L'UE exige que Google partage ses données de recherche et ouvre Android aux IA rivales
The Google logo is seen outside a building housing Google offices in Beijing on February 4, 2025. ©Greg Baker / AFP

Bruxelles a imposé jeudi à Google des mesures visant à favoriser la concurrence dans les services de recherche et à ouvrir Android aux IA développées par ses rivaux, malgré les vives protestations du géant américain, qui y voit un risque pour la sécurité et le respect de la vie privée de millions d'Européens.

Comme elle l'avait annoncé en avril, la Commission européenne exige, d'une part, que le groupe partage de manière encadrée les données recueillies par son moteur Google Search avec les services de recherche concurrents d'ici janvier 2027.

D'autre part, elle lui ordonne d'accorder aux assistants d'IA développés par des tiers un accès aux fonctions clés d'Android, son système d'exploitation pour téléphones et tablettes, les plaçant ainsi sur un pied d'égalité avec ses propres services d'IA, comme Gemini.

Les utilisateurs de téléphones et tablettes équipés d'Android pourront ainsi utiliser l'IA de leur choix par commande vocale et s'en servir pour effectuer des réservations ou obtenir des informations sur un lieu récemment visité.

Bruxelles a donné un an au géant technologique pour appliquer ces changements, qui nécessiteront une mise à jour en profondeur d'Android.

«Grâce à ces mesures, nous espérons que des alternatives à Google Search et aux services d'IA de Google, tels que Gemini, vont pouvoir se développer, donnant un plus grand choix aux consommateurs», a affirmé dans un communiqué Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission chargée du Numérique.

«Ces décisions risquent de saper des garde-fous essentiels en matière de vie privée et de sécurité pour des millions d'Européens», a dénoncé Kent Walker, président des affaires mondiales de Google, dans une déclaration transmise à l'AFP, reprochant à Bruxelles d'avoir «ignoré de nombreuses preuves d'un préjudice pour les utilisateurs».

«Les assistants d'IA utilisent déjà en toute sécurité les capacités d'Android, les fabricants de téléphones jouant un rôle clé dans leur validation. Cette décision concernant Android menace la sécurité des appareils en accordant à des applications externes des autorisations sensibles et puissantes sur les appareils, sans ces garanties», a-t-il ajouté.

En outre, l'obligation de partager les données de Google Search pourrait «affaiblir la vie privée des citoyens, mettre en péril le secret des affaires et menacer la sécurité nationale», selon ce dirigeant.

Au cœur de l'écosystème Google

De son côté, Bruxelles a assuré avoir pris en compte ces préoccupations.

«Nous avons accordé la plus grande importance à l'intégrité, la sécurité et la confidentialité», a assuré à des journalistes un responsable de la Commission, s'exprimant sous couvert de l'anonymat.

Google devra s'assurer que les services concurrents souhaitant bénéficier de ces dispositions ne présentent pas de risques pour la sécurité.

Bruxelles affirme en outre que les données de recherche seront totalement anonymisées afin de préserver la vie privée des internautes.

Enfin, les concurrents devront rémunérer Google pour l'utilisation de ces données.

Ces mesures touchent au cœur même du fonctionnement de l'écosystème de Google, construit autour de Google Search et de l'exploitation des données des internautes à des fins de publicité ciblée, qui demeure de loin sa principale source de revenus.

Elles ont été décidées dans le cadre d'une procédure spéciale prévue par le règlement européen sur les marchés numériques (Digital Markets Act, DMA), plus rapide que les enquêtes classiques de Bruxelles, mais qui ne permet pas d'imposer des amendes.

Le DMA vise à lutter contre les abus de position dominante des géants de la technologie en les empêchant de verrouiller l'accès à certains marchés.

«Cette décision constitue l'intervention la plus importante sur le marché européen de la recherche en ligne depuis l'entrée en vigueur du DMA», ont salué conjointement le moteur de recherche français Qwant et son homologue allemand Ecosia, y voyant «une mesure susceptible de s'attaquer aux causes profondes de la domination de Google».

La Commission avait infligé en septembre une amende de 2,95 milliards d'euros au groupe américain pour abus de position dominante dans la publicité en ligne.

Et Google a échoué ce mois-ci à faire annuler une amende record de 4,1 milliards d'euros, prononcée en 2018 pour avoir contraint des fabricants de téléphones et de tablettes utilisant Android à préinstaller Google Search au détriment des services concurrents.

Le groupe n'est pas au bout de ses difficultés: la Commission européenne pourrait lui infliger la semaine prochaine une amende dans le cadre d'une autre enquête liée au DMA, ont indiqué à l'AFP des sources proches du dossier, confirmant une information du Financial Times.

AFP

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