Démographie, géographie et géopolitique des conflits
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L’on convient depuis belle lurette que l'évolution démographique finit par redessiner la géographie et ce qui en découle. Preuve en est, le Grand Liban dont les chrétiens figurent parmi les fondateurs, avant de devenir, au terme de son premier siècle, ses principales victimes.

La dernière guerre, déclenchée le 7 octobre 2023, a toutefois ajouté une couche supplémentaire à ce constat déjà chargé. Elle a surtout donné le sentiment d’un espace régional qui échappe désormais autant aux logiques démographiques qu’aux évidences géographiques.

Ce qui est particulièrement frappant, c’est que les minorités religieuses de la région ont été les principales victimes de cette guerre, alors même qu’elles étaient déjà les premières victimes des armes auparavant. Il s’agit en premier lieu des chrétiens et des druzes, puis des communautés alaouite et chiite, confrontées à la majorité sunnite depuis le début de la guerre en Syrie.

Il ne s’agit pas ici de rouvrir le dossier des guerres confessionnelles, mais il est difficile de ne pas relever certaines évolutions récentes, jugées préoccupantes, évoquées ces dernières heures par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou: la demande de villages chrétiens frontaliers d’être annexés à Israël, afin de bénéficier d’une protection et d’échapper aux bombardements.

Passons outre la véracité de ces propos ou s’ils reposent sur une demande officielle émanant de ces localités ou de certains individus ne représentant pas la majorité de leurs habitants. Le fait est que cette situation traduit le refus d’un ordre démographique et géographique profondément façonné par les dynamiques politiques, au point que les différentes communautés du Liban et du monde arabe en deviennent les principales victimes.

Le phénomène n’est pas isolé. D’une certaine façon, il rappelle la crise de Soueïda survenue il y a quelques mois: des minorités de la région qui se mobilisent pour rejeter la logique de la force incarnée par les différents mouvements de résistance. 

Dans ce contexte, ceux qui voyaient dans le Hezbollah un rempart contre la partition, au nom de l’unité nationale, pourraient être amenés à relativiser. Au final, il apparaît, au même titre que d’autres organisations armées de la région, davantage comme étant à l’origine des divisions et des velléités de partition. C’est, en tout cas, ce que semblent suggérer ces nouvelles dynamiques.

En résumé, la région pourrait bien connaître, à terme, de nouveaux découpages. Mais les conditions politiques adéquates ne sont pas encore réunies. Les grandes puissances et les équilibres internationaux issus de l’ère Sykes-Picot ne semblent pas prêts à être remplacés, comme l’a illustré le refus de reconnaître l’indépendance kurde en 2016, pourtant portée par l’un des ensembles les plus structurés et les mieux préparés à l’autonomie, tant sur le fonds que sur la forme.

Nous sommes donc confrontés à une crise des minorités, prises dans une recomposition démographique de la région, tandis que les mutations politiques s'accélèrent. Tout l'enjeu réside désormais dans le fait de savoir quel facteur l'emportera sur l'autre.

 

 

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