Depuis le début de l'année 2026, Benjamin Netanyahou multiplie les déclarations sur la fin de l'aide militaire américaine. En mai, sur CBS, il a affirmé vouloir réduire à zéro le soutien financier américain, ajoutant qu'Israël avait «atteint sa maturité». En juin, devant des réservistes à Gush Etzion, il a évoqué la nécessité de se libérer de la dépendance et de bâtir toujours plus de force, en intégrant toujours plus de technologie, soutenant par ailleurs une résolution déposée au Congrès par le représentant Marlin Stutzman pour renégocier le protocole d'accord bilatéral.
Plus récemment encore, dans un entretien à Channel 14, il a qualifié l'aide américaine de simple «aide sociale» dont Israël n'aurait plus besoin. Pourtant, ce discours n'est ni nouveau ni, pour l'instant, suivi d'effets concrets à la hauteur des ambitions affichées.
Une promesse vieille de trente ans
C'est en réalité Netanyahou lui-même qui, le premier, avait formulé ce type d'engagement. Le 10 juillet 1996, lors de son premier discours devant une session conjointe du Congrès américain, il déclarait déjà qu'Israël avait atteint la fin de l'enfance, qu'il avait suffisamment mûri pour s'orienter vers l'autosuffisance.
Il s'agissait alors de l'aide économique, distincte de l'aide militaire, et cet engagement a effectivement été tenu: l'aide économique annuelle de 1,2 milliard de dollars a disparu au fil des années 2000. Trente ans plus tard, le même homme applique le même argument à l'aide militaire, un transfert nettement plus structurant pour l'appareil de défense israélien.
Un poids budgétaire difficile à absorber
Le premier obstacle est arithmétique. Selon une analyse de la Foundation for Defense of Democracies publiée en mai 2026, Israël consacre déjà environ 7% de son produit intérieur brut à la défense, soit plus du double de ce que dépensent les États-Unis proportionnellement. Combler le retrait des 3,8 milliards de dollars annuels d'aide militaire américaine impliquerait donc une charge budgétaire supplémentaire dans un pays où les arbitrages internes sont déjà âprement disputés.
Le budget de défense 2026, voté à la Knesset fin mars par 62 voix contre 55, a d'ailleurs été qualifié par le chef de l'opposition Yair Lapid de plus grand détournement de fonds de l'histoire de l'État, ce dernier dénonçant des crédits de coalition orientés vers d'autres priorités que la défense elle-même.
Ce que l'argent ne peut pas combler
Au-delà du financement, c'est la dépendance technologique qui pose le problème le plus difficile à résoudre. La flotte de F-35 israélienne, pilier de la supériorité aérienne du pays, reste connectée au système américain de maintenance ODIN, ce qui signifie, selon un rapport du Congressional Research Service, qu'un pays opérant ces appareils dépendrait très probablement du personnel militaire et des contractants américains pour l'entretien de ces avions pendant des années.
À cela s'ajoute le stock stratégique américain positionné en Israël, le War Reserve Stockpile Allies-Israel, dont un rapport du think tank Jewish Institute for National Security of America (JINSA) souligne qu'il souffre d'un déficit critique de munitions guidées de précision, notamment les kits JDAM. Ce stock reste la propriété du Pentagone jusqu'à son transfert effectif, ce qui en fait un levier américain difficile à remplacer par une simple volonté politique israélienne.
L'obstacle politique, côté américain
Le dernier obstacle, souvent sous-estimé, se trouve à Washington même. Une partie du Congrès, notamment sous l'influence du lobby pro-israélien AIPAC, a intérêt à maintenir un système d'aide qui profite directement à l'industrie de défense américaine. Selon le Quincy Institute, une intégration accrue des industries militaires des deux pays pourrait répliquer la stratégie classique consistant à répartir la production entre circonscriptions du Congrès, rendant les élus réticents à s'opposer à des programmes qui soutiennent l'emploi local.
C'est précisément l'objet de la section 224 du projet de loi de défense américain pour 2027, une disposition soutenue à la fois par des élus républicains et démocrates, qui vise à faire passer la relation bilatérale d'un partenariat centré sur l'aide militaire américaine vers une intégration plus profonde des industries de défense des deux pays.
Autrement dit, l'aide directe pourrait disparaître sur le papier sans que la dépendance structurelle d'Israël envers les États-Unis ne se réduise réellement, la couverture diplomatique au Conseil de sécurité de l'ONU et le partage de renseignement demeurant, eux, difficiles à chiffrer mais tout aussi essentiels à la sécurité israélienne.




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