Qui protègera le Liban à l’aune des élections israéliennes?
©Ici Beyrouth

À l’approche des élections israéliennes, prévues le 27 octobre prochain, le Sud-Liban est devenu une véritable arène électorale à ciel ouvert. Benjamin Netanyahou, distancé de 14 points par Gadi Eisenkot dans les sondages, sait que sa seule chance de décrocher un nouveau mandat passe par une démonstration de force sécuritaire. Et où trouver une victoire facile à mettre en scène? Au Liban, évidemment.

La septième session des négociations de Rome s’est achevée sans le moindre progrès. Selon des sources ministérielles libanaises, Benjamin Netanyahou ne paraît disposé à aucune concession avant le scrutin, tandis que Washington ne devrait exercer aucune pression significative avant ses propres élections de mi-mandat. Le ministre israélien de la Défense évoque désormais une présence prolongée dans le Sud. Les bulldozers dressent des fortifications sur les hauteurs d’Ali al-Taher, et la Finul recense 137 obus israéliens par jour. Lorsque le Hezbollah a répliqué par un drone qui a blessé trois soldats, la riposte a été décuplée: onze morts à Ansar et Deir al-Zahrani, dont des enfants. Tout semble converger vers une escalade majeure avant le 27 octobre.

Ce scénario a toutefois un air de déjà-vu. En avril 1996, à quelques semaines des élections israéliennes, Shimon Peres lançait l’opération «Raisins de la colère», infligeant au Liban un lourd tribut, de Cana à Nabatiyé. Aujourd’hui, Benjamin Netanyahou se retrouve dans une posture similaire, avec un appétit encore plus grand. L’homme qui a dépassé Ben Gourion en longévité au pouvoir entend désormais le surpasser dans les livres d’histoire. Il n’abordera donc pas sa bataille électorale avec un dossier libanais laissé en suspens.

La question qui s’impose est simple: que fait l’État face à tout cela? Le minimum syndical, une fois n’est pas coutume.

Un an s’est écoulé depuis les décisions des 5 et 7 août visant à placer les armes sous l’autorité exclusive de l’État. L’armée a achevé la première phase, au sud du Litani, comme annoncé en janvier. C’est précisément ce qui rend le silence entourant la deuxième phase encore plus préoccupant. Pour la zone comprise entre les fleuves Litani et Awali, un délai de quatre mois, renouvelable, avait été fixé en février. Il a expiré en juin, sans annonce d’achèvement ni nouveau calendrier.

L’expression «renouvelable» est devenue subterfuge permettant à l’État de masquer son immobilisme, alors que le temps joue pour Netanyahou. Et même en adoptant l’estimation la plus accommodante du commandant de l’armée, à savoir huit mois, ce délai arrive lui aussi à échéance à la mi-octobre… soit dix jours avant les élections israéliennes.

Pendant ce temps, le Hezbollah continue de fournir les prétextes clés en main. Naïm Qassem refuse de remettre les armes situées au nord du Litani en menaçant que «la colère connaît son heure». Début août, l’armée a intercepté dans les hauteurs d’Ersal une cargaison de roquettes Grad introduites clandestinement depuis la Syrie, pour la troisième fois en un mois.

Mais de quelle «troisième libération» Naïm Qassem parle-t-il? Qu’a donc libéré cette cargaison de Grad saisie? A-t-elle rendu Khiam? A-t-elle stoppé les bulldozers israéliens sur les hauteurs d’Ali al-Taher? Ces cargaisons ne produisent qu’un seul effet: se transformer en affiches électorales pour le Likoud et offrir à Netanyahou un argument gratuit à brandir devant ses électeurs: «Voyez-vous? La mission n’est pas terminée.»

Plus inquiétant encore: les échéances des autres ne sont pas renouvelables à l’instar des nôtres. Le 27 octobre ne sera pas repoussé. Et la résolution 2790 du Conseil de sécurité mettra fin au mandat de la Finul le 31 décembre prochain, ouvrant la voie au retrait du drapeau bleu après près d’un demi-siècle de présence. À ce moment-là, une armée qui n’aurait pas achevé sa deuxième phase se retrouverait seule face à un gouvernement israélien fraîchement élu et affranchi de toute pression extérieure.

Ce que l’on demande à l’État n’est pas un miracle, mais une décision: un calendrier clair pour la deuxième phase, qui ne nécessite pas tout un dictionnaire pour interpréter «renouvelable»; des résultats visibles sur le terrain, et non dans les communiqués; et la suppression, un à un, de tous les prétextes avant octobre.

Nous demandions déjà, dans cette même chronique, si le minimum syndical suffisait. La réponse, aujourd’hui, est non.

Nul ne protégera le Liban des élections israéliennes, sinon son propre État. Le 27 octobre, le Liban ne sera pas électeur… mais si nous persistons dans cette inertie, nous risquons bien de devenir l’urne dans laquelle Netanyahou déposera son bulletin.

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