Le futur Premier ministre britannique Andy Burnham, devenu populaire comme maire du Grand Manchester, est un habile responsable travailliste dont le style décontracté et accessible tranche avec celui de son prédécesseur, Keir Starmer.
Âgé de 56 ans, cet amateur de football et de rock, qui se définit comme partisan d'un «socialisme pro-entreprises», a officiellement pris vendredi la tête du Labour, le parti de centre gauche majoritaire au Parlement. Il succède à Keir Starmer, démissionnaire, et prendra ses fonctions à Downing Street lundi.
Contrairement à l'ancien avocat Keir Starmer, Andy Burnham a effectué toute sa carrière en politique et s'est distingué par ses qualités de communicateur. Il accède enfin au sommet après avoir échoué à deux reprises à la direction du Parti travailliste: en 2010 face à Ed Miliband, puis en 2015 face à Jeremy Corbyn.
Il a retrouvé son siège au Parlement de Westminster après avoir largement remporté, le 18 juin, une élection législative partielle à Makerfield, son bastion de Manchester, face au parti anti-immigration Reform UK.
Devant les militants du Labour réunis vendredi au siège de la confédération syndicale TUC à Londres pour son investiture, il a promis de tracer «une nouvelle voie» afin que «l'économie fonctionne pour toute la population et toutes les régions».
Andy Burnham revendique fièrement ses origines populaires du nord de l'Angleterre. Élu maire du Grand Manchester en 2017, il a été réélu à deux reprises à la tête de cette agglomération de près de trois millions d'habitants.
Tee-shirt noir
Originaire d'une région marquée par son passé industriel, il a grandi dans une petite ville située entre Liverpool, où il est né, et Manchester.
Dans cette métropole en plein renouveau économique, il est notamment crédité d'avoir amélioré les transports publics en reprenant le contrôle du réseau de bus afin de l'intégrer aux tramways et aux trains, tout en maintenant des tarifs abordables.
C'est durant la pandémie de Covid-19 qu'il a acquis son surnom de «roi du Nord», après s'être opposé au Premier ministre conservateur Boris Johnson sur les aides financières destinées aux entreprises et aux salariés de la région.
Brun, portant des lunettes et adepte d'une tenue souvent décontractée, il arbore sur le bras un tatouage représentant une abeille ouvrière, symbole de Manchester. La cheffe du Parti conservateur, Kemi Badenoch, s'était moquée de lui en affirmant qu'il n'était qu'«une paire de cils et un tee-shirt noir».
«Il est bleu foncé, en fait», avait répliqué Andy Burnham avec humour dans une vidéo publiée fin juin sur les réseaux sociaux, qu'il utilise abondamment.
Pour le journaliste Joshi Herrmann, fondateur du média en ligne Mill Media à Manchester, Andy Burnham «parvient à se présenter comme un type normal à une époque où beaucoup d'hommes politiques donnent l'impression d'être très bizarres ou très ennuyeux».
«Madchester»
Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale.
Il adhère au Labour durant son adolescence avant d'étudier la littérature anglaise à l'université de Cambridge, où il dit avoir souffert du «syndrome de l'imposteur» en raison de ses origines modestes.
Jeune, il est marqué par l'effervescence culturelle et musicale du Manchester des années 1980 et 1990, surnommé «Madchester». Son discours de victoire s'est achevé vendredi sur un morceau du groupe New Order, emblématique de cette époque, sur lequel il a esquissé quelques pas de danse, vêtu d'un costume-cravate.
Élu député en 2001, il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, avant d'occuper les postes de ministre de la Culture et des Sports (2008-2009), puis de ministre de la Santé (2009-2010).
Marié depuis 2000 à Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université, il est père de trois enfants. Vendredi, il a révélé que son père souffrait de la maladie d'Alzheimer, affirmant vouloir réformer le système d'aide aux personnes dépendantes.
S'il a également annoncé vouloir renforcer la décentralisation et réduire le coût de la vie, son programme reste encore peu détaillé. Ses adversaires lui reprochent d'adapter ses positions aux évolutions du contexte politique.
En janvier, il dénonçait «les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit». Face aux inquiétudes des marchés, il s'est néanmoins engagé à respecter les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par le gouvernement sortant.
Par Anne-Laure MONDESERT et Peter HUTCHISON / AFP



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