L’or file vers 5 000 dollars: où les banques centrales stockent-elles leurs milliards ?

Le prix de l’once d’or poursuit son envolée, autour de 4 660 dollars lundi matin, après avoir atteint plus tôt que prévu l’objectif fixé par Morgan Stanley pour le quatrième trimestre 2026. La banque américaine table désormais sur un cours supérieur à 5 000 dollars l’once en 2027. Dans le même temps, les banques centrales continuent d’accumuler le métal jaune, la Chine en tête avec 40 tonnes achetées. Mais où cet or est-il conservé ? Le Conseil mondial de l’or apporte la réponse.

57 % des banques centrales interrogées par le Conseil mondial de l’or conservent une partie de leurs réserves auprès de la Banque d’Angleterre, contre 14 % à la Federal Reserve Bank of New York. La Banque d’Angleterre abrite ainsi environ 400 000 lingots dans neuf coffres souterrains à Londres, pour le compte du gouvernement britannique, de banques centrales et de gouvernements étrangers. Elle ne possède elle-même que deux lingots, les autres appartenant à ses clients.

Londres et New York attirent les réserves avant tout pour leur liquidité. La proximité des lingots avec les grands marchés permet de les vendre, les échanger ou les mobiliser rapidement, sans les déplacer ou les faire réexaminer. À Londres, lors d’une transaction, le lingot reste généralement dans le coffre : seul son propriétaire change dans les registres. Ce stockage permet aussi de mobiliser l’or comme garantie pour obtenir rapidement des dollars ou de le prêter afin d’en tirer des revenus.

Une diversification, mais Londres reste incontournable

Les banques centrales diversifient néanmoins leurs lieux de conservation. 49 % déclarent conserver une partie de leur or dans leur propre pays, tandis que 16 % utilisent la Banque des règlements internationaux (BRI) en Suisse. D’autres ont recours aux banques nationales suisse et française ou à différents centres internationaux.

Cette diversification s’accélère : 9 % ont augmenté la part de leur or conservée dans leur propre pays au cours des douze derniers mois, contre 5 % un an auparavant, tandis que 10 % ont réparti leurs réserves sur de nouveaux sites à l’étranger, contre 2 % en 2025. L’objectif est de concilier sécurité, liquidité et diversification du risque juridique.

Le stockage à l’étranger expose en effet les réserves à un éventuel gel pour des raisons politiques ou judiciaires, comme l’a montré le cas russe après 2022. Le Venezuela en offre une autre illustration : Caracas cherche depuis plusieurs années à récupérer quelque 31 tonnes d’or conservées auprès de la Banque d’Angleterre, dans le cadre d’un long différend judiciaire avec Londres.

Malgré cette volonté de diversification, Londres reste très demandé. Goldman Sachs estime que 32 tonnes d’or monétaire y sont entrées en juin, principalement dans le cadre de transferts de lieux de conservation. Dans le même temps, les avoirs d’entités officielles étrangères auprès de la Banque d’Angleterre ont augmenté d’environ 98 tonnes.

Pourquoi l’or pourrait dépasser 5 000 dollars

Cette ruée vers l’or contribue également à soutenir son cours. Après avoir atteint plus tôt que prévu son objectif de 4 450 dollars l’once, Morgan Stanley estime désormais que le métal pourrait dépasser 5 000 dollars en 2027.

Plusieurs facteurs alimentent cette perspective : le recul des anticipations de hausse des taux de la Fed, le retour des investisseurs vers les ETF adossés à l’or et les achats des banques centrales. Les ETF ont accumulé environ 70 tonnes d’or en juillet et août, après des sorties nettes de 93 tonnes en mai et juin.

La demande officielle reste particulièrement soutenue. La Chine a acheté 60 tonnes depuis le début de l’année, tandis que la Pologne en a ajouté 82, portant ses réserves à 632 tonnes, contre un objectif de 700 tonnes. Ces achats traduisent la volonté des banques centrales de diversifier leurs réserves et de réduire leur exposition au dollar.

L’or, valeur refuge face aux risques budgétaires

Morgan Stanley observe également que le lien traditionnel entre l’or et les rendements réels semble s’affaiblir. Le métal a continué de progresser début août malgré la stabilité des rendements obligataires à long terme, signe que les investisseurs semblent davantage préoccupés par les risques budgétaires américains que par le seul niveau des taux.

La hausse des rendements pourrait ainsi être perçue comme le reflet des inquiétudes sur les finances publiques, renforçant paradoxalement la demande pour l’or comme valeur refuge. Les perspectives restent toutefois soumises à plusieurs risques: l'inflation américaine, l'évolution du dollar et les rendements obligataires pourraient provoquer des corrections.

Autre facteur à surveiller, les positions vendeuses à découvert sur le COMEX sont proches de leur plus bas niveau depuis avril 2020, limitant le potentiel de hausse lié au débouclage de ces paris baissiers.

Entre achats persistants des banques centrales, retour des investisseurs et incertitudes géopolitiques et budgétaires, l’or conserve néanmoins plusieurs moteurs susceptibles de poursuivre son ascension vers les 5 000 dollars l’once.

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