Avis aux citoyens : préparez-vous à une nouvelle salve de taxes et de redevances qui seront prélevées directement dans vos poches. Un nouveau décret émanant du ministère de l’Environnement ouvre la voie à un large débat, après avoir prévu la modification des taxes imposées sur les matières génératrices de déchets, en les faisant passer de 1 % à 3 %, selon la nature de chaque produit, sous l’intitulé de « taxes environnementales ».
Mais le problème principal ne réside pas uniquement dans le taux de cette augmentation, mais dans la nature même des produits qui seront soumis à ces taxes. Selon le contenu du décret, la liste englobe un large éventail de biens de consommation quotidienne dont il est impossible de se passer, ce qui rend son impact direct sur la vie des citoyens et leur quotidien.
Ces nouvelles taxes touchent, dans les faits, la majeure partie du panier de consommation de base : des produits alimentaires essentiels tels que les aliments et les boissons, les produits laitiers et fromagers, les viandes, les céréales, le sucre, les huiles et le sel, jusqu’aux produits quasi quotidiens comme les tissus, les vêtements et le papier. Elles s’étendent même, dans certains cas, à des composants utilisés dans d’autres industries, comme certaines pièces liées aux fournitures automobiles.
En ce sens, il ne semble pas s’agir d’un simple ajustement technique d’une taxe environnementale, mais bien d’une mesure qui se traduira concrètement par un coût supplémentaire, répercuté de manière indirecte sur le consommateur final, à travers la hausse des prix d’un grand nombre de biens et de services, sous prétexte de protéger l’environnement et de réduire les déchets.
Ainsi, le citoyen se retrouve face à un nouveau cercle de charges liées au coût de la vie, où les intitulés environnementaux se mêlent à une réalité économique déjà pesante, en l’absence de toute clarté quant à l’utilisation de ces taxes ou à leur impact réel sur l’amélioration de la gestion des déchets. Cela ouvre la voie à des interrogations plus larges sur l’utilité de ces mesures et sur les limites de leur effet sur le pouvoir d’achat des ménages.
Dans ce contexte, le président du syndicat des importateurs de produits alimentaires, Hani Bohsali, souligne, dans un entretien accordé à Houna Loubnan, que cette décision ne se limite pas, dans les faits, aux seuls produits alimentaires, mais touche différentes catégories de biens de consommation, ce qui signifie que son impact sera large et global sur l’ensemble du marché.
Bohsali explique que les répercussions de cette modification ne resteront pas cantonnées au seul secteur de l’importation, mais s’étendront directement à l’industrie alimentaire locale, étant donné qu’une grande partie des industries dépend de l’importation de matières premières entrant dans les processus de production. Par conséquent, tout coût supplémentaire imposé à cette chaîne sera inévitablement transféré au consommateur final, alors même que le citoyen subit déjà de fortes pressions sociales et une baisse de son pouvoir d’achat.
Il ajoute que le principe peut être compréhensible dans certains secteurs ayant un impact environnemental évident, comme les pneus en caoutchouc ou les pneus de voitures, où l’imposition de taxes environnementales peut être justifiée en raison de leur dommage direct sur l’environnement. Mais le problème, selon lui, réside dans l’inclusion de produits essentiels comme le sucre, le sel et l’huile dans ces taxes, alors qu’aucun impact environnemental direct ne le justifie, ce qui soulève des interrogations sur la logique d’un tel élargissement de la liste des biens concernés.
Bohsali estime que cette orientation ne peut pas être lue uniquement dans un contexte environnemental, mais ressemble plutôt à un moyen indirect d’imposer des taxes supplémentaires et de garantir des recettes au profit du Trésor public, sous couvert d’environnement, à un moment où la priorité devrait être d’alléger les charges pesant sur les citoyens, et non de les accroître.
Selon les premières estimations, ces nouvelles taxes devraient rapporter environ 370 millions de dollars par an au Trésor public. Des sommes qui ne proviendront pas de sources productives ou de réformes directes, mais qui seront, dans les faits, prélevées sur le pouvoir d’achat des citoyens, que ce soit directement à travers la hausse des prix, ou indirectement à travers l’augmentation des coûts de production et d’importation.
Autrement dit, ces recettes ne constituent pas tant de « nouvelles » ressources qu’une redistribution d’un coût supplémentaire imposé aux biens de base et de consommation. Cela signifie que le citoyen sera, en réalité, la principale source de leur financement, dans une économie qui souffre déjà de la baisse des revenus et de la hausse des taux d’inflation.
Dans le même contexte, le membre du conseil d’administration de l’Association des industriels, Paul Abi Nasr, affirme que ces redevances et taxes ne sont pas le résultat d’une étude économique approfondie de leurs effets sur l’économie libanaise ou sur les taux d’inflation. Il s’interroge également sur la légalité du mécanisme de leur imposition, ainsi que sur l’existence d’une réelle concertation avec le secteur privé afin d’évaluer leurs répercussions sur la production et les prix.
Abi Nasr souligne que le secteur privé croule déjà sous des charges accumulées, qu’elles soient liées aux conséquences de la guerre ou aux taxes et redevances imposées auparavant. Toute charge supplémentaire devient ainsi un nouveau fardeau pour le cycle de production et d’investissement, au lieu de constituer un facteur de soutien à la relance.
Il ajoute que ce qui se passe soulève des interrogations sur la manière dont ce dossier est traité, estimant qu’il existe une forme de « contournement » dans l’approche adoptée, les taxes étant imposées sans vision économique globale ni démarche réformatrice intégrée.
Il s’arrête également sur un point essentiel : la destination de ces fonds. Il s’interroge sur l’existence d’un plan clair et annoncé pour gérer le dossier des déchets et des infrastructures environnementales, soulignant que, « jusqu’à présent, il n’existe aucun véritable plan ». Cela relance le débat sur le véritable objectif de ces taxes et sur leur lien réel avec la réforme environnementale promise.
Les craintes se multiplient de voir ces taxes utilisées comme une source de financement supplémentaire orientée, directement ou indirectement, vers des travaux liés à la reconstruction, notamment en ce qui concerne l’enlèvement des décombres et des gravats, ainsi que leur traitement en tant que « déchets » relevant des missions de la Haute Autorité de gestion des déchets ou du ministère de l’Environnement.
C’est précisément là que réside le cœur du problème : si ces fonds sont effectivement orientés vers ce cadre, le citoyen libanais, qui n’a ni choisi la guerre ni participé à la décision de la déclencher, se retrouve, dans les faits, à financer le coût de ses conséquences, à travers des taxes et des redevances qui lui sont imposées sous des intitulés environnementaux et administratifs.



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