Des impôts encore et toujours… au détriment de l’économie

Plutôt que de s’attaquer aux causes des crises, l’État semble surtout en reporter le coût sur l’économie. La crise des déchets aurait pourtant pu être l’occasion de remettre à plat un secteur miné depuis des années par les dysfonctionnements administratifs et financiers. Mais, une fois encore, c’est l’arme fiscale qui est privilégiée: taxes et droits, soit le levier le plus simple à actionner et le plus rapide pour puiser dans la poche du citoyen.

Au bout du compte, l’économie se retrouve prise dans une équation déséquilibrée: d’un côté, un État en quête de recettes; de l’autre, des ménages et un appareil productif sommés de payer davantage, sans que cette ponction supplémentaire ne s’accompagne nécessairement d’une amélioration des services publics ni d’une plus grande efficacité de la dépense publique.

Le problème n’est donc pas la nécessité de traiter les déchets — un service public qui ne peut plus attendre — mais la manière de le financer et, surtout, le risque de faire une nouvelle fois payer aux contribuables le coût d’une mauvaise gestion. Les 150 millions de dollars recherchés ne tomberont pas du ciel: ils seront, en définitive, prélevés sur une économie qui souffre déjà d’une croissance atone, d’un recul de l’investissement et d’un coût de la vie élevé.

Une question s’impose dès lors: jusqu’où l’État peut-il continuer à augmenter les impôts et les taxes pour financer des services dont il a la charge, avant que la pression fiscale ne finisse elle-même par peser sur la croissance, la production et la consommation?

Les taxes touchent une large gamme de produits

Les nouvelles taxes ne se limitent pas aux produits de luxe. Elles s’étendent au contraire à une large gamme de biens de consommation courante, mais aussi à de nombreux produits qui entrent dans les coûts de production et contribuent, à terme, à renchérir le coût de la vie. Les boissons, les liquides alcoolisés et le vinaigre voient ainsi leur taxation augmenter de 3%, tout comme le tabac et les succédanés de tabac manufacturés. Une taxe de 3% est également appliquée aux déchets et résidus alimentaires. Le sel, le soufre et le ciment sont, pour leur part, taxés à hauteur de 1,5%.

Les produits chimiques organiques sont également concernés, à hauteur de 1,5%, tout comme les extraits tannants et colorants ainsi que leurs dérivés. La taxation atteint 2% pour les huiles ainsi que pour les préparations de parfumerie et de cosmétique. Quant aux produits chimiques divers, aux matières plastiques et à leurs ouvrages, ainsi qu’au caoutchouc et à ses ouvrages, ils sont soumis à une taxe de 1,5%.

Les produits en cuir ne sont pas épargnés: les articles de maroquinerie et de voyage sont taxés à 2%, tout comme les cuirs, peaux, pelleteries et ouvrages en ces matières. Le bois, les ouvrages en bois et le charbon de bois sont soumis à une taxe de 1,5%, au même titre que le papier, le carton, leurs ouvrages et les pâtes de cellulose.

Dans l’habillement, une taxe de 1,5% frappe les vêtements et leurs accessoires, ainsi que les chaussures et leurs composants. Le même taux s’applique aux ouvrages en pierre, ciment, amiante ou mica, ainsi qu’aux produits céramiques et au verre et à ses ouvrages.

Le secteur industriel n’échappe pas davantage à la hausse. Les réacteurs, chaudières, machines, appareils et engins mécaniques sont taxés à 1,5%, tout comme les machines et appareils électriques et leurs composants. Dans le secteur des transports, la taxe sur les voitures, tracteurs, motocycles et autres véhicules terrestres passe à 3%, entraînant un surcoût direct à la fois pour les professionnels du transport comme pour les consommateurs.

La liste ne s’arrête pas là. Elle englobe également les appareils et instruments photographiques et optiques, taxés à 1,5%, ainsi que les articles d’horlogerie et leurs parties, soumis à une taxe de 3%. Même les jouets, jeux et articles de divertissement ou de sport sont concernés, à hauteur de 1,5%.

Avec l’élargissement de l’assiette des taxes, le risque est donc que l’impact de ces nouvelles taxes ne s’arrête pas à l’importateur ou au produit directement concerné. Leur coût pourrait se répercuter progressivement tout au long de la chaîne de production et de distribution, jusqu’à atteindre, en bout de course, le consommateur.

Bissat: même une taxe de 1 ou 2% fera la différence

Dans ce contexte, le secrétaire général chargé des relations extérieures de l’Association des industriels libanais, Mounir Bissat, souligne que «toutes les réunions qui se sont tenues avaient pour objectif d’exonérer les matières premières et les carburants de toute taxation».

Dans une déclaration à Nidaa Al-Watan, M. Bissat relève que «certes, les matières premières destinées à l’industrie n’ont pas été touchées par ces nouvelles taxes. Mais, comme nous le savons, tout prélèvement fiscal, de même que ce que l’on appelle un droit de douane, relève de la législation douanière et constitue, en définitive, une charge fiscale aux effets cumulatifs et inflationnistes. Il est donc certain qu’il se répercutera sur les prix».

Le mécanisme, explique-t-il, est cumulatif. «Prenons l’exemple du verre, qui constitue un matériau essentiel pour le conditionnement de nombreux produits alimentaires. Si une taxe lui est appliquée, son prix augmentera et, par conséquent, le coût du produit conditionné dans le verre augmentera à son tour. La charge fiscale se répercute ainsi d’un maillon à l’autre de la chaîne, jusqu’à atteindre, en bout de course, le consommateur.»

«Dans la conjoncture actuelle, alors que nous subissons déjà une forte inflation, même une taxe de 1 ou 2% fera la différence», insiste M. Bissat.

Il rappelle que «l’objectif de ces taxes est de dégager des recettes pour faire face à la crise des déchets. Nous souhaitons que cet objectif soit effectivement atteint et que le scénario du passé ne se reproduise pas. Lors de l’adoption de la loi sur la protection de la production nationale, une taxe de 1,5% avait été instaurée pour soutenir l’industrie, ainsi qu’une taxe du même montant pour soutenir les prêts au logement. Or, dans les faits, les 3% collectés ont servi à combler le déficit du Trésor, sans que nous en ayons vu le moindre bénéfice».

«Nous ne sommes pas opposés au traitement de la crise des déchets, d’autant que nous en subissons nous-mêmes lourdement les conséquences. Mais nous souhaitons que les Libanais ne paient pas cette taxe sans en voir les résultats ni en bénéficier», ajoute-t-il.

Dès lors, l’objectif affiché de mobiliser 150 millions de dollars par an ne peut être dissocié du coût que devront supporter les consommateurs et les différents secteurs de l’économie. Toute nouvelle taxe, même lorsqu’elle paraît limitée en pourcentage, finit par constituer un coût supplémentaire susceptible de se répercuter tout au long de la chaîne: de l’importateur au commerçant, puis du commerçant au consommateur. Elle vient ainsi alourdir une fiscalité déjà importante, à laquelle les Libanais sont soumis au quotidien.

Une question demeure: le financement du traitement des déchets est-il en passe de devenir une responsabilité qui incombe principalement au citoyen? Et l’économie libanaise comme les consommateurs peuvent-ils encore absorber de nouvelles taxes, alors que le pouvoir d’achat demeure fortement sous pression?

 

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