Deux capitales levantines discutent aujourd'hui avec Israël sous parrainage américain. Mais le contraste entre les deux processus s'accentue avec les mois. Damas mène des pourparlers directs, portés par une chaîne de commandement unifiée, tandis que Beyrouth avance par à-coups, freiné par la coexistence de l'État libanais et du Hezbollah.
Damas négocie, mais sans confiance retrouvée
Dimanche dernier, le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Chaibani, accompagné des chefs des services de renseignement, a rencontré en Jordanie le directeur du Mossad, Roman Gofman, sous médiation américaine. La réunion visait à désamorcer la crise ouverte par la frappe israélienne du 18 août sur la base aérienne d'Abou al-Douhour, qu'Israël justifie par un projet turc d'y déployer troupes et radars.
Damas y a exigé le retrait des forces israéliennes vers les positions antérieures au 8 décembre 2024 et la réactivation de l'accord de désengagement de 1974, selon l'agence syrienne Sana. Sur le Golan, la partie syrienne a maintenu sa revendication de souveraineté tout en jugeant prématuré d'en discuter le statut final. Une source a qualifié les discussions de productives» auprès de la Chaîne 12 israélienne.
Le tableau n'est pourtant pas celui d'une confiance retrouvée. Chaibani a confié à Reuters que Damas ne fait actuellement pas confiance à Israël. Un accord avait été «presque» entièrement ficelé début 2026, avant que Damas ne conclue qu'Israël cherchait à en éviter la mise en œuvre. Pour la Syrie, la priorité reste l'arrêt des frappes avant toute discussion sur la paix ou le Golan.
Selon plusieurs médias israéliens, Israël aborde ces pourparlers avec des lignes rouges précises: empêcher toute activité militaire turque en Syrie, maintenir démilitarisé le côté syrien du Golan, garantir la sécurité de la communauté druze, et bloquer l'acquisition par l'armée syrienne de certains systèmes d'armes stratégiques. Le chercheur Hassan Mneimneh, du Middle East Institute, cité par Al Jazeera, doute que ce cycle désamorce réellement les tensions: l'ouverture syrienne pourrait au contraire inciter Israël à durcir ses exigences. Damas, selon lui, cherche avant tout à éviter que le pays ne devienne un champ de bataille entre Israël et la Turquie.
Beyrouth avance par paliers
Le Liban négocie depuis mars sous l'égide de Washington, avec cinq cycles menés jusqu'à un accord-cadre signé le 26 juin. Ce texte prévoit un déploiement progressif de l'armée libanaise dans des zones pilotes évacuées par Israël, en échange du désarmement du Hezbollah, sans calendrier de retrait pour le reste du territoire occupé.
Un septième cycle s'est tenu à Rome du 4 au 6 août. La délégation libanaise y a proposé Bint Jbeil ou Khiam comme prochaine zone pilote; Israël n'a retenu aucune des deux. Les deux camps ont en revanche fixé une liste restreinte de pays susceptibles de superviser la vérification du désarmement du Hezbollah, sans que Washington n'ait tranché sur sa composition.
Une asymétrie structurelle
La différence tient moins à la bonne volonté des négociateurs qu'à l'architecture politique de chaque pays. En Syrie, le pouvoir issu de la coalition qui a renversé Bachar el-Assad parle d'une seule voix: aucun acteur armé rival ne conteste la légitimité de ses négociateurs. Au Liban, l'État doit composer avec le Hezbollah, qui conserve son arsenal et refuse tout désarmement sans garanties préalables. Le départ des ministres chiites du Hezbollah et d'Amal lors du vote du Conseil des ministres d'août 2025 sur le monopole étatique des armes a exposé cette fracture au grand jour.
Une analyse de Middle East Monitor qualifie la situation d'«impasse gérée», où aucun acteur n'a intérêt à faire basculer le dossier vers un désarmement forcé ou un échec assumé.
La méfiance syrienne envers Israël et l'exigence d'un arrêt des frappes rapprochent en réalité Damas de la posture libanaise plus qu'un premier regard ne le laisse penser. Ce qui distingue toujours les deux dossiers reste la structure de la négociation: Damas parle d'une seule voix, quand Beyrouth doit composer en permanence avec le droit de veto de fait du Hezbollah sur toute avancée diplomatique.



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