dures du camp de droite. Il a affirmé s'identifier au plan de «victoire décisive» du ministre des Finances Bezalel Smotrich, un projet formulé en 2017 qui prévoit l'annexion complète de la Cisjordanie et propose aux Palestiniens un choix entre l'acceptation de la souveraineté israélienne sans droits nationaux, l'émigration, ou la défaite militaire. Il a également repris à son compte la position du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, selon laquelle «la migration est la seule solution» pour Gaza.
Interrogé par le Times of Israel sur sa détermination à aller jusqu'au bout de la campagne même au risque de rester sous le seuil électoral, Winter a répondu sans détour : «Quand j'attaque, j'attaque», ajoutant de lui-même : «S'ils m'avaient laissé finir Gaza, j'aurais fini Gaza».
L'ancien général revendique aussi son passé de commandant de la brigade Givati pendant l'opération Bordure protectrice en 2014, durant laquelle il avait envoyé à ses troupes un message à connotation religieuse présentant le conflit comme une guerre contre un ennemi «blasphématoire», en référence au combat biblique entre David et Goliath. Il ne s'en excuse pas, revendiquant au contraire cet épisode comme fondateur de son image auprès de l'aile dure du camp national-religieux, quitte à avoir nourri, selon l'état-major de l'époque, une inquiétude à propos de la montée de l'influence religieuse au sein de l'armée israélienne.
Des sondages qui convergent
Trois enquêtes d'opinion distinctes, publiées entre lundi et mercredi, pointent dans la même direction. Un sondage de l'institut Midgam pour Channel 12 News, publié lundi, donnait déjà le parti de Winter au-dessus du seuil électoral de 3,25 % des voix, avec le Parti sioniste religieux de Smotrich à 2,4 % des voix, donc hors Knesset, et le bloc pro-Netanyahou plafonnant à 49 sièges sur les 120 que compte la Knesset, loin des 61 nécessaires pour gouverner.
Le lendemain, un autre sondage relayé par le Times of Israel confirmait la tendance dans un scénario où Winter obtiendrait cinq sièges et Smotrich tomberait à 3,0 %.
Enfin, un sondage réalisé mercredi par l'institut israélien de sondages d'opinion Lazar Research pour le site Walla et rapporté par le Jerusalem Post attribuait six sièges au parti de Winter, contre 2,6 % des voix pour celui de Smotrich. Ce sondage, mené auprès de 500 répondants pour une marge d'erreur de 4,4 %, situait par ailleurs le bloc de Netanyahou à seulement 43 sièges, loin des 61 nécessaires pour former un gouvernement, même en intégrant le parti de Winter, qui porterait le total à 49.
Le directeur de Lazar Research, Menachem Lazar, a expliqué au Jerusalem Post que Winter aurait pris environ un siège au Parti sioniste religieux, les deux formations se disputant un même bassin d'électeurs, tout en précisant qu'Otzma Yehoudit et Judaïsme unifié de la Torah perdaient eux aussi du terrain face au nouveau venu.
Smotrich sur la défensive
Face à cette poussée, Smotrich a réagi mardi soir lors d'une réunion privée dans la colonie de Cisjordanie d'Efrat, selon des propos rapportés par le site Ynet et repris par le Times of Israel. Il y a dénoncé ce qu'il a qualifié d'«aventures» politiques dangereuses, estimant qu'il existait déjà assez de partis sur l'échiquier de droite.
Le site Ynet a par ailleurs publié une analyse selon laquelle les difficultés du Parti sioniste religieux dépasseraient la seule concurrence de Winter : une source interne au parti, citée anonymement, y décrit une liste électorale devenue trop marquée par la mouvance «hardal» – un courant ultra-rigoriste du sionisme religieux – et centrée sur la Cisjordanie, sans représentation de ce qu'elle appelle l'ancienne droite religieuse sioniste.
L'inquiétude de Netanyahou
Le Premier ministre israélien a lui-même pris publiquement position contre la candidature de Winter. Selon le Times of Israel, il a comparé lors d'un événement en Cisjordanie l'ex-général et deux autres figures d'extrême droite, Moshe Feiglin et Avi Maoz, à des «champignons après la pluie», avant de mettre en garde ses électeurs que voter pour ces petites formations reviendrait à jeter leur bulletin.
Si la tendance mesurée par ces trois sondages se confirme d'ici le 27 octobre, la percée de Winter pourrait ainsi coûter à Netanyahou davantage de sièges qu'elle ne lui en rapporterait, en fragilisant l'un des piliers de sa coalition sortante.

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