Le Liban peut-il concrétiser les zones pilotes?
©Ici Beyrouth

L'accord conclu sous médiation américaine entre le Liban et Israël est confronté à son premier véritable test. Des analystes estiment que le projet de zones pilotes dans le sud du Liban pourrait échouer en raison de l'obstruction du Hezbollah, de la capacité de l'armée libanaise à faire appliquer l'accord et de l'engagement d'Israël à procéder à un retrait progressif.

Signé le 26 juin, l’accord-cadre trilatéral prévoit que l'armée libanaise prenne le contrôle de zones pilotes dans lesquelles les infrastructures militaires du Hezbollah seraient démantelées dans le cadre d'un mécanisme de vérification. En contrepartie, Israël redéploierait ses forces dans le sud du Liban. Les deux parties poursuivent leurs discussions afin de déterminer quelles régions seront retenues comme premières zones pilotes.

«L'enjeu militaire est qu'Israël accepte de se retirer volontairement de territoires conquis au prix de violents combats», explique à This is Beirut l'analyste militaire Riad Kahwaji. «L'armée libanaise devra ensuite démontrer qu'elle est capable de contrôler ces régions, d'y empêcher toute présence du Hezbollah et de prévenir son retour.»

Si les négociations menées à Rome la semaine dernière ont permis de progresser sur le mécanisme d'application du cadre trilatéral, les experts militaires estiment que sa mise en œuvre sera bien plus difficile que sa négociation.

«En théorie, le plan est excellent», estime Riad Kahwaji, tout en soulignant que le Hezbollah demeure le principal défi. «La question reste de savoir s'il peut être appliqué sans la coopération du Hezbollah. C'est un défi bien plus important pour l'armée libanaise que pour Israël.»

Selon lui, le premier obstacle sera d'empêcher le Hezbollah de reprendre ses attaques contre Israël ou de se réimplanter dans les zones pilotes après le déploiement de l'armée.

«Le deuxième défi est de savoir si l'armée est prête à recourir à la force si le Hezbollah refuse de se conformer à l'accord», poursuit-il. «L'armée libanaise est-elle disposée à rechercher des armes, à pénétrer dans les habitations si nécessaire et à empêcher le Hezbollah de revenir?»

Le troisième défi, ajoute-t-il, est de savoir si Israël restera engagé dans le processus au-delà du retrait initial. «Israël doit non seulement entamer son retrait, mais également continuer à coopérer tout au long de la mise en œuvre. Il s'agit d'un processus de longue haleine.»

Le général à la retraite Khalil Hélou estime que le choix des zones pilotes sera déterminant, rappelant que le Hezbollah a toujours rejeté toute idée de désarmement au nord du Litani. Selon plusieurs informations de presse, Zaoutar el-Gharbiyé et Zaoutar el-Charkiyé, deux villages situés sur la rive nord du fleuve, pourraient figurer parmi les premières zones pilotes.

Selon lui, la position du Hezbollah y est relativement faible, tandis que des troupes israéliennes y maintiennent une présence. «En théorie, l'armée libanaise peut s'y déployer. Je ne pense pas que le Hezbollah s'y opposera», affirme-t-il.

«Au sud du Litani, notamment à Froun, Ghandouriyé et Qalaouiyé, il n'existe aucun obstacle technique ou tactique», déclare Khalil Hélou à This is Beirut. Israël aurait proposé que ces trois localités, dans lesquelles son armée n'est pas entrée, servent de zones pilotes.

Selon lui, ce sont les considérations politiques et non pas les capacités de l'armée, qui détermineront le succès de l'initiative. «L'État libanais a décidé de ne pas affronter militairement le Hezbollah», affirme-t-il. «Les capacités logistiques de l'armée ne constituent pas le problème vu que des partenaires internationaux sont prêts à lui fournir tout le soutien nécessaire.»

«La véritable question reste de savoir si l'État souhaite agir comme un État fort et souverain. Le président Joseph Aoun répète ouvertement à ses interlocuteurs qu'il ne souhaite pas entrer en confrontation avec le Hezbollah», ajoute-t-il.

Une source militaire libanaise, ayant requis l'anonymat, estime que la phase de mise en œuvre pourrait rapidement dérailler si l'une des parties mettait l'accord à l'épreuve.

«Ni le Hezbollah ni Israël ne sont réellement enthousiastes à l'égard du cadre d'accord», affirme cette source. «Israël l'a accepté sous une forte pression américaine, tandis que le Hezbollah continue de s'y opposer.»

Elle évoque le scénario d'une attaque lancée par le Hezbollah depuis une zone pilote afin d'illustrer la fragilité du dispositif. «Si un missile est tiré depuis Froun après le déploiement de l'armée libanaise, Israël laissera-t-il le temps à l'armée d'enquêter et d'arrêter les responsables, ou frappera-t-il immédiatement?», s'interroge-t-elle.

«L'armée israélienne n'acceptera pas le retour du Hezbollah dans des zones placées sous contrôle libanais, pas plus que le Liban n'acceptera qu'Israël réoccupe des territoires après s'en être retiré», poursuit la source. «Les États-Unis devront jouer à la fois le rôle de force de retenue et d'arbitre.»

Si les zones pilotes sont susceptibles de se concrétiser au sud du Litani, la source met toutefois en garde: «La situation demeure extrêmement sensible et il existe un risque réel que les événements dégénèrent et débouchent sur une reprise de la guerre.»

Pour Riad Kahwaji, si cette expérience réussit, elle pourrait ouvrir la voie au rétablissement du contrôle total de l'État libanais au sud du Litani. Bien qu'Israël dispose aujourd'hui d'un avantage militaire, il estime que les deux parties devront, à terme, consentir à des compromis si le l’accord-cadre va évoluer vers un arrangement durable.

«Cet accord est probablement le meilleur qui pouvait être obtenu dans les circonstances actuelles», conclut-il.

 

Commentaires
  • Aucun commentaire