Incendies: quand l’homme devient le premier déclencheur des flammes
Un pompier arrose des voitures en feu lors d'un incendie survenu devant un camping à Villeneuve-les-Béziers, dans le sud de la France, le 9 juillet 2026. ©GABRIEL BOUYS/AFP

Chaque été les images se répètent : des forêts ravagées par les flammes, des pompiers qui luttent, des habitants évacués et des milliers d’hectares détruits. Avec le réchauffement climatique et l’augmentation des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses, le pourtour méditerranéen subit de nombreux incendies, favorisés par son climat chaud et sec.

En 2025, selon les données du European Forest Fire Information System (EFFIS), 2 242 195 hectares sont partis en fumée dans une zone qui couvre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Derrière ce tableau particulièrement inquiétant se cache une autre réalité : la majeure partie des départs de feu sont d’origine humaine.

Une responsabilité aux multiples facettes

Selon l’observatoire des forêts françaises, 90% des feux sont causés par l’être humain en France métropolitaine. Dans l’imaginaire collectif, ce chiffre renvoie le plus souvent à des départs de feux involontaires provoqués par des particuliers. Ces derniers peuvent en effet, par inadvertance, déclencher un incendie, à cause d’un mégot de cigarette mal éteint par exemple.

« Il s’agit souvent de négligences, comme des barbecues ou des feux de bivouac allumés durant cette période de l’année dans des zones boisées », explique à Ici Beyrouth Pauline Vilain-Carlotti, docteure en géographie et spécialiste de la gestion sociale de l’environnement.

En 2025, selon la Base de Données sur les Incendies de Forêts en France (BDIFF), 19% des incendies avaient ainsi été causés de manière involontaire par des particuliers. Pourtant, réduire la responsabilité humaine aux seuls comportements individuels serait réducteur.

« On focalise beaucoup sur la responsabilité des particuliers en matière de sensibilisation, mais la majeure partie des feux de forêt est liée à des activités économiques, comme par exemple des travaux agricoles », souligne Pauline Vilain-Carlotti.

En effet, un peu moins de 40% des incendies ont pour origine une activité économique. Certains sont liés à des travaux (20%) comme par exemple une machine agricole qui produit une étincelle et enflamme une parcelle, et d’autres sont purement accidentels (19%) comme une fuite de gaz ou un court-circuit électrique.

Enfin, il reste la cause la plus difficile à admettre : l'acte volontaire. En 2025, un tiers des incendies provoqués par l’être humain a en effet été causé par pure malveillance. Ces incendiaires forment un groupe très hétérogène, explique Laurent Layet, médecin psychiatre et expert auprès de la Cour de cassation, dans une interview à l’AFP :

« La grande majorité d'entre eux, environ 95%, vont le faire pour un objectif précis : pour se venger, pour des raisons financières, politiques... Et puis, au sein des incendiaires, il y a un tout petit sous-groupe – 3 à 5%, c'est difficile à évaluer – qui va mettre le feu par fascination pour le feu : les pyromanes ».

Derrière ces responsabilités humaines, qu’elles soient volontaires ou accidentelles, c’est toute la société qui en paye le prix. Pour s’en prémunir, les pouvoirs publics doivent se mobiliser et mettre en place des mesures. Mais encore faut-il mettre les moyens.

Une gestion étatique insuffisante

Malgré le réchauffement climatique et la récurrence des incendies chaque été, les États privilégient souvent des réponses superficielles à ces catastrophes. Face aux tensions géopolitiques et économiques, l’environnement est rarement vu comme une cause prioritaire.

« La France est très insuffisamment préparée, tant en matière de réchauffement climatique que d’anticipation des feux », déplore Pauline Vilain-Carlotti. « On en est encore à des débuts balbutiants à ce niveau-là, notamment en matière de gestion des feux de forêt, qui est uniquement réactionnelle ».

Pourtant, la France a été fortement marquée par les flammes cette année, une situation sans précédent « depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale » selon son président Emmanuel Macron. Au moins 35 000 hectares ont ainsi déjà été ravagés par le feu dans l'Hexagone, un signal d’alerte pour le pays alors que la saison des feux est loin d’être terminée.

« Il y a un déficit de politique de prévention et une incapacité à penser le problème sur le temps long », estime Pauline Vilain-Carlotti. « Il faudrait prévoir l’urbanisme en limitant la prolifération des interfaces habitat-forêt et aménager les territoires en pérennisant les activités agricoles, qui créent des pare-feux contre les incendies », explique-t-elle.

En effet, la majorité des départs de feux se produisent à proximité des habitations ou des infrastructures de transport, selon la Direction générale de la prévention des risques (DGPR). Mais l’action de l’État ne devrait pas uniquement être concentrée sur l’urbanisme, estime la chercheuse. Les pouvoirs publics disposent en effet d’autres outils pour limiter les risques de départ de feux.

« Il y a un levier qui n’est pas assez utilisé, qui est de limiter la fréquentation des espaces boisés et naturels », affirme Pauline Vilain-Carlotti, pour qui « il faudrait abaisser les seuils à cette période de l’année, d’autant que Météo-France a annoncé des risques modérés à élevés de départ de feu dans de nombreux départements ».

L’été 2026 promet ainsi d’être particulièrement sensible, une tendance que la chercheuse observe déjà sur le terrain :

« On est vraiment sur un été particulier, qui risque de devenir la norme. La saison des feux a commencé encore plus tôt que les années précédentes et le risque de nouveaux incendies est toujours présent. Avec les nouvelles vagues de chaleur et le déficit de pluviométrie, l’été risque d’être très difficile ».

Face à cette réalité étouffante, le temps n'est plus aux simples constats. Le simple traitement en urgence des feux de forêt n’est pas une réponse étatique adaptée. Les pouvoirs publics doivent ainsi amorcer une véritable réflexion sur le long terme afin de lutter efficacement contre le phénomène. Avant qu'il ne soit trop tard.

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