Mercredi, les unités des Forces de sécurité intérieure (FSI) se déploieront sur toutes les routes de Beyrouth pour mener des opérations de contrôle routier ciblant les conducteurs de motos en infraction.
À observer les comportements des motocyclistes sur les routes du Liban, le Code de la route serait facultatif. Feux rouges brûlés, téléphone en main, dépassements dangereux par la droite, circulation entre les files, circulation à contresens, priorité imposée aux autres usagers: tout semble permis. Reste une question simple: au nom de quelle loi ces conducteurs s'attribuent-ils des privilèges que le Code de la route ne reconnaît à personne? Pour les piétons comme pour les automobilistes, la présence des motos est une source d’inquiétude permanente.
Il ne se passe pratiquement pas un jour sur les routes libanaises sans qu’un accident de moto ne soit enregistré quelque part dans le pays, qu’il s’agisse d’une collision entre deux motos ou entre une moto et des piétons. Ces dernières années, il y a eu clairement une hausse préoccupante du nombre d’accidents, dont certains sont mortels.
Un contrôle des motocyclettes erratiques
La sécurité routière est d’autant plus préoccupante que le contrôle des motos s’exerce de manière erratique, ponctuelle et souvent arbitraire. Pendant de longs mois, voire une année entière, l’anarchie et le chaos peuvent régner sur les routes libanaises sans que les FSI ou les polices municipales n’interviennent réellement. Puis, soudainement, les autorités concernées se réveillent et lancent des campagnes de contrôle. Cette réaction tardive est déconcertante: elle donne l’impression d’une prise de conscience aussi brusque qu’inefficace, voire d’une démarche dont l’utilité reste à démontrer.
Explosion du nombre de motos: 50 000/an
La croissance du nombre de motos en circulation ces dernières années est en partie due à la crise financière qui secoue le pays depuis 2019. L’adoption de la moto comme moyen de transport contribue généralement à réduire la consommation de carburant, à fluidifier la circulation et à limiter la pollution. L’émergence du phénomène de livraison à domicile (delivery) a également permis d’ancrer la tendance au recours à la motocyclette.
Pas moins de 50 000 motos sont importées chaque année. Elles seraient aujourd’hui environ un million et demi à parcourir les routes du Liban, selon le bureau d’études et de recherche «Information International».
Ce que dit la loi sur les motos
Sur le plan légal, la moto est un véhicule à part entière, soumise aux mêmes obligations que les autres usagers de la route. Elle relève des dispositions de la loi libanaise sur la circulation routière (loi nᵒ 243/2012). Ainsi, le conducteur doit être âgé d’au moins 18 ans, être titulaire d’un permis de conduire, immatriculer son véhicule auprès des services de la Mécanique et le soumettre périodiquement aux contrôles techniques requis. Pour obtenir un permis de conduire une moto, le candidat doit réussir à la fois un examen théorique et un examen pratique.
La réalité est toutefois bien différente. Selon les estimations disponibles, à peine 20 % des motos en circulation au Liban seraient enregistrées auprès des services de la Mécanique. Dans ces conditions, la moto est souvent devenue un symbole de désordre plutôt qu’un moyen de transport contribuant à fluidifier la circulation et à réduire la congestion routière.
Mécontentement des conducteurs de motos
Face à cette situation, le ministère de l’Intérieur a adopté une série de décisions visant à réorganiser le secteur et à renforcer l’application de la loi. Mais chaque tentative des autorités de faire respecter la réglementation se heurte à l’opposition d’une partie des conducteurs de motos, qui organisent régulièrement des sit-in et des manifestations de protestation. Ces derniers invoquent généralement les difficultés économiques et la précarité croissante pour justifier leur refus de se conformer à certaines obligations légales.




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