Entre 1 et 3 milliards de dollars: c'est le montant que le Hezbollah aurait investi, au cours des vingt dernières années, dans la construction de son vaste réseau souterrain au Liban, selon une nouvelle analyse du centre de recherche israélien Alma, spécialisé dans les questions sécuritaires liées au nord d'Israël. Un chiffre qui, selon les experts cités par le centre, pourrait même être sous-estimé au regard de la réalité technique et logistique du terrain.

Pourquoi un coût aussi élevé ?

Un réseau dense, pas des tunnels isolés

Le centre souligne qu'il ne s'agit pas de tunnels ou de galeries isolées, mais de véritables systèmes défensifs souterrains interconnectés et fortifiés. Sous de nombreux villages chiites du Sud-Liban auraient ainsi été creusés des réseaux étendus, comprenant des dizaines de puits, d'entrepôts, de quartiers d'habitation et de postes de commandement reliés entre eux.

Un creusement coûteux dans la roche

Le creusement dans le calcaire et la dolomite qui caractérisent le relief du Liban-Sud - notamment les crêtes de Beaufort et d'Ali al-Taher - nécessite des équipements lourds, des explosifs et d'importants systèmes de soutènement (structures métalliques, grillages, béton projeté) afin d'éviter tout effondrement à long terme.

Selon Alma, le coût de construction d'un tunnel tactique fortifié, même de section réduite, ne saurait raisonnablement se limiter à quelques centaines de milliers de dollars. Le centre avance une fourchette de 2.000 à 5.000 dollars par mètre linéaire dans ce type de conditions, portant le coût d'un seul kilomètre de tunnel entre 2 et 5 millions de dollars, hors aménagements.

Des équipements techniques qui font grimper la facture

Ces tunnels ne se limitent pas à de simples galeries: pour accueillir durablement des combattants, des dépôts d'armes, des espaces de vie et des salles de commandement, ils nécessitent des systèmes de ventilation et de filtration d'air, des dispositifs de drainage et de pompage - la roche karstique du Sud-Liban étant particulièrement chargée en poches d'eau souterraine, notamment en hiver -, ainsi que des réseaux électriques, des communications filaires sécurisées, des générateurs de secours et des infrastructures d'adduction d'eau et d'évacuation.

Autant d'éléments qui, selon le centre, alourdissent considérablement la facture, indépendamment du seul coût de creusement.

Une logistique de dissimulation complexe

Enfin, Alma insiste sur le défi logistique posé par l'évacuation des matériaux extraits - plusieurs centaines de milliers de tonnes de roche au total - qui aurait dû se faire de nuit, de façon discrète et fractionnée, pour échapper à la surveillance aérienne et au renseignement. Un aspect qui, selon le centre, génère un coût logistique sans commune mesure avec celui d'un chantier civil ordinaire.

Un projet documenté depuis 2018

Le centre rappelle qu'en décembre 2018, l'armée israélienne avait mis au jour six tunnels offensifs creusés par le Hezbollah et pénétrant en territoire israélien, conçus pour servir de base souterraine à une éventuelle incursion de l'unité Radwan en Galilée.

Des tunnels stratégiques, tactiques et de contrebande: un réseau aux multiples visages

En août 2021, Alma avait publié un premier rapport spécial sur ce «pays des tunnels». Depuis le déclenchement de la guerre en octobre 2023 et jusqu'à aujourd'hui, une grande partie de ce réseau a été révélée au grand jour: tunnels stratégiques dans les centres de gravité opérationnels du Hezbollah au Sud-Liban, tunnels de contrebande le long de la frontière syro-libanaise, tunnels tactiques sur l'ensemble de la «ligne jaune», et tunnels d'approche dans la zone de contact.

Le centre indique travailler actuellement sur un projet de cartographie et de recherche approfondi portant sur l'ensemble du réseau.

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