AIEA: découverte de «quelques tonnes de matières nucléaires» en Syrie
Ce montage de photos réalisé le 20 mars 2018 à partir d’images fournies par l’armée israélienne montrerait une vue aérienne d’un réacteur nucléaire syrien présumé lors de son bombardement en 2007. ©Armée israélienne / AFP

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a annoncé mardi la découverte en Syrie de «quelques tonnes de matières nucléaires», sur un site signalé en juillet par les autorités syriennes.

Les inspecteurs ont visité deux sites, l'un à Deir Ezzor et «un second lieu lié au matériau nucléaire récemment identifié par la Syrie», selon un communiqué conjoint.

«Nous parlons de quelques tonnes de matières nucléaires susceptibles d'être utilisées à mauvais escient», a déclaré M. Grossi, lors d'une conférence de presse conjointe avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, à Damas.

Il a salué la «décision courageuse» de Damas de signaler ce site non déclaré, datant de l'ère Assad, et a indiqué que les matières seraient placées sous «supervision internationale».

«Le 17 juillet, nous avons adressé une lettre officielle à l'agence, dans laquelle nous déclarions de notre plein gré la présence de matières nucléaires sur un site non déclaré, faisant partie de l'héritage laissé par l'ancien régime», a précisé Assaad al-Chaibani.

M. Grossi «et l'équipe de l'agence ont achevé leur visite du site ce matin et ont prélevé les échantillons nécessaires», a-t-il ajouté.

D'après des «évaluations techniques», «ces matières ne présentent aucun risque», a assuré le ministre syrien. Elles «resteront gardées en Syrie, tout en étant soumises au système de supervision de l'agence».

Des experts syriens collaboreront avec ceux de l'agence onusienne pour assurer le stockage sécurisé de ces matières, a confirmé Rafael Grossi.

«Travaux approfondis» à Deir Ezzor

Le directeur général de l'AIEA s'est également rendu sur un site à Deir Ezzor, dans l'est du pays, fermé depuis 18 ans.

Israël a reconnu en 2018 avoir bombardé ce site onze ans plus tôt, affirmant avoir visé un réacteur nucléaire en construction.

En 2008, moins d'un an après la frappe, des responsables américains avaient accusé la Syrie d'avoir cherché à construire un réacteur nucléaire secret, indiquant qu'Israël l'avait détruit lors du raid.

L'AIEA avait à son tour déclaré en 2011 que le site était «très probablement» un réacteur nucléaire, construit selon elle avec l'aide de la Corée du Nord.

«Le plus probable est que ces matières nucléaires (annoncées mardi), dont on ignore tout pour l'instant, soient liées au programme nucléaire syrien qui a connu un coup d'arrêt en 2007 après le raid israélien sur le site d'al-Kibar», à Deir Ezzor, a affirmé à l'AFP Pierre Razoux, directeur académique du centre de recherche Fondation pour la Maîtrise des Enjeux Stratégiques.

Il a toutefois ajouté que la Syrie pourrait aussi détenir des matières nucléaires dont l'Irak s'est débarrassé au tournant des années 2000.

Sur le site de Deir Ezzor, «des travaux approfondis d'excavation et d'exploration sont actuellement en cours», a déclaré M. Grossi.

L'AIEA avait annoncé l'année dernière avoir découvert des particules d'uranium sur le site lors d'une inspection en 2024.

La visite de M. Grossi a eu lieu après que le média américain Axios a rapporté, la semaine dernière, des propos de responsables américains et israéliens indiquant que Washington et l'AIEA avaient conclu un accord prévoyant le retrait par l'agence de matières nucléaires entreposées sur un site clandestin en Syrie, après avoir «trouvé des terrains d'entente avec la Syrie et Israël».

Selon Axios, Israël surveillait de près un lieu baptisé «Site 99», que les autorités israéliennes présentent comme le site où le gouvernement Assad entreposait des matières nucléaires liées au projet de Deir Ezzor, et avait menacé de le bombarder.

AFP

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