Drogue au Liban: avancées sécuritaires, défi sanitaire persistant
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Le dossier de la toxicomanie demeure l’un des défis sociaux et sanitaires les plus préoccupants auxquels le Liban est confronté ces dernières années. Alors que le nombre de personnes dépendantes continue d’augmenter, les répercussions de ce phénomène se font sentir sur les individus eux-mêmes, les familles et la société dans son ensemble.

Malgré les efforts sécuritaires intensifs déployés pour lutter contre le trafic de stupéfiants et démanteler les réseaux de fabrication et de distribution, la nécessité d’une approche globale reste plus que jamais d’actualité. L’addiction doit être considérée comme une crise sanitaire, psychologique et sociale nécessitant un traitement et un accompagnement adaptés, parallèlement aux mesures sécuritaires et répressives.

La lutte contre la drogue ne saurait se limiter à l’arrestation des trafiquants et à la fermeture des laboratoires clandestins; elle exige également la mise en place d’un système de prise en charge exhaustif permettant aux personnes dépendantes de se rétablir et de se réinsérer durablement dans la société.

Dans ce contexte, le président de l’association JAD-Jeunesse contre la drogue, Joseph Hawat, estime que le Liban continue de faire face à d’importants défis en matière de toxicomanie. Selon lui, le nombre de personnes dépendantes augmente chaque année, faute de stratégie nationale intégrée pour le traitement et la réhabilitation.

Il souligne que les efforts déployés pour combattre le trafic de drogue, aussi importants soient-ils, doivent s’accompagner du développement d’un système thérapeutique spécialisé capable d’accueillir un nombre croissant de patients et de les aider à se rétablir et à retrouver une place active dans la société.

Joseph Hawat déplore la persistance des lacunes de l’État dans ce domaine. Selon lui, les autorités libanaises ne sont toujours pas parvenues à créer des centres publics spécialisés et intégrés pour le traitement et la réhabilitation des toxicomanes, malgré l’aggravation constante de la crise.

Selon lui, les structures actuellement disponibles demeurent insuffisantes face à l’ampleur du problème. La plupart des services se limitent à la phase de désintoxication, qui ne dure que quelques jours, sans être suivie de programmes de soutien psychologique, de réinsertion sociale ou de formation professionnelle à long terme.

Or, les centres modernes de réhabilitation nécessitent des équipes multidisciplinaires réunissant psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux, juristes et spécialistes de l’insertion professionnelle, des compétences qui restent encore limitées au Liban.

Il souligne également qu’une grande partie des personnes ayant suivi une cure rechutent après leur sortie des centres, en raison de l’absence de suivi à long terme. En fait, le véritable traitement commence après la phase de désintoxication, et non pas lorsqu’elle s’achève.

Partant, il plaide pour la création de dispensaires spécialisés au sein des régions et quartiers les plus exposés au phénomène de la drogue. Ces structures auraient pour mission d’assurer le suivi des anciens toxicomanes, de les accompagner dans leur réinsertion sociale, de leur faciliter l’accès à l’emploi, de les éloigner des environnements favorisant la consommation et de les aider à résoudre leurs difficultés familiales, juridiques ou financières; et ce, afin de limiter les risques de récidive et de favoriser un rétablissement durable.

Malgré les insuffisances du système de prise en charge, Joseph Hawat relève plusieurs signes encourageants sur le plan institutionnel.

Il annonce notamment la préparation d’une pétition qui sera remise au président de la République afin de le remercier d’avoir été le premier chef de l’État libanais à faire de la lutte contre la drogue un axe central de son discours d’investiture, et à traduire cet engagement en mesures concrètes.

Selon lui, le Liban a connu récemment une évolution significative dans sa manière d’aborder ce dossier, en particulier dans la traque des sites de production de drogue. Il affirme que près de 90% des principales usines ont été démantelées.

Les effets de ces opérations devraient se manifester progressivement au cours des prochaines années. La diminution de la production et du trafic réduit en effet l’offre disponible sur le marché et contribue, à terme, à faire reculer la consommation.

Joseph Hawat met toutefois en garde contre un phénomène parallèle: le recours croissant à certains médicaments sédatifs, hypnotiques ou antidouleur comme substituts aux drogues traditionnelles lorsque celles-ci se raréfient ou renchérissent.

Il révèle que son association a récemment tenu une réunion avec l’Ordre des pharmaciens afin d’examiner les moyens de limiter les abus liés à ces médicaments. Il salue la coopération en cours pour mettre en place des mécanismes de contrôle plus efficaces, notamment à travers la généralisation d’une carte permettant de mieux encadrer la délivrance des traitements et d’empêcher les fraudes dans les ordonnances ou l’achat de médicaments dans plusieurs pharmacies simultanément.

Par ailleurs, l’association prépare une campagne comprenant une pétition visant à recueillir un million de signatures, destinée au président américain Donald Trump, en reconnaissance des efforts internationaux de lutte contre la drogue et de prévention des décès liés aux overdoses.

En conclusion, Joseph Hawat appelle à compléter les succès sécuritaires par des investissements massifs dans le traitement, la réhabilitation et la sensibilisation. Pour lui, la lutte contre la drogue ne sera véritablement efficace que lorsqu’elle permettra non seulement de démanteler les réseaux, mais également de sauver les personnes dépendantes et de leur offrir de réelles perspectives de retour à une vie normale et productive, dans le cadre d’une stratégie nationale fondée sur la prévention, le traitement et la réinsertion.

 

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