Turquie, 15 juillet 2016: la nuit des «Martyrs» qui a remodelé la vie politique
Le président turc Recep Tayyip Erdogan fait un geste alors qu'il s'apprête à prononcer un discours sur la scène de la salle de conférence du Huber Mansion à Istanbul, le 31 mars 2019, à l'issue des élections municipales. ©Bulent Kilic / AFP

Le 15 juillet 2016, une partie des forces armées turques entre en action simultanément à Ankara, la capitale, et à Istanbul pour déloger le président turc Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2003.

Le coup d'État, qui échoue, fait au moins 250 morts et 2.000 blessés et reste un tournant dans la Turquie contemporaine, confortant le rôle de M. Erdogan à la tête du pays.

La nuit du danger

Dans la soirée du 15 au 16 juillet, les habitants d'Ankara sont tenus éveillés par les survols des avions de chasse qui bombardent le palais présidentiel et le Parlement.

À Istanbul, des chars bouclent la place Taksim.

Des soldats prennent d'assaut la télévision nationale au nom d'un «Conseil de la paix pour la Patrie».

L'armée de l'air est en première ligne. Bientôt, les chars et les hélicoptères tirent sur la foule qui s'oppose au coup.

Sur l'un des ponts qui enjambent le Bosphore, rebaptisé depuis «pont des Martyrs du 15 juillet», les civils, appelés en renfort par le président, s'en prennent aux soldats et aux tankistes à coups de poing et de couteaux.

Les photographes de l'AFP témoignent de corps ensanglantés jonchant les rues et rapportent des images de guerre civile.

C'est la cinquième fois depuis la Deuxième Guerre mondiale que l'armée descend dans la rue pour changer le destin du pays.

D'alliés à factieux

Erdogan accuse le prédicateur musulman Fethullah Gülen, son ancien allié devenu son pire ennemi, d'avoir monté l'opération. Ce que l'intéressé, décédé en 2024, a toujours démenti depuis les États-Unis, où il vivait depuis 1999.

Ses partisans, les «gülénistes», à la tête de nombreuses fondations et réseaux d'influence, ont profondément pénétré l'administration avec la complicité du parti AKP de M. Erdogan avant de s'en détacher.

Quelques heures à peine après le coup, M. Erdogan déclare que «cette insurrection est un don de Dieu», rappelle le politiste Ahmet Insel, joint à Paris par l'AFP.

«Nous allons continuer d'éliminer le virus de toutes les institutions étatiques», promet-il, comparant les insurgés à «un cancer (qui) s'est propagé à tout l'État».

La contre-attaque d'Erdogan

Échappant de peu aux putschistes venus le capturer dans sa résidence d'été à Marmaris (sud), le chef de l'État en appelle à ses partisans via un téléphone portable, en direct à la télévision, et les exhorte à descendre dans la rue.

Des dizaines de milliers de civils répondent à son appel et font échec aux militaires.

Le président instaure l'état d'urgence pour deux ans et engage aussitôt des purges dans l'armée, la police, l'appareil judiciaire (près de 3.000 juges et procureurs écartés), l'enseignement et la diplomatie.

Au total, selon les chiffres avancés par les autorités turques, environ 390.000 personnes ont été placées en garde à vue ou détenues et plus de 100.000 ont été arrêtées, selon une estimation du Stockholm Center for Freedom, une association de défense des droits, fondée sur les chiffres des autorités et de la presse turques.

Quelque 550 associations ont été fermées.

AFP

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