Washington avait critiqué la trop grande proximité d'Oman avec Téhéran mais les dernières attaques iraniennes dans le détroit d'Ormuz ont poussé le sultanat à hausser le ton envers son puissant voisin.
Depuis le début de la guerre déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines, le pays du Golfe, longtemps médiateur entre les deux camps, a maintenu ses canaux ouverts avec la République islamique, malgré ses frappes de représailles dans la région.
Au point d'essuyer les foudres du président américain Donald Trump.
Mais le durcissement de la position de l'Iran sur la gestion du détroit et les attaques contre des navires au large de côtes omanaises placent désormais Mascate face à un choix difficile.
«Les nouveaux dirigeants iraniens doivent comprendre qu'ils sont en train de s'aliéner leur dernier voisin du Golfe relativement amical», estime Anna Jacobs, spécialiste des questions de sécurité dans la région.
Ils «surestiment leur force et cherchent à imposer une confrontation généralisée dans le détroit d'Ormuz, y compris dans les eaux territoriales omanaises. Oman n'acceptera pas cela», dit-elle à l'AFP.
Message de fermeté
Après avoir verrouillé pendant des semaines le trafic dans ce passage stratégique pour les hydrocarbures, Téhéran exclut désormais un retour au statu quo d'avant-guerre et veut soumettre la navigation à de nouveaux arrangements concertés avec Oman.
Alors qu'ils avaient évoqué fin juin la possibilité d'imposer des «frais de service» aux navires, les deux pays se sont rapidement opposés sur les modalités de circulation.
Oman a ainsi annoncé la création d'un corridor maritime longeant ses côtes, afin de permettre notamment l'évacuation des marins bloqués depuis des mois - une initiative rejetée par Téhéran, qui exige que la navigation emprunte exclusivement le passage qu'il contrôle.
Depuis la semaine dernière, plusieurs navires empruntant l'itinéraire omanais ont été visés par des attaques attribuées à Téhéran. Washington a répondu en frappant des sites militaires iraniens.
Et Oman a convoqué l'ambassadeur iranien pour protester contre des frappes de drones visant son territoire.
Cette démarche, intervenue au lendemain d'une visite à Mascate du chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi, constitue un rare geste de fermeté, Oman s'étant abstenu jusque-là de condamner nommément la République islamique, contrairement à ses voisins.
Pour le chercheur omanais Abdallah Baaboud, Mascate a ainsi adressé «un message à la communauté internationale et aux partenaires du Golfe: la neutralité omanaise ne signifie pas le silence lorsque la sécurité nationale est menacée».
«Oman fait la différence entre préserver des relations diplomatiques et tolérer une violation de sa souveraineté», souligne-t-il.
«Position impossible»
Étant donné son rôle central dans le commerce mondial des hydrocarbures, le détroit d'Ormuz est devenu le principal foyer de tensions entre Téhéran et Washington, plaçant Oman «dans une position impossible», souligne Anna Jacobs.
«La sécurité du détroit des voies maritimes du Golfe constitue une priorité de sécurité nationale pour le sultanat, qui doit donc maintenir des relations de travail étroites» avec les deux parties, ajoute-t-elle.
Le ministère omanais des Affaires étrangères a assuré mardi poursuivre «une coopération transparente et impartiale avec toutes les parties pour rétablir la liberté de navigation», appelant chacun à «respecter le droit international et à s'y conformer».
Pendant des années, Oman a joué un rôle central d'intermédiaire entre Téhéran et Washington. Mais depuis le début de la guerre, il a été éclipsé dans cette fonction par le Pakistan et le Qatar.
Le pays devrait maintenir le dialogue avec Téhéran en raison de «la géographie et de leurs intérêts communs», estime Abdallah Baaboud. Mais il ne «peut fermer les yeux sur des attaques portant atteinte à sa souveraineté».
Si les attaques iraniennes se poursuivent, Oman pourrait «durcir davantage son discours diplomatique, renforcer ses dispositifs de défense avec ses partenaires et se rapprocher des positions des autres monarchies du Golfe en matière de sécurité collective», prévient-il.
Avec AFP



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