Pourquoi Israël s'abstient-il d'attaquer l'Iran?
Un système de défense antimissile américain « Patriot » est visible lors de l'exercice militaire conjoint israélo-américain « Juniper Cobra », qui s'est déroulé à la base aérienne de Hatzor, en Israël, le 8 mars 2018. L'exercice Juniper Cobra est un exercice militaire conjoint de cinq jours entre Israël et les États-Unis. ©Jack Guez / AFP

Depuis la rupture du cessez-le-feu négocié en juin, les États-Unis mènent seuls une campagne de frappes contre des installations militaires, navales et énergétiques iraniennes. Le Commandement central américain a revendiqué avoir visé plus d’une centaine de cibles dans le sud de l'Iran, avec pour objectif déclaré de réduire la capacité de Téhéran à menacer le trafic commercial dans le détroit d'Ormuz. 

En représailles, l'Iran a fermé le détroit, frappé des navires marchands et rétabli ses tirs contre des bases américaines dans le Golfe. Dans ce nouvel épisode d'un conflit ouvert depuis février, un absent notable : l'armée israélienne, jusqu'ici tenue à l'écart des opérations.

Une retenue confirmée par l’armée israélienne, et partagée par l'Iran

Selon des informations obtenues par le Jerusalem Post auprès de responsables de l'armée israélienne début juillet, l'armée israélienne ne s'attend pas, à ce stade, à être entraînée dans les échanges entre les États-Unis et l'Iran, même si elle affirme se tenir prête à toute éventualité. 

Plus significatif encore, ces mêmes sources estiment que l'hypothèse de travail, côté israélien, est que l'Iran lui-même ne cherche pas à impliquer Israël dans ce round de confrontation, sans frappe iranienne attendue dans l'immédiat contre le territoire israélien. La retenue ne serait donc pas unilatérale, mais partagée par les deux parties. 

Le seul scénario susceptible de faire basculer la situation, selon ces sources, serait une demande explicite de Washington à l'armée israélienne de se joindre aux frappes.

Un retrait inédit depuis 2023

Cette lecture rejoint celle du quotidien israélien Haaretz, qui souligne que la confrontation actuelle marque un moment inédit pour Israël : c'est la première fois depuis les attentats du 7 octobre 2023 que le pays n'est pas partie prenante active à un conflit majeur au Moyen-Orient. 

Lors des deux précédentes opérations contre l'Iran, en juin 2025 et février 2026, des avions israéliens avaient pris part aux frappes aux côtés de l'aviation américaine, tandis que les États-Unis s'appuyaient largement sur le renseignement, les satellites de communication et d'autres capacités israéliennes. Cette fois, Washington ne souhaite pas impliquer l'aviation israélienne et n'utilise même pas l'aéroport Ben Gourion pour stationner ses avions ravitailleurs.

Haaretz précise toutefois que cette mise à l'écart reste largement superficielle, puisque les États-Unis continuent, en coulisses, de s'appuyer fortement sur le renseignement israélien, dans une relation qu'un ancien haut responsable de la défense décrit comme réciproque : la projection de force reste américaine, tandis qu'Israël fournit le renseignement et l'expérience opérationnelle accumulée par ses pilotes.

D'après Haaretz, cette exclusion relèverait avant tout d'un choix politique de la Maison-Blanche. Un responsable proche du dossier estime que le président Trump chercherait à renforcer la légitimité de la campagne américaine auprès des opinions publiques saoudienne et du Golfe, où l'hostilité envers Israël demeure vive, tout en gardant la maîtrise du rythme et de l'ampleur des opérations, sachant que l'armée israélienne a par le passé eu tendance à vouloir frapper plus largement que ne le souhaitait Washington.

Un intérêt économique limité, mais un précédent redouté

L'enjeu économique de ce round entre également en ligne de compte. Le général de réserve Shaul Chorev, président de l'Institut de politique et de stratégie maritimes, cité par Haaretz, rappelle que la question de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, au cœur de la campagne américaine actuelle, ne concerne quasiment pas Israël, dont l'activité maritime commerciale dans le Golfe s'est arrêtée après la révolution iranienne. 

Il identifie cependant un risque de précédent : si l'Iran parvenait à faire admettre le principe de taxer le transit maritime, cela pourrait un jour fragiliser la liberté de passage israélienne dans d'autres détroits stratégiques, comme celui de Tiran ou de Bab-el-Mandeb. 

Sur le plan budgétaire, Haaretz note que rester à l'écart du conflit permet aussi à Israël de limiter la facture : le gouvernement a arbitré mi-juillet une rallonge de vingt-cinq milliards de shekels pour le ministère de la Défense, bien en deçà des quarante milliards initialement réclamés, une nouvelle campagne militaire directe impliquant presque certainement une dépense supplémentaire nettement plus lourde.

Un second front déjà ouvert au Liban

L'Institute for the Study of War, qui documente au jour le jour l'évolution du conflit, apporte un éclairage complémentaire sur la façon dont l'Iran gère la pression sans provoquer directement Israël. 

Selon des sources iraniennes citées par Reuters, Téhéran aurait demandé aux Houthis du Yémen de se tenir prêts à attaquer le trafic maritime au large de Bab-el-Mandeb si les États-Unis élargissaient leurs frappes aux infrastructures énergétiques iraniennes. L'institut relève également qu'Israël reste engagé sur un second front, au Liban, où l'armée libanaise a commencé à déployer des troupes dans des zones pilotes définies par l'accord du 26 juin, dans la perspective d'un retrait progressif des forces israéliennes du sud du pays. 

Ce dossier parallèle mobilise une partie de l'attention et des ressources militaires israéliennes, au moment même où le dossier iranien proprement dit reste suspendu à une décision américaine.

Cet équilibre reste toutefois précaire. Haaretz le souligne : plus la campagne américaine se prolonge, plus la probabilité qu'Israël finisse par y être associé augmente, en particulier si Washington venait à avoir besoin d'utiliser l'espace aérien israélien ou l'aviation de l'armée israélienne pour élargir ses opérations. Pour l'heure, Israël se trouve dans une position rare depuis le début de la décennie : celle d'un acteur clé du conflit qui préfère laisser un autre porter les frappes, tout en se tenant prêt à reprendre l'initiative si la donne venait à changer.

 

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