Les tunnels du Hezbollah, un Pentagone souterrain?

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a affirmé mardi que le Hezbollah avait construit une installation souterraine «ressemblant au Pentagone». La formule, volontairement spectaculaire, s'inscrit dans une série de révélations israéliennes qui, depuis plusieurs semaines, dévoilent l'ampleur d'un système d'infrastructures enfouies bâti par le mouvement armé depuis le milieu des années 1980, avec une aide extérieure aujourd'hui documentée avec une précision inédite.

Majdal Zoun : un «village d'accueil » devenu usine de drones

Le cas le plus récent est celui de Majdal Zoun, village situé à une dizaine de kilomètres de la frontière israélienne. Selon un reportage de Ynet, l'armée israélienne qualifie ce type de localité de «village d'accueil» : une bourgade entière transformée, sous couvert de vie civile, en forteresse militaire, où la plupart des habitations abritaient armes, missiles antichars et équipements de communication.

Le cœur du dispositif se trouvait toutefois sous terre : un tunnel de plus de 200 mètres de long et 25 mètres de profondeur, fermé par des portes blindées, abritant une véritable chaîne de montage de drones iraniens ainsi que douze pièces de stockage et quatre puits de tir. Des officiers israéliens ont établi un parallèle avec les tunnels à missiles montrés dans la propagande de Téhéran, précisant que le site avait été financé et conçu avec un appui iranien substantiel. 

Fait notable : l'installation avait déjà été frappée depuis les airs dès l'automne 2024, sans être neutralisée. L’armée israélienne a dû, cette fois, la détruire au sol avant de la faire sauter fin juin, dans le cadre de l'opération Sof Pasuk («point final»).

Ali al-Taher et Beaufort : le fief de l'unité Badr

Un rapport du centre de recherche israélien Alma, publié le 21 juin, éclaire un site voisin resté jusqu'ici peu documenté : la crête d'Ali al-Taher, à environ 4,5 km au nord-ouest du château de Beaufort, où l’armée israélienne a mené une offensive terrestre. 

Selon Alma, ce complexe souterrain, qui s'étend sur plus d'un kilomètre pour son sous-ensemble principal, servirait de quartier général à l'unité Badr, considérée comme la force la plus active du Hezbollah face à l'armée israélienne.

Le rapport situe cette infrastructure dans une doctrine plus large : une «seconde ligne de défense» au nord du fleuve Litani, sous contrôle de l'unité Badr, distincte d'une première ligne au sud confiée aux unités Nasr et Aziz.

Point commun avec Majdal Zoun : la résilience. Le site aurait été bombardé à trois reprises en mai et juin 2025 sans être détruit, puis reconstruit par le Hezbollah, une donnée qui explique pourquoi Israël privilégie désormais des opérations terrestres prolongées plutôt que la seule aviation.

Le rapport Alma nomme les artisans présumés de ce chantier : des conseillers de la société nord-coréenne KOMID, ainsi que des officiers du Corps des gardiens de la révolution islamique, au premier rang desquels l'ingénieur militaire Hassan Shateri (alias Hessam Khoshnevis), tué en Syrie en 2013. La construction aurait été menée sous couverture civile par l'association Jihad al-Binaa et des entreprises de BTP chiites, dans le cadre d'un projet d'ensemble qu'Alma appelle depuis 2021 le «pays des tunnels».

Une histoire longue de vingt ans

Ce système souterrain n'est pas né de la guerre actuelle. Les premiers tunnels, de taille modeste, remontent au milieu des années 1980, après le retrait partiel de l'armée israélienne du Liban-Sud. Le projet s'est considérablement étoffé après la guerre de 2006, avec l'aide nord-coréenne. En 2018-2019, l'opération israélienne Northern Shield («bouclier du nord») avait mis au jour les premiers tunnels transfrontaliers, dont l'un atteignait un kilomètre de long.

En août 2024, le Hezbollah avait lui-même dévoilé une partie de son arsenal souterrain dans une vidéo de propagande consacrée à l'installation « Imad 4 », baptisée en hommage au commandant militaire Imad Mughniyeh, un nom qui laisse supposer l'existence d'au moins trois installations similaires, jamais identifiées publiquement.

Majdal Zoun, Ali al-Taher, Beaufort et Imad 4 dessinent les contours d'un même système : un réseau souterrain conçu pour survivre à la supériorité aérienne israélienne, construit avec des décennies d'assistance étrangère, et dont la destruction complète nécessite désormais des opérations terrestres coûteuses en vies humaines, comme l'a rappelé, le jour même de la prise de Majdal Zoun, la mort de quatre soldats israéliens à Tebnit, non loin d'Ali al-Taher.

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