Pickaxe Mountain: anatomie d'un site nucléaire iranien inaccessible
Cette image satellite, fournie par Vantor, offre une vue d'ensemble du complexe de tunnels de Pickaxe Mountain, situé à proximité du site nucléaire de Natanz, près de Natanz, dans la province d'Ispahan, au centre de l'Iran, le 30 juin 2026. ©STR / Image satellite / 2026 Vantor / AFP

Alors que les États-Unis poursuivent leurs opérations militaires contre l'Iran, une installation souterraine méconnue s'est imposée au cœur des tensions diplomatiques : Pickaxe Mountain. Lundi, le président américain Donald Trump a explicitement menacé de frapper ce site, affirmant dans un entretien à l'animateur conservateur Hugh Hewitt vouloir y porter «un joli gros coup, tiré droit sur la porte d'entrée», selon des propos rapportés par Reuters et le Times of Israel. Mais qu'est-ce que ce site, et pourquoi cristallise-t-il autant l'attention ?

Une réponse à un sabotage de 2020

Pickaxe Mountain, appelée en persan Kuh-e Kolang Gaz La, trouve son origine dans une explosion survenue en juillet 2020 dans un hall d'assemblage de centrifugeuses à Natanz, une opération de sabotage largement attribuée à Israël, comme le rapporte Israel Hayom. 

À la suite de cet épisode, le chef de l'organisation iranienne de l'énergie atomique de l'époque, Ali Akbar Salehi, avait annoncé devant la commission de sécurité nationale du Parlement iranien la construction d'un nouveau hall d'assemblage «au cœur de la montagne», selon les informations reprises à la fois par le Washington Post et Israël Hayom. Les travaux ont débuté dès la fin de l'année 2020.

Un site plus profond et plus opaque que Fordo

Situé à environ un kilomètre et demi au sud du complexe d'enrichissement de Natanz, dans la province iranienne d'Ispahan, le site s'étend sur près d'un kilomètre carré de flanc de montagne dans la chaîne du Zagros, selon Israel Hayom. 

Une clôture de sécurité longue de plusieurs kilomètres relie son périmètre à celui de Natanz, et deux routes pavées mènent à une zone comportant deux entrées de tunnels. Les estimations sur la profondeur des galeries varient : un rapport de l'Institute for Science and International Security (ISIS) publié en 2022 les situait entre 78 et 145 mètres sous le sommet, tandis que d'autres chercheurs évoquent une centaine de mètres, voire davantage. 

À titre de comparaison, les salles d'enrichissement de Fordo se trouvent entre 80 et 90 mètres de profondeur, ce qui laisse penser que Pickaxe Mountain pourrait être encore plus difficile à détruire par des frappes aériennes. Le président de l'ISIS, David Albright, avait d'ailleurs averti dès 2022 que ce nouveau site pourrait se révéler plus résistant que Fordo lui-même.

Contrairement à Natanz, régulièrement visé par des frappes, des sabotages et des cyberattaques attribués à Israël au fil des années, Pickaxe Mountain n'a pour l'instant jamais été touché, ni pendant la guerre de douze jours de juin 2025, ni depuis la reprise des combats en février 2026.

Une construction qui se poursuit malgré l'accord avec Washington

Le 17 juin dernier, Téhéran et Washington ont signé un mémorandum imposant à l'Iran de geler l'état de son programme nucléaire. Or, selon une analyse d'imagerie satellite de fin juin publiée début juillet par l'ISIS, une activité de véhicules a été observée sur les routes menant aux tunnels ouest du site, signe que les travaux de creusement et le renforcement des entrées se poursuivent. 

La Foundation for Defense of Democracies a qualifié cette activité de violation manifeste de l'accord. Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) avait déjà documenté, dans un rapport antérieur, la construction d'un mur de sécurité sur l'ensemble du périmètre du site ainsi que l'extension de plusieurs portails de tunnels.

L'accès refusé aux inspecteurs internationaux

Aucun inspecteur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) n'a jamais été autorisé à visiter Pickaxe Mountain. Son directeur général, Rafael Grossi, a lui-même reconnu que Téhéran avait refusé de répondre à ses questions sur ce site. 

Interrogé par Hugh Hewitt sur l'opportunité d'exiger un accès des inspecteurs avant tout nouvel accord avec l'Iran, Trump a répondu par l'affirmative, tout en assurant que les services américains de renseignement, dont l'US Space Force, surveillaient étroitement le site.

Cette affirmation de Trump, selon laquelle aucune activité n'y serait visible, contredit toutefois directement les constats publiés dix jours plus tôt par l'ISIS, un décalage qui illustre bien l'incertitude persistante entourant ce dossier, à la croisée du renseignement, de la diplomatie et de la menace militaire.

 

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