Depuis une semaine, la Jordanie subit une vague sans précédent d'attaques iraniennes. Quatre frappes en cinq jours ont visé des installations militaires américaines sur le sol jordanien, faisant plusieurs morts et des dizaines de blessés.
Ce déchaînement s'explique par un faisceau de facteurs stratégiques, militaires et politiques.
Un rôle logistique devenu central pour Washington
Selon le New York Times, la Jordanie a gagné en importance stratégique à mesure que d'autres alliés régionaux des États-Unis restreignaient l'accès de Washington à leurs bases et à leur espace aérien. Le Pentagone avait déjà commencé, avant et pendant les premiers jours de la guerre, à déplacer des troupes depuis le Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar vers des positions jugées plus sûres, notamment en Jordanie et en Israël.
Le royaume hachémite héberge plusieurs bases américaines et coopère depuis longtemps avec Washington en matière militaire, de renseignement et de lutte antiterroriste.
Le média israélien Ynet met en relief que, contrairement aux riches monarchies du Golfe, la Jordanie dépend beaucoup plus lourdement de l'aide américaine, ce qui limite sa capacité à refuser les demandes de Washington.
Un expert cité par le New York Times souligne ainsi que le royaume ne se trouve pas en position de dire non, en raison de l'accord de sécurité qui le lie aux États-Unis et du rapport de force qui prévaut entre les deux pays.
Une escalade méthodique et documentée
Le récit détaillé des cinq derniers jours montre une intensification progressive. La première frappe a touché un complexe résidentiel de la base aérienne du roi Faisal, blessant jusqu'à cinq militaires américains.
La deuxième frappe a touché une base de l'est du pays où étaient stationnés des hélicoptères Black Hawk américains, endommageant un grand nombre d'entre eux.
Quarante-huit heures plus tard, des missiles iraniens ont frappé la base aérienne de Muwaffaq Salti, près d'Azraq, blessant une vingtaine de soldats réfugiés dans des bunkers. La même base a été touchée une seconde fois vendredi, cette fois avec deux morts américains et quatre blessés supplémentaires.
L'armée iranienne a revendiqué une attaque de drones contre des réservoirs de carburant sur cette base, tandis que les Gardiens de la révolution islamique affirment avoir visé des abris pour aéronefs, selon l'agence Fars.
Une stratégie régionale de dissuasion
Pour le Jerusalem Post, cette escalade correspond à une logique iranienne constante: à chaque frappe subie, Téhéran riposte sur l'ensemble de sa ligne de front régionale, qui s'étend du Liban à l'Irak en passant par la Jordanie jusqu'au Golfe.
L'objectif serait d'envoyer un signal clair aux États-Unis et à leurs partenaires régionaux, à savoir que toute frappe contre l'Iran entraînera des représailles sur de multiples fronts à la fois. Le même mécanisme est à l'œuvre au Koweït, au Bahreïn, aux Émirats, en Arabie saoudite, à Oman et surtout dans la région kurde du nord de l'Irak, où l'Iran a mené des centaines d'attaques contre des groupes d'opposition kurdes iraniens.
L'hypothèse d'une opération de neutralisation des défenses
Le média émirati The National avance une explication plus opérationnelle: l'Iran chercherait à affaiblir les défenses antiaériennes jordaniennes en vue d'une future offensive contre Israël. La Jordanie se situe en effet sur l'un des couloirs aériens les plus utilisés pour les tirs iraniens vers Israël, et ses batteries ont intercepté un grand nombre de projectiles ces deux dernières années.
L'ancienne officier du renseignement militaire Lynette Nusbacher, citée par The National, estime que Téhéran chercherait à dégager un couloir pour de futures attaques de drones massives, ses stocks de missiles balistiques étant jugés insuffisants pour de nouvelles salves d'ampleur contre Israël. Elle avance également que la Russie pourrait fournir à l'Iran des données de ciblage précises sur les radars et systèmes de défense jordaniens.
Une colère jordanienne grandissante
Sur le plan diplomatique, Amman a exprimé sa fureur. Le ministère jordanien des Affaires étrangères a convoqué un représentant de l'ambassade iranienne pour protester contre la poursuite des attaques et les déclarations de responsables iraniens visant le royaume.
Selon Ynet, les Gardiens de la révolution ont par ailleurs tenté de retourner l'opinion publique jordanienne contre son propre gouvernement et contre la présence militaire américaine, dans un message appelant les Jordaniens à expulser les forces américaines de leur territoire.




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