Les experts soupçonnent un effondrement glaciaire d'avoir entraîné la crue qui a fait mercredi au moins 165 morts et des centaines de disparus à la frontière du Népal et du Tibet – en territoire
chinois –, où la topographie extrême de l'Himalaya a aggravé les risques.
S'il est encore trop tôt pour établir un lien définitif avec le changement climatique, les conséquences largement documentées qu'il peut avoir sur le «toit du monde», notamment les débordements de lacs glaciaires, augmentent la probabilité de tels événements.
Effondrement de glacier selon l'USGS
D'après l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS), référence mondiale en sismologie, la crue dévastatrice a été provoquée par un effondrement de glacier.
À l'origine, l'USGS a relevé là un tremblement de terre de magnitude 4,4, ensuite réévaluée à 5,2. Elle a finalement établi «que cet événement sismique était dû à un effondrement glaciaire et à une coulée de débris qui ont entraîné des conséquences catastrophiques en aval», d'après son site internet.
Plus tôt, le ministre des Affaires étrangères du Népal Shishir Khanal avait avancé qu'un tremblement de terre avait probablement provoqué un glissement de terrain, ce qui a bouché le lit d'une rivière, provoquant cette crue dévastatrice en aval.
Le Centre international pour le développement intégré de la montagne (ICIMOD) basé à Katmandou, n'a détecté «aucune anomalie» du côté chinois de la frontière.
«Nous pensons qu'une avalanche de roches et de glace s'est produite au Népal, bloquant la rivière Lhende et causant la crue», explique à l'AFP Sarthak Shrestha, analyste en télédétection et géoinformation au Centre international.
Hatim Sharif, hydrologue à l'Université du Texas à San Antonio, s'est pour sa part étonné de l'absence de précipitations avant la catastrophe: «Cela met en échec pratiquement tous les systèmes opérationnels d'alerte aux inondations dans le monde».
«Courir n'aidera pas»
Les solutions pour échapper à ce type de calamités, quand le flot arrive, sont limitées.
«Courir n'aidera pas», tout comme essayer de s'enfuir dans son véhicule, affirme Hatim Sharif. La boue et l'eau évoluant à très haute vitesse forment une combinaison mortelle s'apparentant à «du béton liquide».
Il estime que la seule solution est de monter sur une colline d'au moins six mètres.
Un outil de prévention possible, selon l'hydrologue, serait de placer des capteurs de niveau d'eau dans les rivières, transmettant leurs informations en temps réel aux autorités, ce qui donnerait entre 20 et 30 minutes d'avance aux habitants.
«Dans ces environnements montagneux, les rivières peuvent être assez étroites», explique Dorothy Heinrich, chercheuse à l'Université britannique de Reading.
Tout ce qui les bloque, qu'il s'agisse d'une avalanche ou d'un glissement de terrain, va entraîner «une grande accumulation d'eau, puis provoquer ces crues incroyablement rapides».
Qianggong Zhang, responsable des risques climatiques et environnementaux à l'ICIMOD, a d'ailleurs alerté sur une potentielle deuxième crue, un nouveau bouchon étant en formation en aval.
Un lien possible avec le changement climatique
Le Népal est aussi sujet au GLOF (de son acronyme anglais, pour «Glacial lake outburst flood»), la vidange brutale d'un lac glaciaire qui libère des flots puissants, emportant tout sur leur passage.
Ce phénomène avait été à l'origine d'une catastrophe similaire en juillet 2025, quand un lac dans le comté chinois de Gyirong avait débordé et s'était déversé dans le district népalais de Rasuwa.
Dans les jours à venir, les scientifiques du monde entier étudieront un potentiel lien entre le changement climatique et la catastrophe, avec des modèles de simulation pour comparer la probabilité d'un tel événement aujourd'hui et à l'ère pré-industrielle.
«Nous savons à quoi ressemblent les tendances du changement climatique dans l'Himalaya. Nous avons des certitudes quant à l'augmentation des vagues de chaleur, au recul des glaciers, à la réduction du permafrost, ce genre de phénomènes qui peuvent, par exemple, provoquer des glissements de terrain et des crues soudaines», détaille Dorothy Heinrich.
Elle souligne cependant qu'un lien entre le changement climatique et cette crue ne pourra être établi avec certitude qu'à travers une étude spécifiquement dédiée.
AFP

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