Les Houthis yéménites annoncent un blocus maritime de Riyad, en plein affrontement irano-américain
Un Yéménite porte une roquette factice lors d’un rassemblement condamnant les frappes israéliennes sur Gaza et exprimant sa solidarité avec les Palestiniens, dans la capitale Sanaa contrôlée par les Houthis, le 26 septembre 2025. ©Mohammed Huwais / AFP

Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, ont annoncé lundi un blocus maritime de l'Arabie saoudite, en pleine intensification de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, menaçant la capacité du premier exportateur mondial de pétrole brut à contourner le détroit d'Ormuz.

Intervenant au neuvième jour consécutif d'hostilités entre les États-Unis et l'Iran, d'une intensité inédite depuis le cessez-le-feu d'avril, ces menaces «contre la liberté de navigation (...) risquent de mener à une escalade régionale encore plus grande», s'est inquiété le porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Stéphane Dujarric, appelant à une «désescalade immédiate».

Les Houthis «annoncent un blocus maritime contre l'ennemi saoudien criminel, selon le principe "œil pour œil", avec effet immédiat», avait plus tôt déclaré leur porte-parole militaire, Yahya Saree, sans préciser comment la formation comptait mettre en œuvre cette mesure.

L'annonce fait suite à des échanges de tirs entre les deux camps au Yémen la semaine dernière, pour la première fois depuis des années, mettant en péril la trêve négociée en 2022, toujours active malgré son expiration.

Ces hostilités se sont enclenchées après la tentative d'atterrissage à Sanaa d'un avion iranien en provenance de Téhéran, défiant l'hégémonie saoudienne sur l'espace aérien yéménite.

«Même si aucun navire n'est attaqué, l'annonce risque à elle seule de perturber le trafic maritime et de semer le doute dans les ports saoudiens. La question cruciale reste de savoir si les Houthis passeront des menaces à l'action», estime Mohammed al-Basha, du cabinet de conseil en gestion des risques Basha Report.

S'il entrait en vigueur, le blocus accentuerait la pression sur l'économie saoudienne et les marchés mondiaux, en coupant au royaume l'accès à ses ports de la mer Rouge, cruciaux pour le commerce pétrolier, alors que la reprise du conflit entre Téhéran et Washington limite le passage par le détroit d'Ormuz.

Les Houthis ont déjà tenté de bloquer le trafic maritime en mer Rouge, en tirant parti du détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement situé à son extrémité sud, que les navires doivent emprunter pour rallier le canal de Suez.

Pendant la guerre à Gaza, ils avaient lancé des attaques de drones et de missiles en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, contraignant les bateaux à contourner l'Afrique pour rallier l'Europe.

«Choc»

Pour Andreas Krieg, expert en sécurité au King's College de Londres, Téhéran pourrait demander aux Houthis de «préparer le front de Bab el-Mandeb», même si le groupe rebelle conserve «une autonomie considérable».

«Une crise simultanée à Ormuz et à Bab el-Mandeb produirait un choc bien plus important que l'un ou l'autre blocus pris isolément», relève-t-il.

Le port saoudien de Yanbu, situé sur la mer Rouge, permet au royaume d'exporter son pétrole en contournant le détroit d'Ormuz.

Selon le porte-parole houthi, la mesure répond au blocus imposé par l'Arabie saoudite aux «ports et aéroports» des rebelles, ainsi qu'à l'attaque de l'aéroport de Sanaa. «Tout acte insensé commis par l'ennemi saoudien (...) se heurtera à une escalade globale et décisive», a-t-il dit.

Les Houthis avaient tiré le 13 juillet des missiles et des drones contre l'aéroport international d'Abha, dans le sud saoudien, en riposte à une attaque du gouvernement yéménite contre l'aéroport de Sanaa – la capitale qu'ils contrôlent – pour empêcher l'atterrissage d'un avion iranien transportant une délégation rebelle de retour de Téhéran.

Les Houthis ont imputé cette attaque à l'Arabie saoudite, qui dirige une coalition militaire appuyant le gouvernement yéménite.

Depuis plus d'une décennie, cette coalition contrôle l'espace aérien du Yémen, affirmant agir à la demande du gouvernement du pays.

Déclenchée en 2014, la guerre entre ce dernier et les Houthis a fait des centaines de milliers de morts et plongé le pays dans une grave crise humanitaire.

AFP

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